Cassel, le 24 octobre 1813.
Le roi m'a fait appeler hier soir à onze heures. Le colonel
Lallemand venait d'arriver. Il avait laissé S. M. l'empereur le 18
sortant de Leipzig à la tête de sa garde impériale. Il était arrivé
à Erfurth au milieu des troupes qui revenaient. Il s'était glissé à
Gotha à travers les cosaques. Il m'a porté votre lettre du 6
octobre, que je conserverai éternellement comme le mouvement le plus
touchant et le plus honorable de votre bienveillance et de votre
intérêt.
L'intention du roi est de se retirer à Marbourg après avoir reçu des
nouvelles de S. M. impériale, à moins qu'il ne soit forcé de le
faire plus tôt. Il a distribué les 8,000 hommes en colonnes mobiles,
en gardes pour sa personne, et en garnison pour Cassel. Il est à
craindre que les événements ne permettent pas à Sa Majesté impériale
de les lui laisser plus longtemps. Prévenu par M. de Feltre qu'elles
devaient être sous son commandement immédiat, il en a donné le
commandement sous ses ordres au général Rigaut, qui est ici. Le
général Allix, blessé de se le voir ôter, a fait de nouvelles
folies. Elles ont indisposé le roi qui lui a donné sa démission; cet
homme pourrait devenir notre perte; en ce moment, il est nécessaire
de l'écarter de toute influence politique.
Aucun mouvement sérieux ni combiné n'a éclaté en Westphalie. Mais
nous sommes cernés partout. Un nouveau corps de 10,000 hommes avait
dirigé, dit-on, sa marche sur Cassel. Il l'a suspendue. Les cosaques
occupent toute l'autre rive de la Werra. Il en arrive des
patrouilles nocturnes jusqu'à quelques portées de fusil de la ville.
L'ennemi est devant Minden; on s'y est fusillé au pont, mais il ne
paraît pas assez nombreux.
Que dire? que faire? Ah! si nous pouvions avoir un mot de S. M.
impériale. Nous savons du moins qu'elle se porte bien. Ma conduite
est simple. C'est de partager la destinée du roi.