MALARTIE AU DUC DE BASSANO.

Coblentz, le 10 octobre 1813.

La lettre ci-jointe de M. le baron Reinhard instruira Votre

Excellence de la résolution qu'il a prise de me faire partir hier

matin pour Coblentz, afin que je fusse à portée de l'informer de la

marche du roi et de l'époque présumée de son retour dans la

capitale.

Je suis arrivé ici hier à midi; ce matin à 8 heures j'ai vu M. le

comte de Furstenstein et le préfet du département.

Déjà beaucoup de serviteurs du roi sont retournés à Cassel. Je

citerai entre autres le directeur général des postes, le préfet de

police, le ministre des finances, l'intendant général du Trésor,

l'intendant de la maison du roi.

Le roi a des nouvelles du général Allix qui a dû quitter Cassel

avant-hier pour suivre le général Czernischeff. Sa Majesté a envoyé

un courrier au général Allix pour lui ordonner de s'arrêter, mais je

ne crois pas que le général ait besoin d'instructions à cet égard.

Il n'a avec lui que 4,000 hommes et, si je me rappelle bien les

conversations que nous avons eues souvent ensemble en pesant

l'hypothèse que malheureusement nous avons vue se réaliser, son

plan est de prendre position en avant de Göttingen, près

d'Heiligenstadt, peut-être même du côté d'Halbertstadt; de

s'éclairer avec le plus grand soin et de manoeuvrer de manière à

couvrir Brunswick et Cassel contre des attaques d'ennemis qui ne

peuvent réussir que dans des coups de main et qui doivent être

eux-mêmes tout étonnés de leurs succès passagers. Je fais seulement

des voeux pour que la santé du général Allix se soutienne. Mais ce

sont les mouvements de la grande armée et ceux du prince de la

Moskowa qui décideront du sort ultérieur de la Westphalie.

Je ferai mon possible, Monseigneur, pour recueillir des détails

exacts sur ce qui s'est passé à Cassel pendant l'occupation. Jusqu'à

présent les rapports sont ou exagérés ou contradictoires. Le roi

s'est montré bien douloureusement affecté de la conduite de quelques

personnes qu'il avait comblées de bienfaits, et qui ont paru en

avoir perdu le souvenir: mais on ne sait encore rien de positif.

Il est pour moi extrêmement délicat, Monseigneur, d'avoir à parler à

Votre Excellence de la position gênée où se trouve le roi à

Coblentz. Le bruit est que S. M. part ce soir et l'on fait des

préparatifs dans sa maison. D'un autre côté, M. de Furstenstein a

dit positivement à M. Duntzau et à moi que le roi ne partait point

encore. Il m'a dit de plus que S. M. avait écrit à M. le duc de

Valmy qu'il voulait savoir sur combien de troupes françaises il

pouvait compter pour se maintenir dans son royaume et pour ne plus

être exposé à en sortir. Je lui ai demandé si le roi avait des

nouvelles de l'empereur. Oui, m'a-t-il répondu. «S. M. a de

l'empereur une lettre du 4. L'empereur ne lui parle point de

l'événement de Cassel. Il l'ignorait encore. Le roi ne peut pas

concevoir cela.» Je n'avais rien à dire, Monseigneur, je me suis tu.

M. Duntzau, préfet de Coblentz, que je connaissais d'ancienne date,

m'a paru sentir parfaitement l'importance de tous les différents

devoirs qui lui sont imposés dans la circonstance présente. Sa

douceur et son aménité lui ont procuré le bonheur de plaire au roi.

Mme la princesse de Löwenstein, la comtesse de la Ville-Illion, Mme

de Furstenstein, Mme Chabert sont ici. Ces dames dînent avec le roi

et S. M. passe la soirée avec elles et les officiers de sa maison.

Du reste, le roi vit d'une manière fort retirée.--J'ai dit à M. de

Furstenstein que je suivrai ses conseils pour savoir si je devais

demander que S. M. m'admît à l'honneur de lui faire ma cour.

Du 13, à dix heures du matin.

Le roi vient de partir. M. Duntzau a accompagné S. M. jusqu'aux

frontières du département et est revenu enchanté de toute

l'amabilité dont il a été comblé.

Le roi compte coucher à Wetzlar. Je le suivrai dans la journée. Je

suis parti d'auprès de M. de Reinhard sans argent et sans voiture.

Il faut que je m'occupe un peu de moi-même. D'ailleurs, il n'y a

plus de chevaux à la poste. Mme de Löwenstein, Mme de la

Ville-Illion, Mme de Furstenstein restent ici pour le moment. M.

Siméon partira dans quelques jours pour Paris. Ce respectable

vieillard ne quitte le roi qu'avec un regret qui fait autant

d'honneur au souverain qu'au ministre. Surtout, quoique depuis

longtemps il songeât au repos, ce n'était pas dans une circonstance

critique qu'il eût voulu se séparer du roi dont il a vu poindre la

jeunesse et auquel il a rendu tant de services essentiels. Le roi

sentira peut-être trop tard que M. Siméon était un des appuis de son

trône. Le peuple n'en est pas à le sentir. Je ne sais, mais la

vieillesse de M. Siméon, de longtemps encore, n'approchera de la

caducité, et si l'empereur rendait au ministre qu'il avait prêté à

son frère l'honneur de siéger au conseil, il est à croire qu'il

trouverait en lui un serviteur d'autant plus éclairé qu'un séjour de

six ans en Allemagne a dû augmenter la masse de ses connaissances et

donner à ses réflexions un nouveau poids.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 162 / 358 题