JÉRÔME À NAPOLÉON.

Cassel, 24 mars 1813.

Sire, je reçois la lettre de Votre Majesté en date du 14 courant et

je m'empresse de lui envoyer ci-jointe la copie du décret que j'ai

signé et fait expédier depuis le 20. Elle y verra que tout ce

qu'elle désire est fait, mais, Sire, je vous supplie de ne pas

laisser succomber par le manque de quelques millions un pays tel que

le mien, qui vous est d'une si grande utilité.

Le déficit sur les revenus du mois passé pour les départements de

l'Elbe, de la Saale et de l'Oder est de trois millions, ce mois-ci

il sera du double: nous sommes au 24 et 500,000 francs ne sont pas

encore rentrés; cependant, Sire, confiant dans la parole de Votre

Majesté, mon armée s'organise, tout se fait et se livre, mais le

mois prochain rien ne pourra être payé, si Votre Majesté ne vient à

mon secours.

À la fin de la semaine prochaine, 10 bataillons d'infanterie, plus

2,000 cavaliers bien montés et équipés et 24 pièces de canon

pourront partir avec moi pour Brunswick et se porter jusque sur

l'Elbe si Votre Majesté le désire.

M. Reinhard écrit tantôt que le roi ne veut pas de commandement,

tantôt que le roi désire un commandement.

Le roi Jérôme désirait ardemment un commandement assez important

pour que cette position le mît en relief. Doué d'une grande

confiance en son aptitude militaire, et d'un amour-propre excessif,

il ne mettait pas en doute qu'il ne fût aussi capable que le prince

Eugène et tous les maréchaux de l'empire, sans en excepter un seul,

de gagner des batailles et de rappeler la victoire sous nos

drapeaux. Mais telle n'était pas l'opinion de l'empereur qui, tout

en appréciant la bravoure et les belles qualités militaires de

Jérôme, était loin de lui reconnaître le génie nécessaire à un chef

d'armée. En 1854, lors de la guerre d'Orient, sous le second empire,

le vieux prince crut un instant que son neveu lui donnerait le

commandement en chef de son armée, attendu, disait-il, que lui seul

en France avait l'habitude de la grande guerre et des grands

commandements et était en état de remuer des masses.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 155 / 358 题