15 mai 1809.

Un membre du Conseil d'État disait dernièrement qu'il fallait

chasser tous les Allemands de la Wesphalie.--Un chef du département

des relations extérieures a proposé gravement au ministre de Saxe de

troquer le royaume de Wesphalie.--M. de Wolfradt, ministre de

l'intérieur, ayant obtenu par le canal de M. Bercagny un emploi pour

un Allemand qu'il lui avait recommandé, lui exprima sa

reconnaissance avec un tel élan de sensibilité qu'il alla jusqu'à

lui baiser la main. Je suis d'autant plus touché de cette faveur,

ajoute M. de Wolfradt, que c'est la première que vous ayez accordée

à un Allemand. M. Bercagny, furieux, lui répondit: Monsieur, si tout

autre qu'un ministre d'État m'avait fait un pareil compliment, je

l'aurais jeté hors de la porte.--La commission spéciale a condamné

à mort un maréchal-des-logis des cuirassiers convaincu d'avoir

assisté à l'enlèvement d'une caisse par les paysans révoltés. Elle a

condamné à la même peine un jeune homme de vingt-un ans, officier du

même régiment. Il a été exécuté avant-hier. Il avait demandé de

commander lui-même l'exercice pour son exécution. On eut le tort de

le lui permettre; il mourut avec beaucoup de courage.--La

gendarmerie avait ramassé quatre-vingt-treize conscrits qui avaient

déserté après la publication du premier décret prononçant la peine

de mort contre ce crime; à cause des circonstances actuelles, ils

furent tous condamnés. Assemblés sur le lieu de l'exécution, on leur

déclara que deux seulement seraient fusillés, et que le sort en

déciderait. Cette clémence, tempérée par une sévérité nécessaire, a

produit un très bon effet. Malheureusement, le sort se montra

injuste, là où le Roi s'était montré si bon, il tomba au sort les

deux plus doux, peut-être les plus innocents de la troupe.--M. de

Buttlar, gendre de M. de Gilsa, a obtenu sa grâce. Il n'a perdu que

son emploi, et a été conduit en France. Il sera détenu pendant deux

ans.--Le Roi fait souvent passer la revue des troupes. Il se promène

beaucoup à cheval et quelquefois à pied dans le beau parc de Cassel

qui a été interdit au public pendant certaines heures de la journée

et de la soirée.--On avait fait espérer à un des régiments de

cuirassiers français qui traversaient la Wesphalie que le Roi le

passerait en revue. Le régiment attendit pendant deux heures à la

pluie à la porte de Cassel, et la revue n'eut pas lieu. Quelqu'un en

parla à Sa Majesté:--J'étais, dit le Roi, embarrassé de décider à

qui j'accorderais la droite. Si c'était aux cuirassiers,

j'affligerais ma garde, et elle n'avait encore rien fait pour la

mériter.

Nous allons faire connaître de quelles forces disposait le roi

Jérôme à cette époque critique:

Du 10e corps dont il avait le commandement et qui était composé: 1º

de trois mille cinq cents hommes en garnison sur l'Oder ou dans la

Poméranie; de quatre cents hommes (général Liebert) à Stettin; de

onze cents hommes (général Coudras) à Stralsund; de deux mille

hommes à Custrin; de la division westphalienne d'Albignac à la

poursuite de Schill; de la division hollandaise Gratien également en

marche sur Stralsund, et recevant des ordres tantôt de son

souverain, tantôt de Jérôme; de la division westphalienne de la

garde (deux mille cinq cents combattants), commandée par les

généraux du Coudras comte de Bernterode, Bongars pour les gardes du

corps, colonel comte de Langenswartz pour les grenadiers à pied,

major Fulgraff pour les chasseurs à pied, colonel Wolff pour les

chevau-légers, prince de Philipsthal pour les chasseurs

carabiniers, envoyés à Halberstadt. Quartier général à Cassel, chef

d'état-major général le général Rebwell. La division westphalienne

de la ligne avait ses trois régiments d'infanterie à Magdebourg, 1er,

5e, 6e; le régiment de cuirassiers à Halberstadt. La division

Gratien forte de deux brigades, d'un régiment de cuirassiers et de

trois compagnies d'artillerie, était à Stralsund où elle détruisit

les bandes de Schill. Enfin à Cassel et à Magdebourg se trouvaient

encore, sous le colonel Chabert, des détachements français et du

régiment Grand-Duché de Berg envoyé de Mayence lors des troubles,

environ trois mille hommes.

Tout cela composait bien un corps d'environ seize mille combattants,

mais la garnison de Magdebourg en immobilisait cinq mille, mais

l'empereur redemandait dans toutes ses lettres le renvoi du régiment

Grand-Duché de Berg, mais la division hollandaise ne devait pas

tarder à recevoir de son roi l'ordre de rentrer en Hollande à cause

du débarquement des Anglais aux bouches de l'Escaut, en sorte que,

par le fait, Jérôme ne pouvait mettre en ligne plus de huit à neuf

mille hommes, en y comprenant deux mille Saxons à Dresde sous les

ordres du colonel Thielmann.

Il y avait bien aussi à Dessau, sous le nom de Corps d'observation

de l'Elbe, deux divisions aux ordres du duc de Valmy, mais ce

dernier avait défense de disposer d'un homme sans l'ordre formel de

l'empereur, à moins que ce ne fût pour la défense de Mayence.

Cependant le duc de Brunswick-Oels, secondé par l'Autriche, était

parvenu à lever à ses frais, en Bohême, une légion qui, revêtant

l'uniforme noir, prit le nom de: _Armée de la Vengeance_, et le duc

dépossédé de Hesse leva également une autre légion de sept à huit

cents hommes portant l'uniforme vert.

Vers le milieu de mai 1809, ces deux légions, soutenues par quelques

troupes autrichiennes, s'établirent vers Neustadt, Gabel et Rümburg

sur la frontière de Bohême, menaçant la Saxe. À cette nouvelle,

notre allié, le roi de Saxe, se retira à Leipzig, au nord-ouest de

ses États, vers la Westphalie, demandant à Jérôme de marcher à son

secours, affirmant que la Prusse avait déclaré la guerre, que

l'avant-garde de Guillaume marchait sous les ordres de Blücher.

Napoléon, recevant cette nouvelle de son frère Jérôme, répondit que

les Prussiens n'étaient pour rien dans cette levée de boucliers, que

le 10e corps suffisait pour tenir tête à l'ennemi du côté de Dresde,

ville qu'il fallait occuper et garder. Il défendit au duc de Valmy

de déplacer ses divisions.

Sur les ordres de Jérôme, le colonel Thielmann, avec ses deux mille

Saxons, se porta de Dresde sur la frontière de la Lusace, livra

quelques combats au duc de Brunswick dans les montagnes, le chassa

de Zittau et de Rümburg. Mais voyant l'ennemi manoeuvrer pour gagner

les défilés de Leitmeritz et de Toeplitz et se porter sur Dresde par

la route de Dippoldiswalde, il se hâta de se replier sur la capitale

du royaume pour la défendre. En effet, un corps autrichien de six

mille hommes, commandé par le général Am-Ende, s'était rendu à

Leitmeritz pour appuyer le duc. Le 10 juin, les Autrichiens et les

bandes de Brunswick, ayant opéré leur jonction, marchèrent sur

Dresde. Le 11, ils y entrèrent. Thielmann, se voyant trop inférieur

en force pour lutter dans la ville, préféra tenir la campagne. Il

avait pris la résolution de se replier sur le 10e corps, lorsque

dans la nuit du 11 au 12 juin il crut pouvoir essayer de surprendre

les bivouacs du duc. Après un combat des plus vifs, la cavalerie

autrichienne de Am-Ende força les Saxons à se replier sur Leipzig

par Wilsdruf. Thielmann ne fut pas d'abord poursuivi, le général

autrichien ayant voulu recevoir du gouvernement de la Bohême

l'autorisation de se porter sur Leipzig. Le 19, cette autorisation

étant arrivée permit aux deux alliés de suivre Thielmann qu'ils

rencontrèrent près de la ville. La lutte ne fut pas longue, le

colonel saxon avait trop peu de monde, il passa l'Elster et se

replia par Lutzen sur la Saale. Le 22, il fut joint à Weissenfels

par les troupes du roi Jérôme. Ce dernier, ayant à Cassel le

régiment grand duc de Berg et sa garde (trois mille hommes), expédia

l'ordre à Albignac et à Gratien, l'un à Domitz, l'autre à Stralsund,

de le venir joindre à marches forcées à Sondershausen, en descendant

l'un par Magdebourg, l'autre par Brunswick. Lui-même avait

l'intention de se porter sur Sondershausen avec sa garde, et de là

sur Dresde. Mais les opérations contre Schill n'ayant pas permis à

ses deux généraux de se mettre en marche pour la Westphalie avant

les premiers jours de juin, le Roi modifia ses projets primitifs.

Cependant, en apprenant le 15 juin l'entrée à Dresde des

Autrichiens, il fit partir le 16 ses troupes, et le 18 il se mit

lui-même en marche après de nouveaux ordres envoyés à Albignac et à

Gratien.

L'empereur ne plaisantait pas pour ce qui avait trait aux affaires

de la guerre. Il écrivait à Eugène, le vice-roi d'Italie: «Mon fils,

la guerre est une chose sérieuse»; à Joseph, à Naples: «Les états de

situation de mes troupes sont les romans que je lis avec le plus de

plaisir». Aussi les négligences de Jérôme à cet égard lui

étaient-elles très sensibles. Le 16 juin 1809, il manda au prince de

Neufchatel:

Mon cousin, écrivez au roi de Westphalie, commandant le 10e corps

d'armée, que je n'ai aucune situation, que je ne reçois aucun

rapport, que j'ignore où sont mes troupes, que depuis dix-sept jours

que l'affaire de Schill s'est passée, je n'en ai pas encore reçu de

rapport officiel; que si, comme commandant du 10e corps, il ne

correspond pas fréquemment avec vous et ne vous rend pas compte de

tout ce qui intéresse ce corps d'armée, je me verrai obligé d'y

nommer un autre commandant.

Jérôme crut de sa dignité de mener avec lui à l'armée, non seulement

un grand nombre d'équipages, de gens de cour, chambellans et autres,

mais même les ministres plénipotentiaires étrangers accrédités

auprès de sa personne. Averti de cette circonstance par les lettres

de Reinhard, Napoléon, qui aimait à voir faire la guerre

sérieusement, comme il la faisait lui-même, trouva fort mauvaise

cette manière d'agir de son frère.

Cependant le 21 juin, les divisions Albignac et Gratien après des

marches rapides se joignirent aux autres troupes de Jérôme qui se

trouva ainsi à la tête d'une douzaine de mille hommes. Le 22,

Albignac rallia les Saxons sur la Saale à Weissenfels, et les

opérations commencèrent.

Nous donnerons plus loin quelques lettres de M. Reinhard relatives à

cette campagne de Saxe pendant laquelle il ne quitta pas le quartier

général du Roi, campagne qui mécontenta fort l'empereur; mais avant,

analysons rapidement les événements militaires.

Le 24 juin, Jérôme, ayant rallié les troupes du 10e corps et étant

arrivé de sa personne à Querfurt, passa la Saale et poussa l'ennemi

sur Leipzig qu'il évacua le lendemain. Le Roi entra le 26 à Leipzig,

pendant que le général d'Albignac continuait à pousser les

Autrichiens sur Dresde. Un petit engagement eut lieu à Waldheim, et

pendant la nuit le duc de Brunswick se séparant de Kienmayer avec

ses bandes fila sur Chemnitz au sud-est pour gagner Bayreuth et la

Westphalie, tandis que les landwehr de Kienmayer se ralliaient sur

Dresde, et que lui-même avec ses troupes régulières prenait la route

de Bayreuth. Le 29, tout le 10e corps étant concentré à Waldheim,

Jérôme marcha sur Dresde. Le 30, le colonel Thielmann commanda

l'avant-garde du 10e corps, et le général d'Albignac pénétra à

Dresde où le Roi fit son entrée le 1er juillet.

À Dresde, Jérôme apprit que ses États paraissaient peu tranquilles,

qu'une expédition anglaise semblait menacer les côtes de la

Hollande, et que le duc de Brunswick se dirigeait sur la Westphalie.

Ces nouvelles le déterminèrent à abandonner Dresde où l'empereur

voulait qu'il se maintînt. Le 4, il quitta cette ville, faisant

engager fortement le roi de Saxe à rentrer dans sa capitale.

Reinhard écrivit à Champagny, de Mersebourg et de Leipzig le 26

juin, et de Dresde le 1er juillet, les deux lettres suivantes:

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 116 / 358 题