Cassel, 3 mai 1809.
Le mariage du comte de Furstenstein avec Mlle de Hardenberg a été
célébré dimanche dernier au palais. La société a été peu nombreuse,
la corbeille riche et magnifique. Il y a eu souper et bal. Le lit
nuptial a été dressé dans une pièce attenante à la salle du
conseil.--M. de Gilsa, ancien grand-écuyer de l'électeur, père de
treize enfants vivants, et n'ayant d'autre moyen d'existence que les
appointements des places que son épouse et lui remplissent à la
cour, a profité de cette circonstance pour demander au Roi la grâce
de son gendre, le sieur de Buttlar, compris dans l'art. 1er du
décret du 29. S. M. la lui a promis.--La soeur de Mme de Stein
soutient son rôle d'héroïne. Elle ne sort point; elle provoque son
supplice. Elle est du reste vieille, laide, contrefaite. Une soeur
de Mme de Gilsa, dignitaire du même chapitre, a refusé la permission
que le Roi avait donnée à son frère de la prendre chez lui.--Le Roi
a fait plusieurs nominations d'officiers pour remplacer ceux qui ont
été destitués ou arrêtés.--On a trouvé parmi les papiers Doernberg
un paquet cacheté et portant l'inscription: _à ouvrir après ma
mort_. On dit que ce paquet ne renferme que des lettres d'amour,
dont quelques-unes de Mme de P. Cet homme, peu de jours avant sa
défection, avait fait venir sa femme et ses trois enfants qui
résident à Brunswick et qui se trouvent aujourd'hui dans la misère.
Quatre mille francs que le roi lui avait donnés se sont trouvés
intacts dans son secrétaire. Il paraît que ce n'est pas sans combats
intérieurs qu'il s'est chargé du rôle de traître; il y a dans sa
conduite présomptive délire et inconséquence.--Pendant la crise, la
ville de Cassel paraissait plus calme qu'à l'ordinaire. Le peuple
semblait apathique, mais il montrait une grande incrédulité sur nos
victoires.--Quelques mauvais sujets avaient excité des mouvements
dans une commune du département du Harz. Ils furent arrêtés, et le
préfet manda au ministre de l'intérieur qu'il avait pris les mesures
les plus efficaces pour empêcher que la contagion ne gagnât le
département de la Werra. C'était dans ce dernier département
qu'était le foyer de l'insurrection.--Le baron de Wendt, aumônier du
Roi, envoyé dans les communes catholiques de la Hesse, qui en effet
n'ont pas remué, dit à son retour qu'il les avait exhortés à ne
point se mêler de ces affaires, à labourer leurs champs et à laisser
faire les autres. Il n'y entendait pas malice.
MM. de Malsbourg et de Coninx, conseillers d'État, allant l'un et
l'autre dans ses terres, l'un vers Paderborn pour calmer les
esprits, furent arrêtés tous les deux et coururent quelques dangers.
Le second fut sauvé par une ancienne femme de chambre de sa femme,
qu'il rencontra voyageant en compagnie avec un étudiant. Elle lui
fit prendre le rôle et le costume de son amant, et ce fut sous son
escorte qu'il revint à Cassel.