Le samedi, 22 avril, le gouvernement fut averti que plusieurs
rassemblements de paysans se formaient sur les hauteurs de
Napoléonshoehe, ainsi qu'à Homberg, et dans divers autres villages
environnant Cassel. Le Roi envoya de suite quelques détachements de
sa garde pour dissiper ces attroupements et faire rentrer les
paysans dans le devoir, mais ceux-ci excités par quelques
malveillants, parmi lesquels on distinguait le sieur Doernberg,
colonel des chasseurs de la garde, qui s'était mis à leur tête, et
quelques autres personnes moins marquantes, refusèrent obstinément
d'obéir. On fut obligé de les y contraindre par la force; plusieurs
des insurgés furent tués, et un grand nombre amenés prisonniers à
Cassel. Le lundi 24, tout était entièrement disparu.
Il paraît que cette insurrection, préparée depuis longtemps par des
agents secrets de l'électeur, devait être générale; mais les mesures
promptes et vigoureuses prises par le gouvernement l'ont arrêtée
dans sa naissance. Les insurgés avaient peu de fusils, et n'étaient
armés, pour la plupart, que d'instruments aratoires. On les avait
entraînés par l'espoir du pillage et la menace d'incendier leurs
maisons s'ils refusaient de marcher. On s'était efforcé de leur
persuader que tout était disposé en Westphalie pour une révolution,
et qu'ils allaient être appuyés par des armées prêtes à entrer dans
le royaume; mais bientôt, revenus de leur égarement, ils se sont
empressés de rentrer dans leurs foyers et de reprendre leurs
travaux. Les rapports qui arrivent aujourd'hui des divers points où
l'insurrection avait éclaté annoncent que la tranquillité est
rétablie partout. Quelques-uns des principaux moteurs sont arrêtés;
et il paraît que S. M. aura la consolation de n'avoir qu'un petit
nombre de coupables à punir.
Les habitants de Cassel, loin de prendre aucune part à ces
désordres, ont saisi cette circonstance pour donner des preuves
particulières de leur dévouement à leur souverain; et toutes les
classes de citoyens ont sollicité la faveur de servir Sa Majesté, et
d'être employés à maintenir la tranquillité dans la ville, et à la
défendre si elle était attaquée.
Le soussigné, en adressant, d'après l'ordre du Roi, la présente
communication à Son Excellence M. Reinhard, envoyé extraordinaire et
ministre plénipotentiaire de France, saisit cette occasion pour lui
renouveler les assurances de sa haute considération.