-- des finances, du commerce et du trésor, 8,463,000
-- du secrétaire d'État et des rel. ext., 1,090,000
-- de la guerre, 20,000,000
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Total, 44,375,000 fr.
On porte à un million la dette flottante de la liste civile. Si
celle-ci doit encore puiser dans le trésor public, voilà le tonneau
des Danaïdes; et comment dès cette seconde année les économies du
Roi peuvent-elles faire rentrer la dépense dans les limites qui ont
été si fortement excédées?
Les sujets de la Westphalie payent 19 à 20 francs par tête. De tout
temps cette proportion était en Allemagne; en temps de guerre, sans
commerce et sans la possibilité d'établir un système productif et
bien combiné d'impositions indirectes, elle pourra difficilement se
maintenir, au moins il sera impossible de la dépasser. Et que
pourra-t-on attendre de la ressource des emprunts?
Dans ma dépêche nº 16 j'ai informé Votre Excellence qu'on comptait
beaucoup sur le débit des sels westphaliens en Hollande. Depuis
quelques jours MM. _Vanhal_ et _Grellet_, négociants d'Amsterdam,
sont arrivés ici. Il s'agit, autant que je puis en juger dans ce
moment, d'une espèce de traité de commerce, en vertu duquel ces
maisons feraient des avances en argent qui leur seraient remboursées
par des sels, des cuivres, des fers et d'autres minéraux qu'ils
auraient la faculté d'extraire de la Westphalie. L'avance dont on
parle est de 6 millions. Le ministre de Hollande a présenté ces
négociants à M. le comte de _Furstenstein_; hier ils ont eu avec le
ministre des finances une conférence où leurs propositions ont été
acceptées; aujourd'hui le tout sera soumis à l'approbation de Sa
Majesté. Ils se sont présentés chez moi pour me demander des lettres
de recommandation pour les agents français à Brême par où
l'exportation doit se faire en suivant le Weser. Je leur ai promis
ces lettres; mais je les ai prévenus que mon devoir serait de rendre
compte de cette transaction à mon gouvernement. Ils m'ont dit que M.
_de Furstenstein_ se proposait de m'en parler.
M. le baron de Linden, ministre plénipotentiaire de Westphalie près
le prince-primat, vient d'être nommé ministre plénipotentiaire à
Berlin. M. _Siméon_ fils, qui depuis trois mois y était arrivé comme
chargé d'affaires, a été nommé ministre plénipotentiaire à Darmstadt
et chargé d'affaires à Francfort. Le Roi a fait cette distinction
parce qu'il est survenu que le prince-primat n'avait point encore
accrédité de ministre auprès de la cour de Westphalie. M. _de
Norvins_, secrétaire général du ministère de la guerre, a été nommé
chargé d'affaires près la cour de Bade. On dit que M. _d'Esterno_
par ordre du Roi a dû retourner à Vienne. Lorsque M. _de
Furstenstein_ me parla du retard de l'arrivée du comte de Grüne, je
lui demandai si ce retard avait influé sur la permission donnée à M.
_d'Esterno_ de s'absenter de son poste? Il me répondit que non. M.
_de Linden_, de son côté, est sur le point de quitter Vienne. Ses
dernières lettres annoncent que les troupes autrichiennes se mettent
en mouvement, que la guerre est résolue à Vienne, que l'archiduc
_Charles_ commandera en Allemagne une armée qu'on dit être de
120,000 hommes et qui pourra être de 130,000; que l'archiduc _Jean_
commandera 100,000 hommes du côté de l'Italie; l'archiduc
_Ferdinand_ l'armée de Bohême.--C'est ainsi que la destinée poursuit
sa marche et que les décrets de la providence s'exécutent, lorsque
l'heure de la chute des empires a sonné!
La guerre avec l'Autriche devenant de jour en jour plus probable,
l'empereur voulut avoir des notions certaines sur le contingent
westphalien, et fit envoyer l'ordre au baron Reinhard de lui faire
connaître exactement l'état des troupes de Jérôme. Vers le
commencement de mars, le ministre adressa, sur ce sujet, à M. de
Champagny, une très longue lettre que nous allons analyser.
M. Reinhard s'étant adressé, pour avoir des renseignements exacts,
à M. de Norvins, alors secrétaire-général au département de la
guerre, et le général Eblé, ministre, ayant refusé de communiquer
les états de situation, M. de Norvins avait tiré de sa mémoire les
chiffres et les notions d'où il résultait: que l'armée westphalienne
était forte de 12 à 13 mille hommes dont 500 officiers, présents
sous les drapeaux, que sur ce nombre 7000 étaient en marche et en
Espagne, et 2500 à Cassel; que le matériel d'artillerie, fort
pauvre, consistait en dix-huit bouches à feu données par l'empereur;
que le général Morio venait d'acheter vingt-deux caissons et leurs
attelages, que les généraux étaient pour la plupart vieux, usés,
incapables, etc. La lettre de Reinhard se terminait ainsi:
Le général _Eblé_, Monseigneur, est venu m'entretenir de ses
chagrins et de ses sollicitudes. Il craint, malgré toute la
persévérance de son travail, de n'être pas en état de mettre de
l'ordre dans l'administration et dans l'organisation de l'armée
westphalienne et de remplir l'attente de S. M. I. Le Roi, dit-il,
n'est pas toujours disposé à s'occuper des détails. Beaucoup
d'heures se perdent à attendre dans l'antichambre. On est distrait
et l'on ne donne pas assez d'attention à ce qui n'amuse pas assez.
Souvent même une chose a été convenue et le lendemain c'est à
recommencer, parce que M. le comte de Bernterode (Du Coudras)
peut-être s'y est opposé. Au conseil d'État (et ceci ce n'est pas le
général Eblé qui me l'a dit) le ministre de la guerre, qui n'est pas
orateur, fait sa proposition. Un orateur, par exemple le général
Morio, parle contre avec éloquence. Le général Eblé hausse les
épaules et se tait. Souvent l'éloquence l'emporte. Souvent aussi le
roi dit: Morio, vous n'y êtes pas!--Mais voici ce que le général
Eblé m'a raconté, et ce qui lui a fait de la peine.
Au dernier conseil, le comte de Hardenberg, grand-veneur, dit, au
sujet d'une certaine affaire: Je m'arrangerai là-dessus avec le
ministre de la guerre--Ce n'est pas cela, dit le roi en plein
conseil, vous êtes grand-officier et c'est au ministre de la guerre
à s'arranger avec vous. Il semble que si cette maxime est bonne, il
faudrait au moins pour la proclamer attendre que le temps et l'usage
l'eussent consacrée?
M. _d'Albignac_, grand-écuyer, en déplorant comme le général Eblé
les désordres des finances, l'impossibilité de continuer les
dépenses de la cour sur le pied où elles sont, est réduit à la
nécessité de se renfermer dans un respectueux silence après s'être
fait dire souvent: «Ce ne sont point là vos fonctions.» Il m'a
exprimé le désir ardent de voir le Roi appelé à l'armée. Il ne voit
que ce seul moyen d'espérance et presque de salut. Au retour
d'Erfurt, m'a-t-il dit, le Roi était un tout autre homme. Ses
conversations avec l'Empereur l'avaient changé, mais huit jours
après, les femmes, la Reine, les intrigants l'avaient de nouveau
circonvenu.--Et comment fait, lui demandai-je, le trésorier-général
M. Du Chambon qui paraît être un très honnête homme?--Il se désole
et puis il s'étourdit, dit-il.
Il est de mon devoir, Monseigneur, non d'accuser M. _de Bulow_,
ministre des finances, mais de dire que beaucoup de personnes
l'accusent. Aux yeux de M. _Jollivet_, c'est un ennemi des Français,
qui n'est jamais de bonne foi. Aux yeux de M. _d'Albignac_, c'est un
Prussien qui nous trahit et qui dans cette vue augmente le désordre
et favorise les dépenses. Aux yeux du Roi lui-même, m'a-t-on dit,
c'est un homme qui ment avec un sang-froid imperturbable.
Le général _Eblé_ aussi m'a dit que sa conduite commençait à lui
inspirer des doutes; qu'ils étaient convenus de faire en commun au
Roi des représentations sur l'état des finances et sur
l'impossibilité de faire ou de continuer certaines dépenses; mais
qu'au moment décisif M. _de Bulow_ avait fléchi et qu'il avait fini
par dire qu'il y avait moyen de trouver de l'argent. M. _de Bulow_
est celui des ministres que je connais le moins, et qui, quoique je
ne laisse pas de causer souvent avec lui, se tient assez en réserve
avec moi.