Cassel, 2 février 1808.
Sire, je viens de recevoir du général de division
Lefebvre-Desnouettes, grand-major de ma couronne, la communication
d'une lettre du maréchal Bessières par laquelle je vois qu'il a plu
à Votre Majesté de l'appeler auprès d'elle en qualité de colonel des
chasseurs de sa garde[102].
[Note 102: Napoléon n'aimait pas laisser au service de ses
frères ses bons officiers généraux, aussi ne voulut-il pas
abandonner en Westphalie Lefebvre-Desnouettes, qu'il
considérait comme un des meilleurs officiers de cavalerie
légère. Lefebvre-Desnouettes, colonel des chasseurs de la
garde, réfugié en Amérique après Waterloo, périt, le 22 avril
1822, dans le naufrage du paquebot _l'Albion_, sur lequel il
s'était embarqué pour la Belgique.]
J'avouerai à Votre Majesté que j'avais toujours regardé le général
Lefebvre comme devant rester à mon service, que j'étais assuré à cet
égard par son contentement personnel et par la lettre de passe qui
lui avait été expédiée par ordre de Votre Majesté et que, l'ayant
nommé depuis général de division et grand écuyer du royaume, cette
nouvelle m'a vivement affecté.
Ce n'est pas, Sire, que je ne me regarde toujours comme heureux de
faire quelque chose qui soit agréable à Votre Majesté, mais elle
sentira encore que j'aurais eu le droit d'attendre, avant tout
autre, une communication plus officielle de cette décision.
Dans cet état de choses, j'attendrai à connaître le désir de Votre
Majesté avant que de me résoudre à laisser partir le général
Lefebvre de mes états, mais je crois ne pas devoir laisser ignorer
à Votre Majesté combien j'étais loin de m'attendre à ce changement.