Madrid, le 1er février 1812.
Ma chère amie, je n'ai rien de bon à t'écrire après la prise de
Valence; la récolte a été mauvaise et le blé est très cher, il y a
beaucoup de misère ici; je reçois à peine la moitié de ce qui
m'avait été promis à Paris, et je serais impardonnable d'être
reparti si j'avais pu prévoir l'avenir qui m'attendait dans ce pays.
Les avantages que je pouvais tirer de la reddition de Valence par le
grand nombre de soldats qui abandonnent l'insurrection, vont bientôt
être perdus par le dénûment où je me trouve et d'argent et de moyens
de m'en procurer; quelle sera la fin de tout ceci, je l'ignore et ne
veux pas la prévoir: 1º l'unité dans le commandement et dans
l'administration; 2º un but fixe et certain offert à toutes les
provinces, pourraient encore sauver nos affaires et il faudrait que
l'empereur fit encore beaucoup de sacrifices d'argent, sans cela
tout ira mal et va déjà si mal que, ne pouvant rien, je dois désirer
que cela finisse pour moi le plus tôt possible.