Madrid, 28 novembre 1810.
Ma chère amie, j'ai reçu ta lettre du 4, je me porte bien, les
affaires sont ici dans le même état. Je suis toujours sans réponse à
tout ce que j'ai écrit. Je ne pense pas pouvoir prolonger cet état
humiliant au delà de cette année. Je te prie de remettre à M.
Bouchard[28] l'incluse; engage-le à partir sur-le-champ et de me
répondre de dessus les lieux. Il faut finir ceci d'une manière ou
d'une autre; quoique je te dise que je me porte bien et que cela
soit ainsi, cependant ma constitution n'est plus ce qu'elle était et
je sens qu'elle ne résisterait pas à cet état de choses qui n'est
pas fait pour un homme tel que moi, toute la puissance de l'empereur
ne peut pas faire que je reste ici dans la position du dernier des
polissons. Tu peux voir par la lettre ci-jointe comment un général
français traite mes ministres. Un voleur effréné que j'ai renvoyé
d'ici, il y a trois mois, y revient triomphant. Ce misérable a causé
le massacre de plus de cent Français, victimes de l'exaspération des
habitants de la province de Guadalaxara et Cuença où il commandait
une colonne et où il ravageait tout. J'entre dans ces détails pour
que tu saches bien qu'on me force au parti que je prends et que je
n'en ai pas d'autre à prendre.
[Note 28: Un des secrétaires du roi, chargé de ses affaires
d'intérêt et alors en France.]
Marius Clary doit être arrivé, j'attendrai la réponse à la lettre
que je t'ai écrite par lui avant de partir.
La fin de l'année 1810 et le commencement de 1811 ne furent pas plus
favorables à Joseph; aussi voit-on ses lettres à la reine contenir
sans cesse les mêmes plaintes, justifiées par la conduite de
l'empereur à l'égard de l'Espagne.