JOSEPH AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE.

J'ai reçu, citoyen général, la lettre à laquelle étaient jointes

plusieurs pièces relatives à l'arrestation de MM. Angeloni,

Bouchard, Oscarelli[1], Vivaldi, etc. Les informations que j'ai

prises sur eux, depuis que je suis à Rome, sont conformes à l'idée

qu'on en donne dans les lettres qui vous ont été envoyées par le

citoyen Monge; ils ont manifesté le désir et le projet de changer le

gouvernement romain. S'ils ont senti et pensé comme les Brutus et

les grands hommes de l'antiquité, ils ont parlé comme des femmes et

agi comme des enfants; le gouvernement les a fait arrêter. Comme ils

n'avaient point de plan déterminé, on n'a rien trouvé chez eux qui

pût les accuser; mais on en avait trouvé cinquante réunis à la villa

Médicis; mais la ville entière connaissait les projets dont ils se

vantaient sans avoir aucun moyen de les mettre à exécution.

[Note 1: Trois conspirateurs que le général Bonaparte voulait

que l'on surveillât, tout en empêchant le gouvernement du

pape de les molester.]

Quelques-uns d'entre eux, et précisément ceux qui, par leurs

talents, paraissent être les chefs, étaient munis de certificats

honorables de la commission des Arts[2]; mais ces certificats et la

liaison qu'ils ont eue avec les commissaires français, loin d'être

cause de leur arrestation, l'ont suspendue durant quelques instants,

et l'on n'a procédé contre eux qu'après que le citoyen Cacault eut

déclaré que les certificats des commissaires prouvaient pour le

passé et non pour l'avenir; qu'ils ne pouvaient d'aucune manière

être regardés comme des actes de garantie pour des faits ignorés et

absolument étrangers aux commissaires et à tout autre individu

français.

[Note 2: Il y avait à Rome une commission des arts présidée

par Monge et qui, à l'exception de son président, se montrait

un peu encline à favoriser les projets des ennemis du

gouvernement pontifical.]

Depuis cet événement, on est convaincu dans Rome que les Français

n'ont aucun rapport avec ce qui s'est passé, et aucun d'eux n'a

éprouvé le moindre désagrément qui puisse le faire croire.

Cependant, j'ai voulu pressentir quelles étaient les intentions du

gouvernement sur les individus arrêtés, et surtout sur ceux auxquels

vous croyez devoir prendre un certain intérêt: le secrétaire

d'État[3] m'a assuré que Corroux et son frère n'ont point été

arrêtés; que le juif Ascarelli venait d'être mis en liberté; qu'il

croyait que Vivaldi allait l'être bientôt; que, quant à Angeloni et

Bouchard, qui sont les plus compromis, avant la sentence définitive

je serais informé de l'état du procès, et que le gouvernement se

prêterait à ce que les Français paraîtront désirer.

[Note 3: C'était alors le cardinal Doria, hostile à la

France.]

Je ne pense pas que le système de sang ou d'extrême rigueur qui a

prévalu dans quelques États voisins prenne ici; il y a bien quelques

prêtres influents du caractère des persécuteurs des Albigeois, mais

ils n'osent pas encore se livrer à l'ardeur de la persécution. Le

secrétaire d'État, homme doux et honnête, les surveille. Tant qu'il

pourra quelque chose, je ne crains pas les scènes de sang; mais il

n'a pas, je pense, tout le crédit qu'il mérite.

Il est inutile que j'entre dans plus de détails: il suffit que je

vous assure que je ne perdrai pas de vue le sort des personnes

arrêtées.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 20 / 358 题