L'origine, ce fut une lettre du colonel Terrisse, directeur de
l'artillerie de terre, au vice-amiral de Fierce, commandant en chef,
préfet maritime, commandant d'armes et gouverneur de Toulon. Cette
lettre arriva dans les bureaux de l'état-major avec le courrier du
soir. C'était le lundi 21 décembre 1908... Oui, le 21 décembre dernier.
Il n'y a pas encore un mois de cela ... il y aura un mois demain, un
mois jour pour jour... Un mois, rien qu'un mois! Ah! dieux du Ciel et
de l'Enfer!...
La lettre du colonel directeur arriva donc avec le courrier du soir
dans les bureaux de l'état-major--l'état-major du gouvernement
militaire, bien entendu; pas celui de la préfecture maritime. A Toulon,
comme dans les quatre autres ports, le vice amiral commandant en
chef est à la fois préfet maritime et gouverneur. Et il réside dans
l'hôtel de la préfecture, laissant à son général adjoint l'hôtel du
gouvernement. En sorte que les communications d'un état-major à l'autre
se font par téléphone. Naturellement, il y a un fil spécial, à cause du
secret, nécessaire parfois.
J'étais dans le bureau des officiers quand arriva la lettre. C'est moi
qui l'ouvris, en dépouillant le courrier... Parce qu'en ce temps-là,
c'était à moi de dépouiller le courrier du gouvernement militaire:
j'étais officier de cavalerie, capitaine breveté d'état-major ... et
j'étais jeune: j'avais trente-trois ans, tout juste... Il n'y a pas
encore un mois de cela, pas encore un mois...
J'ouvris la lettre et je la lus. Elle ne me parut présenter aucun
intérêt. La voici d'un bout à l'autre. En cet instant même, j'en ai le
texte sous les yeux,--exactement sous les yeux: