Balzac naquit, et, doué par la nature d'un talent immense et d'un
esprit juste, il secoua ces haillons de la pensée dont on avait voulu
faire un costume national, il rentra dans la voie droite de l'abbé
Prévost, et n'aspira qu'à un seul titre, celui d'_historiographe de
la nature et de la société_.
Il le poursuivit laborieusement, passant avec un égal succès de la
peinture la plus hideuse du vice jusqu'à la _Recherche de l'absolu_,
cette pierre philosophale de la philosophie, jusqu'au _Lis dans la
vallée_, cette perle de l'amour pur. Parcourez ces cent volumes de
ses oeuvres jetés avec profusion de sa main jamais lasse, et concluez
avec moi qu'un seul homme en France était capable d'exécuter ce qu'il
avait conçu, la _Comédie humaine_, ce poëme épique de la vérité!
On dit, je le sais, et je me le suis dit moi-même en finissant
la lecture de ce merveilleux artiste: Il est parfait, mais il
est triste; on sort, avec des larmes dans les yeux, de cette
lecture.--Balzac est triste, c'est vrai; mais il est profond.--Est-ce
que le monde est gai?
Molière était triste, et c'est pourquoi il fut Molière.