Les trois caractères dominants du talent de Balzac sont la vérité, le
pathétique et la moralité.
Il faut y ajouter l'invention dramatique, qui le rend en prose égal
et souvent supérieur à Molière.
Je sais qu'à ce mot, un cri de scandale et de sacrilége va
s'élever de toute la France; mais, sans rien enlever à l'auteur
du _Misanthrope_ de ce que la perfection de son vers ajoute à
l'originalité de son talent, et en le proclamant, comme tout le
monde, l'incomparable et l'inimitable, mon enthousiasme pour le
grand comique du siècle de Louis XIV ne me rendra jamais injuste ni
ingrat envers un autre homme inférieur en diction, égal, si ce n'est
supérieur, en conception, incomparable aussi en fécondité: Balzac!
Combien de fois, en le lisant et en déroulant avec lui les miraculeux
et inépuisables méandres de son invention, ne me suis-je écrié tout
bas: La France a deux Molières, le Molière en vers et le Molière en
prose!
Je le dis, je le pense, ouvrons-le: c'est à lui de le prouver. Je
commence par son chef-d'oeuvre, _Eugénie Grandet_. Daignez me suivre.