La triste épreuve de sa tragédie faite et acceptée, il tombe énervé,
découragé, maigri, chez sa mère, elle le garda quatre ans, mais
non oisif. Ce fut alors qu'il fit seulement sa grande faute, pour
vivre et donner à leur insu quelque aisance à ses parents. Il se lia
avec des libraires, et sacrifia quelque temps sa conscience à ses
besoins. Il écrivit ses _Contes drolatiques_, ouvrage de _mosaïque_
très-habilement conçu et exécuté, qui lui firent une réputation de
mauvais _aloi_ et quelque argent. Comme langue, rien ne contribua
plus à le former au travail difficile de parodier un siècle dans un
autre siècle. C'était une gaieté triste au fond, un désespoir de
verve qui lui donnait la conscience de son prodigieux talent, mais le
repentir de l'usage qu'il en faisait. Il faut, comme lui, glisser sur
cette jeunesse qui passe comme un orage du matin. Ne reprochons pas
à l'homme ce qu'il se reproche le premier, le prix un peu honteux
que la vie lui coûte, prix d'autant plus cher qu'il est plus prêt à
le regretter. En lisant ses _Contes drolatiques_, on se souvient de
Mirabeau écrivant, à Vincennes, des romans orduriers pour envoyer
à une femme purement adorée le prix du vice qui le rendait indigne
d'elle.