XV.

La triste épreuve de sa tragédie faite et acceptée, il tombe énervé,

découragé, maigri, chez sa mère, elle le garda quatre ans, mais

non oisif. Ce fut alors qu'il fit seulement sa grande faute, pour

vivre et donner à leur insu quelque aisance à ses parents. Il se lia

avec des libraires, et sacrifia quelque temps sa conscience à ses

besoins. Il écrivit ses _Contes drolatiques_, ouvrage de _mosaïque_

très-habilement conçu et exécuté, qui lui firent une réputation de

mauvais _aloi_ et quelque argent. Comme langue, rien ne contribua

plus à le former au travail difficile de parodier un siècle dans un

autre siècle. C'était une gaieté triste au fond, un désespoir de

verve qui lui donnait la conscience de son prodigieux talent, mais le

repentir de l'usage qu'il en faisait. Il faut, comme lui, glisser sur

cette jeunesse qui passe comme un orage du matin. Ne reprochons pas

à l'homme ce qu'il se reproche le premier, le prix un peu honteux

que la vie lui coûte, prix d'autant plus cher qu'il est plus prêt à

le regretter. En lisant ses _Contes drolatiques_, on se souvient de

Mirabeau écrivant, à Vincennes, des romans orduriers pour envoyer

à une femme purement adorée le prix du vice qui le rendait indigne

d'elle.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 93 / 145 题