M. Barthélemy Saint-Hilaire nous manque ici; mais il a bien
voulu nous indiquer lui-même, pour le suppléer, la traduction
très-consciencieuse et très-remarquable de l'_Histoire des Animaux_,
que M. Camus, avocat au parlement de Paris, censeur royal, publia en
1773, et qui est restée jusqu'ici le chef-d'oeuvre de ce genre de
travail.
Le plan de l'_Histoire des Animaux_, dit M. Camus, est grand et
vaste. Ce sont tous les animaux: hommes, quadrupèdes, poissons,
amphibies, oiseaux, insectes, qu'Aristote rassemble sous les yeux
de son lecteur. Il ne considère point chacun de ces animaux ou
séparément ou dans des classes dans lesquelles il les a rangés;
le règne animal entier n'est pour lui qu'un point unique: c'est
l'animal en général dont il fait l'histoire, et s'il rapporte telle
observation particulière à tel ou tel animal, ce n'est que, ou pour
servir de preuve à une proposition générale qu'il a avancée, ou pour
justifier une exception dont il avertit. Ainsi Aristote, voulant
faire connaître la nature des animaux, se propose d'abord l'examen
des parties de leur corps, comme le premier objet qui frappe la vue:
et, après avoir donné des définitions générales de ces parties,
après avoir distingué différentes espèces parmi les animaux, à
raison de la variété de leurs formes extérieures, il expose dans les
quatre premiers livres tout le détail des parties de leur corps. Le
cinquième, le sixième et le septième livres sont destinés à expliquer
de quelle manière l'animal naît; le temps où il commence à se
reproduire, celui où il cesse de le pouvoir faire et la durée totale
de sa vie. On connaît par la lecture des sept premiers livres comment
le corps de l'animal existe et comment il se multiplie; les deux
derniers apprennent comment l'animal vit et comment il se conserve.
L'objet du huitième est sa nourriture et les lieux qu'il habite; le
neuvième traite de ses moeurs, s'il est possible d'user de cette
expression; Aristote y dit quelles sont les habitudes des différents
animaux; avec qui d'entre eux ils vivent réciproquement, soit en
société, soit en guerre; comment ils pourvoient à leur conservation
et à leur défense. Une pareille histoire n'est-elle pas infiniment
préférable à de sèches nomenclatures, quelque bien rangées qu'on les
suppose, par ordres, classes et genres?
L'étendue du génie d'Aristote se montre par la généralité de ses
vues; celle de ses connaissances, par la multiplicité des exemples
qu'il rapporte successivement. L'histoire de l'homme considéré
simplement comme animal est complète dans son ouvrage; et, dans le
nombre des animaux de l'ancien monde, il n'en est presque aucun,
depuis le cétacé jusqu'à l'insecte, soit qu'il se meuve sur la terre,
qu'il s'élève dans les airs, ou qu'il demeure enseveli sous les eaux,
dont Aristote ne nous apprenne quelque particularité. Tout ce que
nos yeux peuvent découvrir lui semble connu: et l'éléphant qu'il a
disséqué, et cet animal imperceptible qu'on voit à peine naître dans
la pourriture et la poussière.
Le style de l'_Histoire des animaux_ est aussi abondant que les
choses; il est pur, coulant, et son plus grand ornement est la
propriété des expressions et la clarté.