I.

La _Météorologie_ n'est qu'un fragment des études qui composent le

Cosmos.

La _Physique_ en deux volumes, souvent mêlée de métaphysique

transcendante, tient plus à la haute philosophie. C'est l'échelon

par lequel il y monte. Bien différent de quelques-uns des physiciens

de notre siècle, qui séparent la cause de l'effet, il remonte à Dieu

toutes les fois qu'il faut découvrir un principe. Ainsi nulle cause

n'est cachée; le mystère de la volonté divine rend raison de tout.

Le mouvement est la clé du Cosmos. La plus magnifique étude sur le

mouvement, point par lequel la matière touche à sa cause, Dieu, est

le texte de la _Physique_ d'Aristote; c'est la dynamique divine.

Ici il touche à Platon ou plutôt à Socrate.

Quelle est l'origine du mouvement?

Sur la cause première du mouvement, l'opinion de Platon est aussi

arrêtée qu'il se peut, et il ne balance pas à rapporter à Dieu le

mouvement qui se montre partout dans l'univers et qui le vivifie.

C'est Dieu qui a tiré des profondeurs de son être le mouvement qu'il

a communiqué à tout le reste des choses; sans lui, le mouvement ne

serait pas né, et il ne continuerait point. Dieu est comme l'âme du

monde; l'âme, qui est le plus ancien de tous les êtres, et qui est

pour le vaste ensemble de l'univers le principe du mouvement, ainsi

qu'elle l'est pour les êtres particuliers, animant la matière inerte

à laquelle elle est jointe. C'est Dieu qui a créé les grands corps

qui roulent sur nos têtes dans les espaces célestes, et c'est lui

qui maintient la régularité éternelle de leurs révolutions, de même

qu'il leur a imprimé l'impulsion primitive qui les a lancés dans le

ciel. Dieu est donc le père du mouvement, soit que nous considérions

le mouvement à la surface de notre terre et dans les phénomènes les

plus habituels, soit qu'élevant nos yeux nous le contemplions dans

l'infinité de l'étendue et dans l'harmonie des sphères.

Platon attache la plus haute importance à ces opinions, qui font

partie de sa foi religieuse, et il s'élève avec indignation contre

l'impiété trop fréquente des naturalistes, qui croient trouver dans

la matière réduite à ses propres forces une explication suffisante.

S'en tenir uniquement aux faits sensibles qui tombent sous notre

observation, et ne pas remonter plus haut pour les mieux comprendre,

lui semble une aberration et presque un sacrilége. C'est méconnaître

la Providence, qui régit et gouverne toutes choses avec autant

de bonté que de sagesse, et c'est risquer de l'offenser que de

ne pas voir assez clairement la trace qu'elle a laissée dans ses

oeuvres, et dans ce grand fait du mouvement, qui doit la manifester

à tous les yeux. Platon ne dit pas en propres termes que Dieu est

le premier moteur, et c'est Aristote qui plus tard trouvera cette

formule; mais la pensée, si ce n'est l'expression, est de lui; et

le disciple, sous ce rapport comme sous bien d'autres, n'a été que

l'écho de son maître. Seulement, Aristote a poussé beaucoup plus loin

les déductions sévères de la science; et il a substitué un système

profond et solide à des vues restées un peu indécises, toutes grandes

qu'elles étaient.

D'ailleurs, Platon ne s'en tient pas à cette indication générale;

et, après avoir montré d'où vient le mouvement, il veut expliquer

aussi avec plus de détails les apparences diverses qu'il nous offre.

Il distingue donc plusieurs espèces de mouvements, et il en porte le

nombre tantôt à dix, tantôt à sept, sans les séparer toujours bien

nettement entre elles. Le mouvement a lieu, soit en avant, soit en

arrière, en haut et en bas, à droite et à gauche; joignez à ces six

mouvements que chacun connaît le mouvement circulaire, et vous aurez

les sept mouvements principaux. D'autres fois Platon change cette

énumération, et il distingue les mouvements de composition et de

division, ceux d'augmentation et de diminution, et ceux de génération

et de destruction. Il y ajoute le mouvement de translation, soit

que le corps se déplace dans l'espace et change de lieu, soit qu'il

fasse une révolution sur lui-même et reste en place. Il met au

neuvième rang le mouvement qui, venant d'une cause extérieure, est

reçu du dehors et est communiqué; et enfin, au dixième rang, il met

le mouvement spontané, qui n'a pas d'autre cause que lui-même, et

qui produit tous les changements et tous les mouvements secondaires

que l'univers nous présente. D'autres fois, encore, abandonnant

ces classifications, Platon réduit tous les mouvements à deux,

le changement de lieu et l'altération, comme il le fait dans le

_Parménide_; ou bien ces deux mouvements ne sont plus, comme

dans d'autres passages du _Timée_, que la rotation sur soi-même,

donnée par Dieu au monde, à l'exclusion de tout autre mouvement,

et l'impulsion en avant, maîtrisée par le mouvement du même et du

semblable, qui ramène sans cesse au centre le corps prêt à s'égarer.

Mais s'il y a quelque confusion dans ces opinions de Platon,

un axiome sur lequel il ne varie pas plus que sur l'origine du

mouvement, c'est qu'il n'y a point de hasard dans la nature, et

que le mouvement, qui en est le phénomène principal, y a ses lois

comme tout le reste. Le système du hasard n'explique rien, et il a

ce très-grand danger de porter les âmes à l'irréligion, mal social

qui perd les individus et que le législateur doit énergiquement

combattre. Platon flétrit avec insistance ce système, qui est aussi

pernicieux qu'il est vain, et il ne serait pas loin de porter des

peines contre les naturalistes qui y croient et s'en font les

apôtres. C'est là un germe qu'a recueilli Aristote, et qu'il a

développé non moins heureusement que son maître, bien qu'à un tout

autre point de vue. Ce n'est pas l'impiété de cette doctrine qui a

révolté Aristote; mais c'est sa fausseté grossière en présence de

l'admirable spectacle que l'ordre universel étale sans cesse sous nos

regards, pour peu que nous voulions l'observer.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 61 / 145 题