L'insuffisance du raisonnement purement humain se révèle tristement
dans la métaphysique de l'homme par Aristote. Il veut se passer du
mot mystère, qui seul donne la clef des deux mondes, et il reste
à la porte de l'un et de l'autre. L'héroïsme de l'esprit ne peut
se passer du mystère pour l'introduire dans les vérités occultes
qui dépassent les sens. Quand on vient de lire attentivement sa
_Psychologie_, on s'attriste au lieu d'admirer.
On admire son éloquent traducteur, M. Barthélemy Saint-Hilaire, plus
qu'Aristote. On revient à Socrate, ce grand métaphysicien d'action;
on revient même à Platon, le saint Paul de Socrate. Platon est un
misérable sophiste quand il prétend faire des lois au lieu de faire
des dogmes; sublime quand il interprète les dogmes de Socrate;
ridicule quand il donne ses rêveries pour législation au monde grec.
Il y avait eu toujours antipathie sourde entre Platon et Aristote
pendant les dix-sept ans qu'ils avaient vécu et professé ensemble
après la mort de Socrate; le dissentiment s'était prononcé et élargi
d'année en année depuis le départ de Platon. Il en avait rejailli
un peu sur les sublimes doctrines mystérieuses de Socrate. Socrate,
convaincu que plus le mystère est beau, plus il est vrai, avait
affirmé, comme le christianisme qui approchait, la spiritualité et
l'immortalité de l'âme. Aristote avait rejeté ces dogmes divins, mais
ténébreux, et demandait au corps et aux sens, c'est-à-dire, à la
mort, le secret de l'âme et de la vie éternelle. Cependant le respect
pour les doctrines socratiques ou platoniques l'empêchait de les
nier d'une manière absolue, et il s'efforçait de les concilier avec
une espèce de matérialisme _absurde_, quoique _logique_, auquel la
raison pût ramener la pensée. Alors comme aujourd'hui, il ne voulait
point de mystère: point de mystère, c'est le matérialisme et la mort.
De là l'embarras de ses conclusions. Il y a deux mondes, un monde
visible et un monde invisible. Raisonner de l'un par l'autre, c'est
se tromper sur tous les deux.