Telle est la _Politique_ d'Aristote, le plus beau de ses traités
pratiques.
À l'exception de ces deux erreurs qui ne sont pas siennes, mais
celles de son temps et vieilles comme le genre humain, l'une relative
à l'esclavage qu'il croit un crime de la nature, l'autre relative
aux enfants nés difformes dont il admet l'infanticide par humanité,
il n'y a pas une considération fausse dans tout le livre: c'est le
catéchisme du monde social.
Quant à la forme du style de ce traité, elle est sans défaut; et
il n'y manque aucune perfection du style pensé ou raisonné: ordre,
liaison, logique, clarté, conséquence du principe avec la conclusion,
cela semble écrit par la logique elle-même. On dirait qu'un esprit
divin, descendu du ciel pour éclairer les hommes, a pris la plume
d'or des séraphins pour révéler aux hommes de toutes les conditions,
de toutes les dates, de toutes les professions sociales, les moyens
de perfectionner et de conserver leur gouvernement.
Nous qui, dans une vie déjà longue, avons pu compter dix à douze
révolutions d'empires, et qui avons même attaché involontairement
notre nom à la dernière de ces convulsions sociales pour la modérer
en la conseillant, il nous est impossible de ne pas nous élever à
la plus haute admiration en lisant ce beau livre. Nous dirons même,
sans aucune flatterie, que de tous les ouvrages politiques c'est
incontestablement le plus parfait, et qu'il rend tous les autres ou
dangereux ou inutiles. Supprimez-y deux chapitres et vous n'avez rien
à ajouter, rien à retrancher pour que la _Politique_ d'Aristote,
écrite 350 ans avant Jésus-Christ, soit le manuel de l'homme d'État
de toutes les époques, preuve que la vérité est éternelle et qu'il
n'y a rien de nouveau sous le ciel que le mensonge et le sophisme
destinés à soutenir toutes les tyrannies, celle du peuple comme
celle des rois. Allez jusqu'à l'âme des hommes, vous y trouverez la
conscience; allez jusqu'à la conscience, vous y trouverez la vérité;
tout sophiste est un menteur, parce que tout sophiste est un flatteur.