XXIX.

Telle est la _Politique_ d'Aristote, le plus beau de ses traités

pratiques.

À l'exception de ces deux erreurs qui ne sont pas siennes, mais

celles de son temps et vieilles comme le genre humain, l'une relative

à l'esclavage qu'il croit un crime de la nature, l'autre relative

aux enfants nés difformes dont il admet l'infanticide par humanité,

il n'y a pas une considération fausse dans tout le livre: c'est le

catéchisme du monde social.

Quant à la forme du style de ce traité, elle est sans défaut; et

il n'y manque aucune perfection du style pensé ou raisonné: ordre,

liaison, logique, clarté, conséquence du principe avec la conclusion,

cela semble écrit par la logique elle-même. On dirait qu'un esprit

divin, descendu du ciel pour éclairer les hommes, a pris la plume

d'or des séraphins pour révéler aux hommes de toutes les conditions,

de toutes les dates, de toutes les professions sociales, les moyens

de perfectionner et de conserver leur gouvernement.

Nous qui, dans une vie déjà longue, avons pu compter dix à douze

révolutions d'empires, et qui avons même attaché involontairement

notre nom à la dernière de ces convulsions sociales pour la modérer

en la conseillant, il nous est impossible de ne pas nous élever à

la plus haute admiration en lisant ce beau livre. Nous dirons même,

sans aucune flatterie, que de tous les ouvrages politiques c'est

incontestablement le plus parfait, et qu'il rend tous les autres ou

dangereux ou inutiles. Supprimez-y deux chapitres et vous n'avez rien

à ajouter, rien à retrancher pour que la _Politique_ d'Aristote,

écrite 350 ans avant Jésus-Christ, soit le manuel de l'homme d'État

de toutes les époques, preuve que la vérité est éternelle et qu'il

n'y a rien de nouveau sous le ciel que le mensonge et le sophisme

destinés à soutenir toutes les tyrannies, celle du peuple comme

celle des rois. Allez jusqu'à l'âme des hommes, vous y trouverez la

conscience; allez jusqu'à la conscience, vous y trouverez la vérité;

tout sophiste est un menteur, parce que tout sophiste est un flatteur.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 36 / 145 题