_Paris, 16 août 1837._
Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni
pour les autres.
Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant
enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer à
l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on
lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux
fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou
de joie et de surprise. Mais les demi-dieux _mangent_, et depuis
son admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly,
Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour
prix de ses jolies petites jambes.--Vous le prendriez donc par la
main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant
sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce
jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la
route de Lyon à Paris.
Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même
chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point pardon
d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que je
demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne me
lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur.