et ces autres:
Enfant, l’onde est molle et pure
_Mais elle a soif de nos pleurs_.
que je rapproche de celui-ci, de Vigny:
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer!
L’amour de l’eau déjà attribué à plusieurs poëtes par Victor Hugo, dans
ce joli distique:
Georges Sand a la Gargilesse
Comme Horace avait l’Anio.
L’eau où Marceline voit se réverbérer tous ses âges dans cette Scarpe
qui lui était, comme à Brizeux, son Ellé. L’eau où nous lirons avec
elle, et sous mille formes
Son visage étoilé dans les cercles humides
Parsemant leurs clartés de sourires limpides...
L’onde enfin d’où découle son _rythme_.
_Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime_
auquel ne peut plus succéder que l’_amour du silence_, sa suprême
passion:[6]
_Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!_
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_Couvrez-moi de silence_...
Ce silence qui nous mène à la dernière de ces divisions, si vous
le voulez, factices, mais, certes point arbitraires: _la mort_,
disons mieux: l’ÉTERNITÉ puisque c’est sous ce consolant aspect
qu’apparaissent à Madame Valmore tant de tombes qu’elle a mélodiquement
enguirlandées.
Mais plusieurs sont absents, et leur nom sous des fleurs.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
On verra, par mes soins quelque feuille de lierre
De son étroit asyle embrasser le contour.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées.
Leur tranquille silence éveillait mes pensées,
Y cueillir une fleur me semblait un larcin.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
L’homme revient seul où son cœur le ramène.
Où les vieux tombeaux l’attirent pour pleurer.
«_Abîme à franchir seule!_» cette définition en commun, cette fois,
avec Pascal,
..... porte ces mots à sa douleur brûlante:
Viens! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux!
et la mort qui couronne son œuvre de vie, comme elle couronne toute
vie, n’apparaît jamais hideuse à notre poëte, mais toujours fleurie
et touchante, puisqu’elle lui rouvre tous les paradis pleins de ses
anges envolés. Tous les êtres aimés, sans oublier l’_être aimé_, voire
à commencer par lui (selon une magnifique interpellation: _Croyance_);
«Albertine, âme en fleur!» et d’autres amies de jadis; et cette noble
_tige maternelle, enlacée_, cette fois à l’éternité, auprès de ces
enfants enfuis:
Car vous aurez, un jour, une joie immortelle
Et vos petits enfants souriront dans vos bras.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Non, jamais rien de plus sereinement _détaché_, de plus véritablement
et vénérablement _sur le seuil_, et déjà presque _au-delà_, n’a su se
proférer pour nous parler de la mort, avec ce que j’appellerai une
pareille _liberté d’allures mortelles_; nous apprivoiser avec cette
«_cueilleuse d’âmes_» qui
Ne les moissonne pas pour en tuer les flammes,
Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement,
Comme on ôte le sable où dort le diamant.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tous mes étonnements sont finis sur la terre
Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir
Pour atteindre à ces fruits protégés de mystère
Que la pudique mort a seule osé cueillir.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente,
Réalisant nos rêves éperdus
Vient des humains l’infatigable amante
Pour démêler les fuseaux confondus.
Fidèle mort, si simple, si savante,
Si favorable au souffrant qui s’endort,
Me cherchez-vous, je suis votre servante:
Dans vos bras nus, l’âme est plus libre encor.
[5] Madame Valmore, dans son Recueil posthume (ou peut-être son
éditeur) a rangé elle-même ses poësies sous des appellations
similaires, mais sans beaucoup de suite.
[6] Silence qu’elle ne veut même plus rompre par l’écriture:
«_n’écris pas!_»