the young marquis de Grignan, sought lier friendship; thus, in some
sort, she reigned over three generations of the same family. The one
fault of Ninon so unsexes her that we must regard her character rather
as belonging to a man than a woman. "I saw the disadvantages women
labour under," she said, "and I chose to assume the position of a man
(et je me fis homme)." She regulated her conduct by what was considered
honourable in a man--honourable, not moral. Her talents and generous
qualities caused her to be respected and loved by a large circle of
distinguished friends. Madame de Maintenon was her early and intimate
friend: even when she became devout she continued to prize Ninon's
friendship, and wrote to her to give good lessons to her incorrigible
brother.]
[Footnote 68: His song, excusing his idleness, is very good: it is in
dialogue between himself and the chief among those who blamed him, the
count de Bussy-Rabutin.
"AIR.--'_Or nous dites, Marie._'
BUSSY.
"Or nous dites, Coulanges,
Magistrat sans pareil,
Par quel destin étrange
Quittez-vous le conseil?
COULANGES.
"Lisez, lisez l'histoire:
Vous verrez qu'avant nous
Les héros, las de gloire.
Allaient planter des choux.
BUSSY.
"Le bel exemple à suivre
Que Dioclétien!
Est-ce ainsi qu'il faut vivre?
Il n'étoit pas chrétien.
COULANGES.
"Charles-Quint, qu'on admire.
En a bien fait autant:
Quitta-t'-il pas l'empire
Pour être plus content?
BUSSY.
"Oui, mais dans la retraite
Savez-vous ce qu'il fit?
Chagrin dans sa chambrette,
Souvent s'en repentit.
COULANGES.
"La savante Christine
Ne s'en repentit pas;
Et de cette héroïne
Je veut suivre les pas.
BUSSY.
"Mais d'Azolin dans Rome
Ignorez-vous les bruits?
Et que ce galant homme
Sut charmer ses ennuis?
COULANGES.
"Du feu roi de Pologne,
Monsieur, que dites-vous?
Tranquille et sans vergogne
Il vient parmi nous.
BUSSY.
"Oui, mais son inconstance.
Moine, roi, cardinal,
Le fit venir en France
Mourir à l'hôpital.
COULANGES.
"Le diable vous emporte.
Monsieur, et vos raisons!
Je vivrois de la sorte
Et ferai des chansons."]
[Footnote 69: At the time of the dauphin's marriage, when madame de
Coulanges was presented to the dauphine, the latter received her with a
compliment on her wit and letters, of which she had heard in Germany. At
this time madame de Sévigné writes,--"Madame de Coulanges is at St.
Germain: she does wonders at court: she is with her three friends
(mesdames de Richelieu, de Maintenon, and de Rochefort) at their private
hours. Her wit is a qualification of dignity at court."--April 5. 1680.]
[Footnote 70: The best known of his couplets are the following
philosophic ones:--
"D'Adam nous sommes tous enfans:
La chose est très-connue,
Et que tous nos premiers parens
Ont mené la charrue;
Mais, las de cultiver enfin
Sa terre labourée,
L'un a dételé le matin,
L'autre l'après-dînée."]
[Footnote 71: Turning over her pages, we frequently find reflections
such as the following, which, from its gentleness and feeling, is
singularly characteristic of the amiable writer:--"Vous savez que je
suis toujours un peu entêtée de mes lectures Ceux à qui je parle ont
intérêt que je lise de bons livres: celui dont il s'agit
présentement, c'est cette Morale de Nicole: il y a un traité sur les
moyens d'entretenir la paix entre les hommes, qui me ravit: je n'ai
jamais rien vu de plus utile, ni si plein d'esprit et de lumières. Si
vous ne l'avez pas lu, lisez-le; si vous l'avez lu, relisez-le avec une
nouvelle attention: je crois que tout le monde s'y trouve; pour moi, je
suis persuadée qu'il a été fait à mon intention; j'espère aussi
d'en profiter; j'y ferai mes efforts. Vous savez que je ne puis souffrir
que les vieilles gens disent, 'Je suis trop vieux pour me corriger:' je
pardonnerois plutôt aux jeunes gens de dire, 'Je suis trop jeune.' La
jeunesse est si aimable, qu'il faudrait l'adorer, si l'âme et l'esprit
étoient aussi parfaits que le corps; mais quand on n'est plus jeune,
c'est alors qu'il faudrait se perfectionner, et tâcher de regagner par
les bonnes qualités ce qu'on perd du côté des agréable. Il y a
longtemps que j'ai fait ces réflexions, et pour cette raison je veux
tous les jours travailler à mon esprit, à mon âme, à mon cœur, à
mes sentimens. Voilà de quoi je suis pleine, et de quoi je remplis
cette lettre, n'ayant pas beaucoup d'autres sujets."--Aux Rochers, 7.
Oct. 1671. With regard to the book that gave rise to these reflections,
M. de Sévigné, her son, who had a more enlightened taste as to style,
by no means approved it. He says, "Et moi, je vous dirai que le premier
tome des Essais de Morale vous paroitroit tout comme à moi, si la
Marans et l'abbé Têtu ne vous avoient accoutumée aux choses fines et
distillées. Ce n'est pas aujourd'hui que le galimathias vous parois
clair et aisé: de tout ce qui a parlé de l'homme, et l'intérieur de
l'homme, je n'ai rien vu de moins agréable; ce ne sont point là ces
portraits où tout le monde se reconnoit. Pascal, la logique de Port
Royal, et Plutarque, et Montaigne, parlent autrement: celui-ci parle
parce qu'il veut parler, et souvent il n'a pas grand' chose à dire."]
[Footnote 72: Take, for instance, the following extracts on the subject
of his death:--"Ne croyez point, ma fille, que le souvenir de M. de
Turenne soit déjà finit dans ce pays-ci; ce fleuve, qui entraine tout,
n'entraine pas sitôt une telle mémoire; elle est consacrée à
l'immortalité. J'étais l'autre jour chez M. de la Rochefoucauld, avec
madame de Lavardin, madame de la Fayette, et M. de Marsillac. M. le
Premier y vint. La conversation dura deux heures sur les divines
qualités de ce véritable héros: tous les yeux étaient baignés de
larmes, et vous ne sauriez croire comme la douleur de sa perte est
profondément gravé dans les cœurs. Nous remarquions une chose, c'est
que ce n'est pas depuis sa mort que l'on admire la grandeur de son
cœur, l'étendue de ses lumières, et l'élévation de son âme; tout
le monde en étoit plein pendant sa vie, et vous pouvez penser ce que
fait sa perte par-dessus ce qu'on étoit déjà: enfin, ne croyez point
que cette mort soit ici comme celle des autres. Vous pouvez en parler
tant qu'il vous plaira, sans croire que la dose de votre douleur
l'emporte sur la nôtre. Pour son âme, c'est encore un miracle qui
vient de l'estime parfaite qu'on avoit pour lui; il n'est pas tombé
dans la tête d'aucun dévot qu'elle ne fut pas en bon état: on ne
sauroit comprendre que le mal et le péché pussent être dans son
cœur: sa conversion si sincère nous a paru comme un baptême; chacun
conte l'innocence de ses mœurs, la pureté de ses intentions, son
humilité, éloignée de toute sorte d'affectation; la solide gloire
dont il étoit plein, sans faste et sans ostentation; aimant la vertu
pour elle-même, sans se soucier de l'approbation des hommes; une
charité généreuse et chrétienne. Vous ai-je dit comme il l'habilla
ce régiment anglois? il lui coûta quatorze mille francs, et il resta
sans argent. Les Anglois ont dit à M. de Lorges qu'ils achéveroient de
servir cette campagne, pour venger la mort de M. de Turenne, mais
qu'après cela ils se retireroient, ne pouvant obéir à d'autres que
lui. Il y avoit de jeunes soldats qui s'impatientoient un peu dans les
marais, où ils étoient dans l'eau jusqu'aux genoux; et les vieux
soldats leur disoient 'Quoi, vous vous plaignez!' On voit bien que vous
ne connoissez pas M. de Turenne: il est plus fâché que nous quand nous
sommes mal; il ne songe, à l'heure qu'il est, qu'à nous tirer d'ici;
il veille quand nous dormons; c'est notre père: on voit bien que vous
êtes jeunes. Et c'est ainsi qu'ils les rassuroient. Tout ce que je vous
mande est vrai; je ne me charge point des fadaises dont on croit faire
plaisir aux gens éloignés: c'est abuser d'eux, et je choisis bien plus
ce que je vous écris, que ce que je vous dirois, si vous étiez ici. Je
reviens à son âme: c'est donc une chose à remarquer, que nul dévot
ne s'est avisé de douter que Dieu ne l'eût reçue à bras ouverts,
comme une des plus belles et des meilleures qui soient jamais sorties de
ses mains. Méditez sur cette confiance générale sur son salut, et
vous trouverez que c'est une espèce de miracle qui n'est que pour lui.
Vous verrez dans les nouvelles les effets de cette grande perte."--15
Août, 1675.
"M. de Barillon soupa ici hier: on ne parla que de M. de Turenne, il en
est véritablement très-affligé. Il nous contoit la solidité de ses
vertus, combien il étoit vrai, combien il aimoit la vertu pour
elle-même, combien pour elle seule il se trouvoit récompensé, et puis
finit par dire que l'on ne pouvoit pas l'aimer, ni être touché de son
mérite, sans en être plus honnête homme. Sa société communiquoit
une horreur pour la friponnerie, pour la duplicité, qui mettoit ses
amis au-dessus des autres hommes. Bien de siècles n'en donneront pas un
pareil. Je ne trouve pas qu'on soit tout-à-fait aveugle en celui-ci, au
moins les gens que je vois. Je crois que c'est vanter d'être en bonne
compagnie."--28 Août, 1675.]
[Footnote 73: "Voici un changement de scène qui vous paroitra aussi
agréable qu'à tout le monde. Je fus samedi à Versailles avec les
Villars. Vous connoissez la toilette de la reine, la messe, le dîner:
mais il n'est pas besoin de se faire étouffer pendant que leurs
majestés sont à table; car à trois heures le roi, la reine, monsieur,
madame, mademoiselle, tout ce qu'il y a de princes et de princesses,
madame de Montespan, toute sa suite, tous les courtisans, toutes les
dames, enfin ce qui s'appelle la cour de France, se trouve dans ce bel
appartement du roi que vous connoissez. Tout est meublé
devinement--tout est magnifique. On ne sait ce que c'est d'y avoir
chaud; on passe d'un lieu à l'autre sans avoir presse nulle part. Un
jeu de reverse donne la forme, et fixe tout. Le roi est auprès de
madame de Montespan, qui tient la carte; monsieur, la reine, et madame
de Soubise, Dangeau et compagnie, Langlée et compagnie. Mille louis
sont répandus sur le tapis. Il n'y a point d'autres jetons. Je voyois
Dangeau, et j'admirois combien nous sommes sots au jeu auprès de lui.
Il ne songe qu'à son affaire, et gagne où les autres perdent: il ne
néglige rien, il profite de tout; il n'est point distrait: en un mot,
sa bonne conduite défie la fortune; aussi les deux cent mille francs en
deux jours, les cent mille écus en un mois, tout cela se met sur le
livre de sa recette. Il dit que je prenois part à son jeu, de sorte que
je fus assise très-agréablement et très-commodément. Je saluai le
roi, ainsi que vous me l'avez appris: il me rendit mon salut, comme si
j'avois été jeune et belle. La reine me parla aussi longtemps de ma
maladie que si c'eût été une couche. M. le duc me fit mille de ces
caresses, à quoi il ne pense pas. Le maréchal de Lorges m'attaqua sous
le nom du chevalier de Grignan, enfin _tutti quanti_. Vous savez ce que
c'est que de recevoir un mot de tout ce que l'on trouve en son chemin.
Madame de Montespan me parla de Bourbon: elle me pria de lui conter
Vichi, et comment je m'en étois portée. Elle me dit que Bourbon, au
lieu de guérir un genou, lui a fait mal aux deux. Je lui trouvai le dos
bien plat, comme disoit la maréchale de la Meilleraie; mais
sérieusement, c'est une chose surprenante que sa beauté; sa taille
n'est pas la moitié si grosse qu'elle étoit, sans que son teint, ni
ses yeux, ni ses lèvres en sont moins bien. Elle étoit habillée de
point de France, coiffée de mille boucles: les deux des tempes lui
tombent fort bas sur les joues; des rubans noirs à sa tète, des perles
de la maréchale d'Hôpital, embellies de boucles et de pendeloques de
diamants de la dernière beauté, trois ou quatre poinçons, point de
coiffe; en un mot, une triomphante beauté, à faire admirer tous les
ambassadeurs. Elle a su qu'on se plaignoit qu'elle empèchoit à toute
la France de voir le roi; elle l'a redonné, comme vous voyez; et vous
ne sauriez croire la joie que tout le monde en a, ni de quelle beauté
cela rend la cour. Cette agréable confusion, sans confusion, de tout ce
qu'il y a de plus choisi, dure depuis trois heures jusqu'à six. S'il
vient des courriers, le roi se retire un moment pour lire ses lettres,
puis revient. Il y a toujours quelque musique qu'il écoute, et qui fait
un très bon effet. Il cause avec les dames qui ont accoutumé d'avoir
cet honneur. Enfin, on quitte le jeu à six heures. On n'a point du tout
de peine à faire les comptes--il n'y a point de jetons ni de marques.
Les poules sont au moins de cinq, six, à sept cent louis, les grosses
de mille, de douze cents. On parle sans cesse, et rien ne demeure sur le
cœur. Combien avez-vous de cœurs? J'en ai deux, j'en ai trois, j'en ai
un, j'en ai quatre: il n'en a donc que trois, que quatre; et Dangeau est
ravi de tout ce caquet: il découvre le jeu, il tire ses conséquences,
il voit à qui il a affaire; enfin, j'étois bien aise de voir cet
excès d'habilité: vraiment c'est bien lui qui sait le dessous des
cartes. On monte donc à six heures en calèches, le roi, madame de
Montespan, M. et madame de Thianges, et la bonne d'Hendicourt sur le
strapontin, c'est-à-dire comme en paradis, ou dans la gloire de
Niquée. Vous savez comme ces calèches sont faites: on ne se regarde
point, on est tourné du même côté. La reine étoit dans une autre
avec les princesses, et ensuite tout le monde attroupé selon sa
fantaisie. On va sur le canal dans des gondoles; on trouve de la
musique; on revient à dix heures, on trouve la comédie; minuit sonne,
on fait _media noche_. Voilà comme se passe le samedi. De vous dire
combien de fois on me parla de vous, combien on me fit de questions sans
attendre la réponse, combien j'en épargnai, combien on s'en soucie
peu, combien je m'en souciois encore moins, vous reconnoitrez au naturel
_l'iniqua corte_. Cependant il ne fut jamais si agréable, et on
souhaite fort que cela continue."]
[Footnote 74: It is curious to find her earnestly recommending maternal
affection to her daughter. One poor little girl was wholly
sacrificed--shut up in a convent, waiting for a vocation; the other was
saved by her grandmother from a similar fate. She writes, "Mais parlons
de cette Pauline; l'aimable, la jolie petite créature! Ai-je jamais
été si jolie qu'elle? on dit que je l'étais beaucoup. Je suis ravie
qu'elle vous fasse souvenir de moi: je sais bien qu'il n'est pas besoin
de cela; mais, enfin, j'ai une joie sensible: vous me la dépeignez
charmante, et je crois précisément tout ce que vous me dites: je suis
étonnée qu'elle ne soit devenue sotte et ricaneuse dans ce couvent:
ah, que vous avez fait bien de l'en retirer! Gardez-la, ma fille, ne
vous privez pas rie ce plaisir; la Providence en aura soin."--Oct. 4,
1679. In another letter she says, "Aimez, _aimez_ Pauline; croyez-moi,
tâtez, tâtez de l'amour maternel."]
[Footnote 75: It is in these letters from her _château_ that we find
her penetration into the human heart, and her sympathy with all that is
upright and good. She writes to her daughter, "Vous verrez comme tous
les vices et toutes les vertus sont jetés pêle-mêle dans le fond de
ces provinces; car je trouve des âmes de paysans plus droites que les
lignes, aimant la vertu comme naturellement les chevaux trottent." As to
her jansenism, it was very sincere, though not mingled with the spirit
of party. She believed in the election of grace, and the few that were
to be saved; and, though somewhat puzzled when she tried to reconcile
this doctrine with the free will of man, she has recourse to St.
Augustin, the jansenian saint, and says, "Lisez un peu le livre de la
prédestination des saints de St. Augustin, et du don de la
persévérance: je ne cherche pas à être davantage éclaircie sur ce
point; et je veux me tenir, si je puis, dans l'humilité et dans la
dépendance. Le onzième chapitre du don de la persévérance me tomba
hier sous la main: lisez-le, et lisez tout le livre: c'est où j'ai
puisé mes erreurs: je ne suis pas seule, cela me console; et en
vérité je suis tentée à croire qu'on ne dispute aujourd'hui sur cet
matière avec tant de chaleur, que faute de s'entendre."]
[Footnote 76: "Je fis ma cour l'autre jour à St. Cyr, plus
agréablement que je n'eusse jamais pensé. Nous y allâmes samedi;
madame de Coulanges, madame de Bagnols, l'abbé Têtu, et moi: nous
trouvâmes nos places gardées; un officier dit à madame de Coulanges
que madame de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle:
vous voyez quel honneur! 'Pour vous, madame,' me dit-il, 'vous pouvez
choisir.' Je me mis avec madame de Bagnols, au second banc derrière les
duchesses. Le maréchal de Bellefond vint se mettre par choix à mon
côté droit. Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette tragédie
avec une attention qui fut remarqué; et de certaines louanges sourdes
et bien placées. Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette
pièce. C'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne
sera jamais imitée. C'est un rapport de la musique, des vers, des
chants, et des personnes si parfait, qu'on n'y souhaite rien. On est
attentif, et l'on n'a point d'autre peine que celle de voir finir une si
aimable tragédie. Tout y est simple, tout y est innocent, tout y est
sublime et touchant. Cette fidélité à l'histoire sainte donne du
respect: tous les chants convenables aux paroles sont d'une beauté
singulière. La mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce,
c'est celle du goût et de l'attention. J'en fus charmée et le
maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi combien
il étoit content, et qu'il étoit auprès d'une dame qui étoit bien
digne d'avoir vu Esther. Le roi vint vers nos places; et après avoir
tourné, il s'adressa à moi, et me dit, 'Madame, je suis assuré que
vous avez été contente.' Moi, sans m'étonner, je répondis, 'Sire, je
suis charmée, ce que je sens est au dessus des paroles.' Le roi me dit,
'Racine a bien de l'esprit.' Je lui dit, 'Sire, il en a beaucoup, mais
en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi; elles entrent
dans le sujet, comme si elles n'avoient jamais fait autre chose.' 'Ah,
pour cela,' reprit-il, 'il est vrai;' et puis sa majesté s'en alla, et
me laissa l'objet d'envie: comme il n'y avoit quasi que moi de nouvelle
venue, il eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations, sans
bruit et sans éclat. M. le prince, madame la princesse, me vinrent dire
un mot, madame de Maintenon, elle s'en alloit avec le roi. Je répondit
à tout, car j'étois en fortune. Nous revînmes le soir aux flambeaux;
je soupai chez madame de Coulanges, à qui le roi avoit parlé aussi,
avec un air d'être chez lui, qui lui donnoit une douceur trop aimable.
Je vis le soir M. le chevalier de Grignan. Je lui contait tout
naïvement un éclair mes petites prospérités, ne voulant point les
cachoter sans savoir pourquoi, comme certaines personnes. Il en fut
content, et voilà qui est fait. Je suis assurée qu'il ne m'a point
trouvé dans la suite, ni une sotte vanité, ni un transport de
bourgeoise."]
[Footnote 77: "Le père Bourdaloue s'en va, par ordre du roi, prêcher
à Montpelier, et dans ces provinces où tant de gens se sont convertis
sans savoir pourquoi. Le père Bourdaloue le leur apprendra, et en fera
de bons catholiques. Les dragons ont été de très-bons missionnaires
jusqu'ici: les médiateurs qu'on envoient présentement rendront
l'ouvrage parfait. Vous aurez vu, sans doute, l'édit par lequel le roi
révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que tout ce qu'il contient,
et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus
mémorable."--Lettre au comte de Bussy, 14 Nov. 1685, The count replies,
"J'admire la conduite du roi pour ruiner les huguenots: les guerres
qu'on leur a faites autrefois, elles Saints Barthélémis, ont
multiplié et donné vigueur à cette secte. Sa majesté l'a sapée petit
à petit, et l'édit qu'il vient de donner, soutenu des dragons et des
Bourdaloues, a été le coup de grace."]
BOILEAU
1636-1711
One of the authors most characteristic of the better part of the age of
Louis XIV. was Boileau. The activity and directness of his mind, his
fastidious taste, his wit, the strict propriety of his writings, and
their useful aim, were worthy of a period which, for many years,
legislated for the republic of letters. Sunk in ignorance as France had
been, it required spirits as resolute and enlightened as his to refine
it, and spread knowledge widely abroad--while his disposition and habits
were honourable to himself, and to the society of which he formed a
distinguished part.
The father of the poet, Giles Boileau, was for sixty years _greffier_ to
the great chamber of the parliament of Paris. The simplicity of his
character, his abilities, and probity, caused him to be universally
esteemed. He had a large family. Three of his sons distinguished
themselves in literature. One, who took the name of Pui-Morin, was a
lawyer; but his publications were rather classic than legal. Another
entered the church; he became a doctor of Sorbonne, and enjoyed several
ecclesiastical preferments.
Nicholas Boileau (who, to distinguish him from his brothers, was called
by his contemporaries Despréaux, from some meadows which his father
possessed at the end of his garden,) was born in Paris, on the 5th of
December, 1636.[78] He lost his mother when he was only eleven months
old--she dying at the early age of twenty-three. His childhood was
one of suffering; so that he said of himself, in after times, that he
would not accept a new life on the condition of passing through a
similar childhood. We are not told what the evils were of which he
complained, but they were certainly, to a great degree, physical; for he
was cut for the stone at an early age, and the operation being badly
performed he never entirely regained his health. His earliest years were
spent at the village of Crone, in which his father had a country house,
where he spent his law vacations, and where, indeed, Louis Racine
declares that Nicholas was born. The house must have been small and
humble, for the boy was lodged in a loft above a barn, till a little
room was constructed for him in the barn itself, which made him say that
he commenced life by descending into a barn. His disposition as a child
was marked by a simplicity and kindliness, that caused his father to
say, "that Colin was a good fellow, who would never speak ill of any
one." His turn for satire made this seem ridiculous in after times: yet
it was founded on truth. Delicacy, and a sort of irritability of taste,
joined to wit, caused him to satirise writers: but he carefully
abstained from impugning the private character of any one; and, with his
friends, and in his conduct during life, he was remarkable for probity,
kindness of heart, and a cordial forgiving disposition. When we view him
as a courtier, also, we recognize at once that independence of feeling,
joined to a certain absence of mind, of which his father perceived the
germ.
He went to school at Beauvais; and M. Sevin, master of one of the
classes, discovered his taste for poetry, and asserted that he would
acquire great reputation in his future life; being persuaded that, when
a man is born a poet, nothing can prevent him from fulfilling his
destiny. Boileau was at this time passionately fond of romances and
poetry; but his critical taste was awakened by these very pursuits.
"Even at fifteen," he says, in his ninth satire, "I detested a stupid
book. Satire opened for me the right path, and supported my steps
towards the Parnassus where I ventured to seek her." At the age of
eighteen he wrote an ode on the war which it was expected that Cromwell
would declare against France. In later days he corrected this ode, and
added to the force of its expressions; but even in its original state it
is remarkable for the purity of its language, its conciseness, and
energy.