[Footnote 67: At the age of seventy-six, madame de Sévigné's grandson,

the young marquis de Grignan, sought lier friendship; thus, in some

sort, she reigned over three generations of the same family. The one

fault of Ninon so unsexes her that we must regard her character rather

as belonging to a man than a woman. "I saw the disadvantages women

labour under," she said, "and I chose to assume the position of a man

(et je me fis homme)." She regulated her conduct by what was considered

honourable in a man--honourable, not moral. Her talents and generous

qualities caused her to be respected and loved by a large circle of

distinguished friends. Madame de Maintenon was her early and intimate

friend: even when she became devout she continued to prize Ninon's

friendship, and wrote to her to give good lessons to her incorrigible

brother.]

[Footnote 68: His song, excusing his idleness, is very good: it is in

dialogue between himself and the chief among those who blamed him, the

count de Bussy-Rabutin.

"AIR.--'_Or nous dites, Marie._'

BUSSY.

"Or nous dites, Coulanges,

Magistrat sans pareil,

Par quel destin étrange

Quittez-vous le conseil?

COULANGES.

"Lisez, lisez l'histoire:

Vous verrez qu'avant nous

Les héros, las de gloire.

Allaient planter des choux.

BUSSY.

"Le bel exemple à suivre

Que Dioclétien!

Est-ce ainsi qu'il faut vivre?

Il n'étoit pas chrétien.

COULANGES.

"Charles-Quint, qu'on admire.

En a bien fait autant:

Quitta-t'-il pas l'empire

Pour être plus content?

BUSSY.

"Oui, mais dans la retraite

Savez-vous ce qu'il fit?

Chagrin dans sa chambrette,

Souvent s'en repentit.

COULANGES.

"La savante Christine

Ne s'en repentit pas;

Et de cette héroïne

Je veut suivre les pas.

BUSSY.

"Mais d'Azolin dans Rome

Ignorez-vous les bruits?

Et que ce galant homme

Sut charmer ses ennuis?

COULANGES.

"Du feu roi de Pologne,

Monsieur, que dites-vous?

Tranquille et sans vergogne

Il vient parmi nous.

BUSSY.

"Oui, mais son inconstance.

Moine, roi, cardinal,

Le fit venir en France

Mourir à l'hôpital.

COULANGES.

"Le diable vous emporte.

Monsieur, et vos raisons!

Je vivrois de la sorte

Et ferai des chansons."]

[Footnote 69: At the time of the dauphin's marriage, when madame de

Coulanges was presented to the dauphine, the latter received her with a

compliment on her wit and letters, of which she had heard in Germany. At

this time madame de Sévigné writes,--"Madame de Coulanges is at St.

Germain: she does wonders at court: she is with her three friends

(mesdames de Richelieu, de Maintenon, and de Rochefort) at their private

hours. Her wit is a qualification of dignity at court."--April 5. 1680.]

[Footnote 70: The best known of his couplets are the following

philosophic ones:--

"D'Adam nous sommes tous enfans:

La chose est très-connue,

Et que tous nos premiers parens

Ont mené la charrue;

Mais, las de cultiver enfin

Sa terre labourée,

L'un a dételé le matin,

L'autre l'après-dînée."]

[Footnote 71: Turning over her pages, we frequently find reflections

such as the following, which, from its gentleness and feeling, is

singularly characteristic of the amiable writer:--"Vous savez que je

suis toujours un peu entêtée de mes lectures Ceux à qui je parle ont

intérêt que je lise de bons livres: celui dont il s'agit

présentement, c'est cette Morale de Nicole: il y a un traité sur les

moyens d'entretenir la paix entre les hommes, qui me ravit: je n'ai

jamais rien vu de plus utile, ni si plein d'esprit et de lumières. Si

vous ne l'avez pas lu, lisez-le; si vous l'avez lu, relisez-le avec une

nouvelle attention: je crois que tout le monde s'y trouve; pour moi, je

suis persuadée qu'il a été fait à mon intention; j'espère aussi

d'en profiter; j'y ferai mes efforts. Vous savez que je ne puis souffrir

que les vieilles gens disent, 'Je suis trop vieux pour me corriger:' je

pardonnerois plutôt aux jeunes gens de dire, 'Je suis trop jeune.' La

jeunesse est si aimable, qu'il faudrait l'adorer, si l'âme et l'esprit

étoient aussi parfaits que le corps; mais quand on n'est plus jeune,

c'est alors qu'il faudrait se perfectionner, et tâcher de regagner par

les bonnes qualités ce qu'on perd du côté des agréable. Il y a

longtemps que j'ai fait ces réflexions, et pour cette raison je veux

tous les jours travailler à mon esprit, à mon âme, à mon cœur, à

mes sentimens. Voilà de quoi je suis pleine, et de quoi je remplis

cette lettre, n'ayant pas beaucoup d'autres sujets."--Aux Rochers, 7.

Oct. 1671. With regard to the book that gave rise to these reflections,

M. de Sévigné, her son, who had a more enlightened taste as to style,

by no means approved it. He says, "Et moi, je vous dirai que le premier

tome des Essais de Morale vous paroitroit tout comme à moi, si la

Marans et l'abbé Têtu ne vous avoient accoutumée aux choses fines et

distillées. Ce n'est pas aujourd'hui que le galimathias vous parois

clair et aisé: de tout ce qui a parlé de l'homme, et l'intérieur de

l'homme, je n'ai rien vu de moins agréable; ce ne sont point là ces

portraits où tout le monde se reconnoit. Pascal, la logique de Port

Royal, et Plutarque, et Montaigne, parlent autrement: celui-ci parle

parce qu'il veut parler, et souvent il n'a pas grand' chose à dire."]

[Footnote 72: Take, for instance, the following extracts on the subject

of his death:--"Ne croyez point, ma fille, que le souvenir de M. de

Turenne soit déjà finit dans ce pays-ci; ce fleuve, qui entraine tout,

n'entraine pas sitôt une telle mémoire; elle est consacrée à

l'immortalité. J'étais l'autre jour chez M. de la Rochefoucauld, avec

madame de Lavardin, madame de la Fayette, et M. de Marsillac. M. le

Premier y vint. La conversation dura deux heures sur les divines

qualités de ce véritable héros: tous les yeux étaient baignés de

larmes, et vous ne sauriez croire comme la douleur de sa perte est

profondément gravé dans les cœurs. Nous remarquions une chose, c'est

que ce n'est pas depuis sa mort que l'on admire la grandeur de son

cœur, l'étendue de ses lumières, et l'élévation de son âme; tout

le monde en étoit plein pendant sa vie, et vous pouvez penser ce que

fait sa perte par-dessus ce qu'on étoit déjà: enfin, ne croyez point

que cette mort soit ici comme celle des autres. Vous pouvez en parler

tant qu'il vous plaira, sans croire que la dose de votre douleur

l'emporte sur la nôtre. Pour son âme, c'est encore un miracle qui

vient de l'estime parfaite qu'on avoit pour lui; il n'est pas tombé

dans la tête d'aucun dévot qu'elle ne fut pas en bon état: on ne

sauroit comprendre que le mal et le péché pussent être dans son

cœur: sa conversion si sincère nous a paru comme un baptême; chacun

conte l'innocence de ses mœurs, la pureté de ses intentions, son

humilité, éloignée de toute sorte d'affectation; la solide gloire

dont il étoit plein, sans faste et sans ostentation; aimant la vertu

pour elle-même, sans se soucier de l'approbation des hommes; une

charité généreuse et chrétienne. Vous ai-je dit comme il l'habilla

ce régiment anglois? il lui coûta quatorze mille francs, et il resta

sans argent. Les Anglois ont dit à M. de Lorges qu'ils achéveroient de

servir cette campagne, pour venger la mort de M. de Turenne, mais

qu'après cela ils se retireroient, ne pouvant obéir à d'autres que

lui. Il y avoit de jeunes soldats qui s'impatientoient un peu dans les

marais, où ils étoient dans l'eau jusqu'aux genoux; et les vieux

soldats leur disoient 'Quoi, vous vous plaignez!' On voit bien que vous

ne connoissez pas M. de Turenne: il est plus fâché que nous quand nous

sommes mal; il ne songe, à l'heure qu'il est, qu'à nous tirer d'ici;

il veille quand nous dormons; c'est notre père: on voit bien que vous

êtes jeunes. Et c'est ainsi qu'ils les rassuroient. Tout ce que je vous

mande est vrai; je ne me charge point des fadaises dont on croit faire

plaisir aux gens éloignés: c'est abuser d'eux, et je choisis bien plus

ce que je vous écris, que ce que je vous dirois, si vous étiez ici. Je

reviens à son âme: c'est donc une chose à remarquer, que nul dévot

ne s'est avisé de douter que Dieu ne l'eût reçue à bras ouverts,

comme une des plus belles et des meilleures qui soient jamais sorties de

ses mains. Méditez sur cette confiance générale sur son salut, et

vous trouverez que c'est une espèce de miracle qui n'est que pour lui.

Vous verrez dans les nouvelles les effets de cette grande perte."--15

Août, 1675.

"M. de Barillon soupa ici hier: on ne parla que de M. de Turenne, il en

est véritablement très-affligé. Il nous contoit la solidité de ses

vertus, combien il étoit vrai, combien il aimoit la vertu pour

elle-même, combien pour elle seule il se trouvoit récompensé, et puis

finit par dire que l'on ne pouvoit pas l'aimer, ni être touché de son

mérite, sans en être plus honnête homme. Sa société communiquoit

une horreur pour la friponnerie, pour la duplicité, qui mettoit ses

amis au-dessus des autres hommes. Bien de siècles n'en donneront pas un

pareil. Je ne trouve pas qu'on soit tout-à-fait aveugle en celui-ci, au

moins les gens que je vois. Je crois que c'est vanter d'être en bonne

compagnie."--28 Août, 1675.]

[Footnote 73: "Voici un changement de scène qui vous paroitra aussi

agréable qu'à tout le monde. Je fus samedi à Versailles avec les

Villars. Vous connoissez la toilette de la reine, la messe, le dîner:

mais il n'est pas besoin de se faire étouffer pendant que leurs

majestés sont à table; car à trois heures le roi, la reine, monsieur,

madame, mademoiselle, tout ce qu'il y a de princes et de princesses,

madame de Montespan, toute sa suite, tous les courtisans, toutes les

dames, enfin ce qui s'appelle la cour de France, se trouve dans ce bel

appartement du roi que vous connoissez. Tout est meublé

devinement--tout est magnifique. On ne sait ce que c'est d'y avoir

chaud; on passe d'un lieu à l'autre sans avoir presse nulle part. Un

jeu de reverse donne la forme, et fixe tout. Le roi est auprès de

madame de Montespan, qui tient la carte; monsieur, la reine, et madame

de Soubise, Dangeau et compagnie, Langlée et compagnie. Mille louis

sont répandus sur le tapis. Il n'y a point d'autres jetons. Je voyois

Dangeau, et j'admirois combien nous sommes sots au jeu auprès de lui.

Il ne songe qu'à son affaire, et gagne où les autres perdent: il ne

néglige rien, il profite de tout; il n'est point distrait: en un mot,

sa bonne conduite défie la fortune; aussi les deux cent mille francs en

deux jours, les cent mille écus en un mois, tout cela se met sur le

livre de sa recette. Il dit que je prenois part à son jeu, de sorte que

je fus assise très-agréablement et très-commodément. Je saluai le

roi, ainsi que vous me l'avez appris: il me rendit mon salut, comme si

j'avois été jeune et belle. La reine me parla aussi longtemps de ma

maladie que si c'eût été une couche. M. le duc me fit mille de ces

caresses, à quoi il ne pense pas. Le maréchal de Lorges m'attaqua sous

le nom du chevalier de Grignan, enfin _tutti quanti_. Vous savez ce que

c'est que de recevoir un mot de tout ce que l'on trouve en son chemin.

Madame de Montespan me parla de Bourbon: elle me pria de lui conter

Vichi, et comment je m'en étois portée. Elle me dit que Bourbon, au

lieu de guérir un genou, lui a fait mal aux deux. Je lui trouvai le dos

bien plat, comme disoit la maréchale de la Meilleraie; mais

sérieusement, c'est une chose surprenante que sa beauté; sa taille

n'est pas la moitié si grosse qu'elle étoit, sans que son teint, ni

ses yeux, ni ses lèvres en sont moins bien. Elle étoit habillée de

point de France, coiffée de mille boucles: les deux des tempes lui

tombent fort bas sur les joues; des rubans noirs à sa tète, des perles

de la maréchale d'Hôpital, embellies de boucles et de pendeloques de

diamants de la dernière beauté, trois ou quatre poinçons, point de

coiffe; en un mot, une triomphante beauté, à faire admirer tous les

ambassadeurs. Elle a su qu'on se plaignoit qu'elle empèchoit à toute

la France de voir le roi; elle l'a redonné, comme vous voyez; et vous

ne sauriez croire la joie que tout le monde en a, ni de quelle beauté

cela rend la cour. Cette agréable confusion, sans confusion, de tout ce

qu'il y a de plus choisi, dure depuis trois heures jusqu'à six. S'il

vient des courriers, le roi se retire un moment pour lire ses lettres,

puis revient. Il y a toujours quelque musique qu'il écoute, et qui fait

un très bon effet. Il cause avec les dames qui ont accoutumé d'avoir

cet honneur. Enfin, on quitte le jeu à six heures. On n'a point du tout

de peine à faire les comptes--il n'y a point de jetons ni de marques.

Les poules sont au moins de cinq, six, à sept cent louis, les grosses

de mille, de douze cents. On parle sans cesse, et rien ne demeure sur le

cœur. Combien avez-vous de cœurs? J'en ai deux, j'en ai trois, j'en ai

un, j'en ai quatre: il n'en a donc que trois, que quatre; et Dangeau est

ravi de tout ce caquet: il découvre le jeu, il tire ses conséquences,

il voit à qui il a affaire; enfin, j'étois bien aise de voir cet

excès d'habilité: vraiment c'est bien lui qui sait le dessous des

cartes. On monte donc à six heures en calèches, le roi, madame de

Montespan, M. et madame de Thianges, et la bonne d'Hendicourt sur le

strapontin, c'est-à-dire comme en paradis, ou dans la gloire de

Niquée. Vous savez comme ces calèches sont faites: on ne se regarde

point, on est tourné du même côté. La reine étoit dans une autre

avec les princesses, et ensuite tout le monde attroupé selon sa

fantaisie. On va sur le canal dans des gondoles; on trouve de la

musique; on revient à dix heures, on trouve la comédie; minuit sonne,

on fait _media noche_. Voilà comme se passe le samedi. De vous dire

combien de fois on me parla de vous, combien on me fit de questions sans

attendre la réponse, combien j'en épargnai, combien on s'en soucie

peu, combien je m'en souciois encore moins, vous reconnoitrez au naturel

_l'iniqua corte_. Cependant il ne fut jamais si agréable, et on

souhaite fort que cela continue."]

[Footnote 74: It is curious to find her earnestly recommending maternal

affection to her daughter. One poor little girl was wholly

sacrificed--shut up in a convent, waiting for a vocation; the other was

saved by her grandmother from a similar fate. She writes, "Mais parlons

de cette Pauline; l'aimable, la jolie petite créature! Ai-je jamais

été si jolie qu'elle? on dit que je l'étais beaucoup. Je suis ravie

qu'elle vous fasse souvenir de moi: je sais bien qu'il n'est pas besoin

de cela; mais, enfin, j'ai une joie sensible: vous me la dépeignez

charmante, et je crois précisément tout ce que vous me dites: je suis

étonnée qu'elle ne soit devenue sotte et ricaneuse dans ce couvent:

ah, que vous avez fait bien de l'en retirer! Gardez-la, ma fille, ne

vous privez pas rie ce plaisir; la Providence en aura soin."--Oct. 4,

1679. In another letter she says, "Aimez, _aimez_ Pauline; croyez-moi,

tâtez, tâtez de l'amour maternel."]

[Footnote 75: It is in these letters from her _château_ that we find

her penetration into the human heart, and her sympathy with all that is

upright and good. She writes to her daughter, "Vous verrez comme tous

les vices et toutes les vertus sont jetés pêle-mêle dans le fond de

ces provinces; car je trouve des âmes de paysans plus droites que les

lignes, aimant la vertu comme naturellement les chevaux trottent." As to

her jansenism, it was very sincere, though not mingled with the spirit

of party. She believed in the election of grace, and the few that were

to be saved; and, though somewhat puzzled when she tried to reconcile

this doctrine with the free will of man, she has recourse to St.

Augustin, the jansenian saint, and says, "Lisez un peu le livre de la

prédestination des saints de St. Augustin, et du don de la

persévérance: je ne cherche pas à être davantage éclaircie sur ce

point; et je veux me tenir, si je puis, dans l'humilité et dans la

dépendance. Le onzième chapitre du don de la persévérance me tomba

hier sous la main: lisez-le, et lisez tout le livre: c'est où j'ai

puisé mes erreurs: je ne suis pas seule, cela me console; et en

vérité je suis tentée à croire qu'on ne dispute aujourd'hui sur cet

matière avec tant de chaleur, que faute de s'entendre."]

[Footnote 76: "Je fis ma cour l'autre jour à St. Cyr, plus

agréablement que je n'eusse jamais pensé. Nous y allâmes samedi;

madame de Coulanges, madame de Bagnols, l'abbé Têtu, et moi: nous

trouvâmes nos places gardées; un officier dit à madame de Coulanges

que madame de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle:

vous voyez quel honneur! 'Pour vous, madame,' me dit-il, 'vous pouvez

choisir.' Je me mis avec madame de Bagnols, au second banc derrière les

duchesses. Le maréchal de Bellefond vint se mettre par choix à mon

côté droit. Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette tragédie

avec une attention qui fut remarqué; et de certaines louanges sourdes

et bien placées. Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette

pièce. C'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne

sera jamais imitée. C'est un rapport de la musique, des vers, des

chants, et des personnes si parfait, qu'on n'y souhaite rien. On est

attentif, et l'on n'a point d'autre peine que celle de voir finir une si

aimable tragédie. Tout y est simple, tout y est innocent, tout y est

sublime et touchant. Cette fidélité à l'histoire sainte donne du

respect: tous les chants convenables aux paroles sont d'une beauté

singulière. La mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce,

c'est celle du goût et de l'attention. J'en fus charmée et le

maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi combien

il étoit content, et qu'il étoit auprès d'une dame qui étoit bien

digne d'avoir vu Esther. Le roi vint vers nos places; et après avoir

tourné, il s'adressa à moi, et me dit, 'Madame, je suis assuré que

vous avez été contente.' Moi, sans m'étonner, je répondis, 'Sire, je

suis charmée, ce que je sens est au dessus des paroles.' Le roi me dit,

'Racine a bien de l'esprit.' Je lui dit, 'Sire, il en a beaucoup, mais

en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi; elles entrent

dans le sujet, comme si elles n'avoient jamais fait autre chose.' 'Ah,

pour cela,' reprit-il, 'il est vrai;' et puis sa majesté s'en alla, et

me laissa l'objet d'envie: comme il n'y avoit quasi que moi de nouvelle

venue, il eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations, sans

bruit et sans éclat. M. le prince, madame la princesse, me vinrent dire

un mot, madame de Maintenon, elle s'en alloit avec le roi. Je répondit

à tout, car j'étois en fortune. Nous revînmes le soir aux flambeaux;

je soupai chez madame de Coulanges, à qui le roi avoit parlé aussi,

avec un air d'être chez lui, qui lui donnoit une douceur trop aimable.

Je vis le soir M. le chevalier de Grignan. Je lui contait tout

naïvement un éclair mes petites prospérités, ne voulant point les

cachoter sans savoir pourquoi, comme certaines personnes. Il en fut

content, et voilà qui est fait. Je suis assurée qu'il ne m'a point

trouvé dans la suite, ni une sotte vanité, ni un transport de

bourgeoise."]

[Footnote 77: "Le père Bourdaloue s'en va, par ordre du roi, prêcher

à Montpelier, et dans ces provinces où tant de gens se sont convertis

sans savoir pourquoi. Le père Bourdaloue le leur apprendra, et en fera

de bons catholiques. Les dragons ont été de très-bons missionnaires

jusqu'ici: les médiateurs qu'on envoient présentement rendront

l'ouvrage parfait. Vous aurez vu, sans doute, l'édit par lequel le roi

révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que tout ce qu'il contient,

et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus

mémorable."--Lettre au comte de Bussy, 14 Nov. 1685, The count replies,

"J'admire la conduite du roi pour ruiner les huguenots: les guerres

qu'on leur a faites autrefois, elles Saints Barthélémis, ont

multiplié et donné vigueur à cette secte. Sa majesté l'a sapée petit

à petit, et l'édit qu'il vient de donner, soutenu des dragons et des

Bourdaloues, a été le coup de grace."]

BOILEAU

1636-1711

One of the authors most characteristic of the better part of the age of

Louis XIV. was Boileau. The activity and directness of his mind, his

fastidious taste, his wit, the strict propriety of his writings, and

their useful aim, were worthy of a period which, for many years,

legislated for the republic of letters. Sunk in ignorance as France had

been, it required spirits as resolute and enlightened as his to refine

it, and spread knowledge widely abroad--while his disposition and habits

were honourable to himself, and to the society of which he formed a

distinguished part.

The father of the poet, Giles Boileau, was for sixty years _greffier_ to

the great chamber of the parliament of Paris. The simplicity of his

character, his abilities, and probity, caused him to be universally

esteemed. He had a large family. Three of his sons distinguished

themselves in literature. One, who took the name of Pui-Morin, was a

lawyer; but his publications were rather classic than legal. Another

entered the church; he became a doctor of Sorbonne, and enjoyed several

ecclesiastical preferments.

Nicholas Boileau (who, to distinguish him from his brothers, was called

by his contemporaries Despréaux, from some meadows which his father

possessed at the end of his garden,) was born in Paris, on the 5th of

December, 1636.[78] He lost his mother when he was only eleven months

old--she dying at the early age of twenty-three. His childhood was

one of suffering; so that he said of himself, in after times, that he

would not accept a new life on the condition of passing through a

similar childhood. We are not told what the evils were of which he

complained, but they were certainly, to a great degree, physical; for he

was cut for the stone at an early age, and the operation being badly

performed he never entirely regained his health. His earliest years were

spent at the village of Crone, in which his father had a country house,

where he spent his law vacations, and where, indeed, Louis Racine

declares that Nicholas was born. The house must have been small and

humble, for the boy was lodged in a loft above a barn, till a little

room was constructed for him in the barn itself, which made him say that

he commenced life by descending into a barn. His disposition as a child

was marked by a simplicity and kindliness, that caused his father to

say, "that Colin was a good fellow, who would never speak ill of any

one." His turn for satire made this seem ridiculous in after times: yet

it was founded on truth. Delicacy, and a sort of irritability of taste,

joined to wit, caused him to satirise writers: but he carefully

abstained from impugning the private character of any one; and, with his

friends, and in his conduct during life, he was remarkable for probity,

kindness of heart, and a cordial forgiving disposition. When we view him

as a courtier, also, we recognize at once that independence of feeling,

joined to a certain absence of mind, of which his father perceived the

germ.

He went to school at Beauvais; and M. Sevin, master of one of the

classes, discovered his taste for poetry, and asserted that he would

acquire great reputation in his future life; being persuaded that, when

a man is born a poet, nothing can prevent him from fulfilling his

destiny. Boileau was at this time passionately fond of romances and

poetry; but his critical taste was awakened by these very pursuits.

"Even at fifteen," he says, in his ninth satire, "I detested a stupid

book. Satire opened for me the right path, and supported my steps

towards the Parnassus where I ventured to seek her." At the age of

eighteen he wrote an ode on the war which it was expected that Cromwell

would declare against France. In later days he corrected this ode, and

added to the force of its expressions; but even in its original state it

is remarkable for the purity of its language, its conciseness, and

energy.

Lives of the most eminent literary and scientific men of France, Vol. 1 (of 2) · 第 22 / 33 段