XXI

Comprenez bien comment on se rend libre.

Pour être libre, il faut avant tout aimer Dieu, car si vous aimez Dieu,

vous ferez sa volonté; et la volonté de Dieu est la justice et la

charité, sans lesquelles point de liberté.

Lorsque, par violence ou par ruse, on prend ce qui est à autrui;

lorsqu’on l’attaque dans sa personne; lorsqu’en chose licite on

l’empêche d’agir comme il veut, ou qu’on le force d’agir comme il ne

veut pas; lorsqu’on viole son droit d’une manière quelconque, qu’est-ce

que cela? Une injustice. C’est donc l’injustice qui détruit la liberté.

Si chacun n’aimoit que soi et ne songeoit qu’à soi, sans venir au

secours des autres, le pauvre seroit obligé souvent de dérober ce qui

est à autrui, pour vivre et faire vivre les siens, le foible seroit

opprimé par un plus fort, et celui-ci par un autre encore plus fort;

l’injustice régneroit partout. C’est donc la charité qui conserve la

liberté.

Aimez Dieu plus que toutes choses, et le prochain comme vous-même, et la

servitude disparoîtra de la terre.

Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront

tout en œuvre pour la prolonger. Ils emploieront pour cela le mensonge

et la force.

Ils diront que la domination arbitraire de quelques-uns et l’esclavage

de tous les âges est l’ordre établi de Dieu; et pour conserver leur

tyrannie, ils ne craindront point de blasphémer la Providence.

Répondez-leur que leur Dieu à eux est Satan, l’ennemi de la race

humaine, et que le vôtre est celui qui a vaincu Satan.

Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites; ils feront

bâtir des prisons sans nombre pour vous y enfermer; ils vous

poursuivront avec le fer et le feu, ils vous tourmenteront et répandront

votre sang comme l’eau des fontaines.

Si donc vous n’êtes pas résolus à combattre sans relâche, à tout

supporter sans fléchir, à ne jamais vous lasser, à ne céder jamais,

gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n’êtes pas dignes.

La liberté est comme le royaume de Dieu; elle souffre violence, et les

violents la ravissent.

Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté, n’est pas la

violence féroce des voleurs et des brigands, l’injustice, la vengeance,

la cruauté; mais une volonté forte, inflexible, un courage calme et

généreux.

La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable, quand

on emploie le crime pour la soutenir. D’esclave l’homme de crime peut

devenir tyran, mais jamais il ne devient libre.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 19 / 40 题