Comprenez bien comment on se rend libre.
Pour être libre, il faut avant tout aimer Dieu, car si vous aimez Dieu,
vous ferez sa volonté; et la volonté de Dieu est la justice et la
charité, sans lesquelles point de liberté.
Lorsque, par violence ou par ruse, on prend ce qui est à autrui;
lorsqu’on l’attaque dans sa personne; lorsqu’en chose licite on
l’empêche d’agir comme il veut, ou qu’on le force d’agir comme il ne
veut pas; lorsqu’on viole son droit d’une manière quelconque, qu’est-ce
que cela? Une injustice. C’est donc l’injustice qui détruit la liberté.
Si chacun n’aimoit que soi et ne songeoit qu’à soi, sans venir au
secours des autres, le pauvre seroit obligé souvent de dérober ce qui
est à autrui, pour vivre et faire vivre les siens, le foible seroit
opprimé par un plus fort, et celui-ci par un autre encore plus fort;
l’injustice régneroit partout. C’est donc la charité qui conserve la
liberté.
Aimez Dieu plus que toutes choses, et le prochain comme vous-même, et la
servitude disparoîtra de la terre.
Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront
tout en œuvre pour la prolonger. Ils emploieront pour cela le mensonge
et la force.
Ils diront que la domination arbitraire de quelques-uns et l’esclavage
de tous les âges est l’ordre établi de Dieu; et pour conserver leur
tyrannie, ils ne craindront point de blasphémer la Providence.
Répondez-leur que leur Dieu à eux est Satan, l’ennemi de la race
humaine, et que le vôtre est celui qui a vaincu Satan.
Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites; ils feront
bâtir des prisons sans nombre pour vous y enfermer; ils vous
poursuivront avec le fer et le feu, ils vous tourmenteront et répandront
votre sang comme l’eau des fontaines.
Si donc vous n’êtes pas résolus à combattre sans relâche, à tout
supporter sans fléchir, à ne jamais vous lasser, à ne céder jamais,
gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n’êtes pas dignes.
La liberté est comme le royaume de Dieu; elle souffre violence, et les
violents la ravissent.
Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté, n’est pas la
violence féroce des voleurs et des brigands, l’injustice, la vengeance,
la cruauté; mais une volonté forte, inflexible, un courage calme et
généreux.
La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable, quand
on emploie le crime pour la soutenir. D’esclave l’homme de crime peut
devenir tyran, mais jamais il ne devient libre.