XIV

Vous n’avez qu’un jour à passer sur la terre; faites en sorte de le

passer en paix.

La paix est le fruit de l’amour; car pour vivre en paix, il faut savoir

supporter bien des choses.

Nul n’est parfait, tous ont leurs défauts; chaque homme pèse sur les

autres, et l’amour seul rend ce poids léger.

Si vous ne pouvez supporter vos frères, comment vos frères vous

supporteront-ils?

Il est écrit du fils de Marie: Comme il avoit aimé les siens, qui

étoient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin.

Aimez donc vos frères qui sont dans le monde, et aimez-les jusqu’à la

fin.

L’amour est infatigable, il ne se lasse jamais. L’amour est inépuisable;

il vit et renaît de lui-même, et plus il s’épanche, plus il surabonde.

Qui s’aime plus que son frère n’est pas digne du Christ, mort pour ses

frères. Avez-vous donné vos biens, donnez encore votre vie, et l’amour

vous rendra tout.

Je vous le dis en vérité, celui qui aime, son cœur est un paradis sur la

terre. Il a Dieu en soi, car Dieu est amour.

L’homme vicieux n’aime point, il convoite: il a faim et soif de tout;

son œil, tel que l’œil du serpent, fascine et attire, mais pour dévorer.

L’amour repose au fond des âmes pures, comme une goutte de rosée dans le

calice d’une fleur.

Oh! si vous saviez ce que c’est qu’aimer!

Vous dites que vous aimez, et beaucoup de vos frères manquent de pain

pour soutenir leur vie, de vêtements pour couvrir leurs membres nus,

d’un toit pour s’abriter, d’une poignée de paille pour dormir dessus,

tandis que vous avez toutes choses en abondance.

Vous dites que vous aimez, et il y a, en grand nombre, des malades qui

languissent, privés de secours, sur leur pauvre couche, des malheureux

qui pleurent sans que personne pleure avec eux, des petits enfants qui

s’en vont, tout transis de froid, de porte en porte demander aux riches

une miette de leur table, et qui ne l’obtiennent pas.

Vous dites que vous aimez vos frères: et que feriez-vous donc si vous

les haïssiez?

Et moi je vous le dis, quiconque, le pouvant, ne soulage pas son frère

qui souffre, est l’ennemi de son frère; et quiconque, le pouvant, ne

nourrit pas son frère, qui a faim, est son meurtrier.

Paroles d'un croyant, 1833 · 第 12 / 40 题