Dénouement des grands événements de cette seconde partie et leur
conclusion.
Le carnaval approchait: j'estimais monseigneur, je trouvais du plaisir à
le favoriser, mais je n'en étais pas amoureuse. Sylvina ne tenait à ses
officiers que par les besoins excessifs de son tempérament. Nous nous
ennuyions à périr, depuis le départ de d'Aiglemont. Nous n'avions donc
rien de mieux à faire que de retourner au plus tôt à Paris.
Sa Grandeur apprit avec chagrin que nous fixions notre départ au
lendemain des noces de Lambert et de Mme Dupré, qui se concluait à peu
de jours de là, non sans nécessité; car, depuis que le futur était _du
dernier bien_, la jolie veuve (sans compter la passade du chevalier),
elle ressentait tous les petits maux qui caractérisent une grossesse.
Ils se mariaient donc, nous en étions fort aises; mais c'était pour nous
une raison de plus pour partir.
En même temps, comme si le sort eût pris à tâche de ne pas nous laisser
emporter de cette ville même un regret de curiosité, nous apprîmes que
la sublime Éléonore, malgré ses serments, épousait enfin le seigneur de
la Caffardière, car, à l'occasion de son grand mariage, on obligeait
notre dévot d'ennoblir son nom, dont la résonnance était ci-devant par
trop roturière, pour un homme dont le grand-père avait été secrétaire du
roi. M. de la Caffardière, donc, épousait, parce que la féconde Éléonore
se trouvait, de même que la Dupré, dans un cas fâcheux. L'épouseur,
malgré les remontrances de sa mère et les secrets importants qu'elle lui
avait enfin révélés, s'exécutait par déférence pour un confesseur
fanatique qui l'ordonnait ainsi. Il y avait d'autant plus de résignation
entière dans le fait du pauvre Caffardière, qu'il n'avait jamais pu
savoir si c'était, en effet, dans les bras de sa chère Éléonore qu'il
avait souillé son âme, et que, pour surcroît, il se trouvait réduit à
expier dans le purgatoire de saint Corne une souillure très physique
dont il était redevable... à qui? à Mlle Thérèse. Ç'avait été le point
de vengeance de cette belle irritée. C'était à cela que se portaient ces
mots mystérieux que j'ai cités au chapitre sixième de cette partie: _Il
passera par mes mains... et s'en repentira_. Cette découverte nous donna
aussi la solution de ce qu'elle avait dit d'obscur relativement à
Géronimo. _Ah! si j'avais pu_, etc. On n'avait pas voulu traiter
celui-ci, qu'on aimait, comme ce vilain Caffardot, dont on avait à se
plaindre; cependant, la pauvre Thérèse demeurait à même de bien faire du
mal à ses ennemis: ses amis étaient au moins fort heureux qu'elle eût
encore plus de probité que de tempérament, mais elle pouvait déroger.
Nous l'aimions, nous en étions parfaitement servies. La pitié que son
état nous inspirait ajoutait encore à l'empressement que nous avions de
nous rendre à la capitale. Monseigneur devait y revenir d'abord après
l'ennuyeuse quinzaine de Pâques. Il consentit enfin à nous voir nous
éloigner.
Lambert se maria; monseigneur saisit cette occasion pour donner mille
marques d'estime et de libéralité aux nouveaux époux. Ils nous
accompagnèrent avec les officiers de Sylvina jusqu'à un château peu
distant, et qui dépendait de l'évêché. Monseigneur, qui avait les
devants, nous y reçut à merveille. Enfin, après trois jours consacrés à
fêter l'hymen, nous nous séparâmes, Sa Grandeur promettant de nous
rejoindre bientôt, et le couple fortuné de soutenir dans tous les temps
avec nous les liaisons d'une étroite amitié.
_Fin de la seconde partie_