Dont on saura le contenu si l'on prend la peine de le lire.
--J'en suis fâché, me dit le censeur dont il est fait mention au
commencement de cet ouvrage, et à qui j'en communiquai les deux
premières parties avant d'entreprendre celles-ci, j'en suis fâché, cela
ne prendra point. Vous ne savez donc pas que vous n'intéresserez
personne? que vous vous peignez telle que vous êtes, avec une franchise
qui vous fera le plus grand tort? Qu'on n'aime point à voir une jeune
fille courir effrontément au-devant des moindres occasions, de raconter
les folies d'autrui et d'en faire elle-même? Qu'il est reçu que votre
sexe doit combattre, et tout au plus se rendre à la dernière extrémité?
Que les gens qui seraient le moins capables de filer le parfait amour
soutiennent cependant que le plaisir n'est plaisir qu'autant qu'il a
coûté de peines, et que ce sont les obstacles seuls qui donnent à la
jouissance un véritable prix?--Taisez-vous, mon cher marquis,
répondis-je avec toute l'impatience d'un auteur dont on critique les
chères productions, vous voyez mon ouvrage du mauvais côté, Je ne me
propose point d'intéresser.--Tant pis.--Je ne quête pas non plus des
éloges; ma conduite n'en mérite point: quand j'ai réussi à me rendre
heureuse de moment en moment, j'ai tiré tout le fruit que je pouvais
attendre de mon système. Je ne cherche point à faire secte.--On croirait
que vous y visez.--Il y eut de tout temps des femmes de mon acabit; j'en
ai de contemporaines; la postérité n'en manquera pas. Être plainte n'est
pas non plus mon objet: le destin m'a constamment favorisée.--Il est
vrai.--Pour gagner de l'argent, enfin? Si j'en avais besoin, n'ai-je pas
à mon âge, et faite comme je suis, des ressources plus agréables, plus
sûres que celles de mettre du noir sur le blanc?--Tout cela est bel et
bon; mais alors pourquoi prendre la peine d'écrire?--La peine! Je vous
ai déjà dit que c'était un plaisir pour moi. Je me plais à garantir de
l'oubli des folies dont le souvenir m'est cher. Si, par occasion,
quelqu'un peut en être amusé, si quelque femme de mon caractère, mais
trop timide, se trouve enhardie par mon exemple et tranche les
difficultés; si quelque autre, attaquée par des Béatins, apprend à s'en
méfier et à les berner; si quelque mari, prêt à se formaliser pour une
aigrette, rougit d'avoir donné quelque importance à cet accident et se
pique d'imiter le sage Sylvino; si quelque Céladon renonce _aux grands
sentiments_ et se soustrait au ridicule des passions, prenant pour
modèle certain chevalier, dont vous ne devriez pas condamner le système;
si enfin quelque aimable bénéficier apprend de mon prélat que, malgré
l'habit ecclésiastique, on peut aimer les femmes et s'arranger avec
elles sans se compromettre dans l'esprit des honnêtes gens, ce seront
autant d'accessoires agréables à la satisfaction que je m'étais promise
de mon griffonnage. Au surplus, qu'il scandalise les prudes et les
dévots, on croit qu'il n'ait pas assez de gros sel pour certains
débauchés crapuleux, c'est de quoi je ne me soucie guère. Quant aux
lecteurs avides de ces romans enchevêtrés, qui ne peuvent souvent se
dénouer que par des miracles, qu'ils retournent à la Clélie et aux
ouvrages du même genre que l'on a faits depuis; il ne faut pas que ces
gens-là s'amusent à lire des histoires véritables. On ne sut que me
répondre: c'est que j'avais raison,