IV

Seuls les rideaux, tandis que la chambre est obscure,

Tout brodés, restent blancs, d’un blanc mat qui figure

Un printemps blanc parmi l’hiver de la maison.

Sur les vitres, ce sont des fleurs de guérison

Pareilles dans le soir à ces palmes de givre

Que sur les carreaux froids les nuits d’hiver font vivre.

Et dans ces floraisons de guipure on croit voir

Tous les souvenirs blancs parmi le présent noir:

Ce sont les rideaux clairs du berceau; c’est la bonne

Aïeule aux cheveux blancs en bandeaux de madone;

Ce sont les grands jardins d’enfance où les pommiers

Étaient poudrés; ce sont les cierges coutumiers

Et les nappes d’autel pour les communiantes;

C’est l’hostie aux lys purs de leurs lèvres priantes;

Puis c’est le clair de lune épars comme du lait

Dans la forêt magique où l’Art nous appelait

Parmi sa gloire et ses blancheurs éternisées!

Puis la guirlande en fleur au front des épousées

Dont l’espoir doux se fane irréparablement

Parmi cette blancheur vaporeuse qui ment.

Car le leurre est rapide en cette ombre équivoque,

Et tous les autres blancs du passé qu’on évoque

Vont se faner avec les souvenirs d’amour

Quand descendra dans les rideaux la mort du jour.

V

Les miroirs, par les jours abrégés des décembres,

Songent--telles des eaux captives--dans les chambres,

Et leur mélancolie a pour causes lointaines

Tant de visages doux fanés dans ces fontaines

Qui s’y voyaient naguère, embellis du sourire!

Et voilà maintenant, quand soi-même on s’y mire,

Qu’on croit y retrouver l’une après l’autre et seules

Ces figures de sœurs défuntes et d’aïeules

Et qu’on croit, se penchant sur la claire surface,

Y baiser leurs fronts morts, demeurés dans la glace!

Le règne du silence · 第 77 / 99 题