XI

Les cloches des dolents dimanches sont des gloses

Élucidant le cas des choses inécloses,

De ce qui fut naguère et qui n’a pas duré:

Raisin qui s’évapore aussitôt pressuré;

Étang qui se dessèche en un beau paysage;

Voix des enfants de chœur qui sont morts en bas âge

Et dont nous retrouvons dans les blancs angélus

Les soprani filant leurs sons irrésolus...

Les cloches ont la voix des choses démodées;

Bonnes cloches du soir qui sont inféodées

Aux meilleurs souvenirs d’enfance et de regret:

Car en les entendant, les vieilles cloches noires,

--Bruit d’airain, grincement de serrure--on dirait

Que se sont, dans le ciel, rouvertes les armoires

Où dorment, sans emploi, nos layettes d’enfant

Dont le beau linge, à lents coups de cloches, se fend

Puis s’envole, vidé de gestes, blancs mélanges...

Et j’écoute sur moi la chute de mes langes!

Combien d’autres rappels des choses d’autrefois:

Des couronnes de sons sur d’anciens convois

De morts qu’on oubliait et qu’on se remémore;

Et ces effeuillements vagues dans l’air sonore!

Vieilles cloches vidant leurs corbeilles de fer

D’où tombe un buis d’antan aux branchettes fanées,

Le buis bénit d’un temps pascal lointain et cher...

Et je recueille en moi le buis mort des Années!

Le règne du silence · 第 53 / 99 题