Dimanche, c’était jour de lentes promenades
Par des quais endormis, de vastes esplanades,
Au long d’un mur d’hospice, au long d’un canal mort
Où le brouillard, à peine une heure, se dissipe...
Dimanche, ah! quel silence! Et l’âme qui se fripe
A tout ce petit vent acidulé du nord!
Silence du dimanche autour du Séminaire
Et silence surtout Place de l’Évêché
Où divaguait parfois le bruit endimanché
D’une cloche très vieille et valétudinaire.
Des Béguines, au loin, passaient, hâtant le pas,
Gardant l’émoi sur leurs faces anémiées
D’avoir le matin même été communiées,
Heureuses, et disant des chapelets tout bas,
Tout en s’en revenant des Vêpres terminées.
Et la cloche perdue entre les cheminées
Se dépêchait, béguine elle-même, vivant
Dans sa tour, comme les autres dans leur couvent.
Sœur tourière du ciel en des guimpes fanées,
Semant un bruit de clés au fond de l’air transi
Où, béquillant un peu sous l’amas des années,
Elle faisait sa ronde, en robe noire aussi...
Or, depuis lors, la cloche est celle qui chemine;
Et toujours le dimanche est un jour où j’entends
Une cloche au-dessus de mon âme, béguine
Ponctuelle, aux accès de toux intermittents,
Qui m’avertit du ciel et que la messe est dite
Et m’égoutte ses sons comme de l’eau bénite...
X
Tristesse! je suis seul; c’est dimanche; il pleuvine!
Les vitres sont déjà comme des crêpes morts
Que faufile une pluie intermittente et fine.
Et rien à faire ici! rien à faire au dehors
Où les passants s’en vont monotones et tristes...
Or j’en rêve, parmi ce pluvieux décor,
De plus seuls et de plus inégayés encor:
D’abord les continents et doux séminaristes
Qui se hâtent, qui s’en vont deux à deux, là-bas,
Voués jusqu’à la mort à de noirs célibats
Quand nous avons l’amour comme une bonne lampe!
Puis je songe au troupeau puéril et transi
D’orphelines en deuil se dépêchant aussi
Dans ce soir triste et la bruine qui les trempe...
Tristesse du dimanche, ô mon âme! où tu n’as
Pour ressource que de songer aux orphelines
S’en retournant vers leurs lointains orphelinats,
Si frileuses, malgré leurs longues pèlerines...
Et seul, mélancolique, en mon dormant logis,
J’occupe à les aimer mon rêve qui s’ennuie,
Et j’entends de chez moi distinctement la pluie
Faufiler leurs bonnets de linge défraîchis.