La voix de l’eau qui passe est triste et mire en elle
La moindre affliction qui l’a frôlée un peu;
Et qui, s’y résorbant, y renaît éternelle
Mais en sourdine et comme en filaments d’adieu.
C’est d’abord la douleur des grands saules lunaires,
Écheveaux en folie où sont brouillés les fils;
Puis c’est le songe aigri des clochers centenaires
Reflétant jusqu’au fond leurs nocturnes profils.
Or, ces clochers mirés y laissèrent leurs cloches;
Et c’est pourquoi la voix de l’eau garde toujours
L’air des cloches qui s’y survivent et des tours.
Mais l’eau s’imprègne aussi du bruit des orgues proches,
Qui se traînent sur les grand-routes d’où l’on sent
Leurs plaintes, qui sont des plaintes d’oiseaux en sang,
S’égoutter et se fondre en l’eau qui les délaye--
Sa voix est triste encor d’un spleen plus volatil:
La voilà s’affligeant du départ en exil
De la fumée, au loin, que la bise balaie,
Et qui, violentée, abandonne dans l’air
Ses voiles, et dans l’eau vient mourir toute nue...
Que de choses enfin, brèves comme un éclair,
Que la voix de l’eau mire et qu’elle continue,
Survivance de tant de reflets dans sa voix!
Voix qui prolonge un peu les voix qui se sont tues,
Voix triste qu’on dirait posthume et d’autrefois,
Voix qui parle comme regardent les statues.