Il semble, au premier moment, que rien n'est plus simple que de danser,
et la plupart des jeunes filles, en suivant leur propre instinct,
pensent qu'elles n'ont pas besoin des leçons d'un maître. Cependant la
danse est un _art_, qui a ses lois, ses règles, ses principes arrêtés;
et, quand on veut véritablement la cultiver, il ne faut pas moins qu'une
étude continuelle et souvent très-pénible. Ce n'est pas à ce degré de
perfection que nous voulons amener nos jeunes lectrices; mais nous
croyons qu'elles aimeront à trouver ici quelques explications que nous
rendrons aussi claires que possible.
La danse, si on l'analyse, se compose d'_exercices_, de _pas_, et enfin
de _figures_ dans lesquelles ces pas, enchaînés les uns aux autres,
forment un ensemble dont le plan est tracé à l'avance. Aujourd'hui on se
contente d'exécuter en marchant les figures, dont il est très-facile de
retenir les différentes combinaisons, et il serait même ridicule d'y
faire entrer les _pas_ que l'on enseigne à la leçon. Mais ces mêmes pas,
supprimés dans une contredanse, doivent être connus et étudiés, parce
qu'ils servent à donner le sentiment de la mesure, et qu'ils ont
également de l'influence sur le _maintien_. Nous croyons à l'utilité des
leçons de danse pour corriger les mouvements gauches et disgracieux, et
nous pensons que, pour les jeunes filles, ces leçons ont un avantage
réel sur la gymnastique, en contribuant de même à leur développement
physique, sans excéder la mesure de leurs forces.
Habituellement le maître de danse fait étudier les pas au son d'un
instrument. C'est quelquefois un violon ordinaire, mais le plus souvent
c'est une _pochette_, sorte de violon très-aigre, assez petit pour ne
pas gêner les mouvements du professeur lorsqu'il en joue lui-même tout
en répétant les pas en même temps que l'élève. Lorsqu'on n'a aucun
instrument, il faut au moins chanter pour bien régler la mesure.
Les positions. Ce sont les différentes manières dont les pieds se
placent, en conservant facilement l'équilibre du corps. Ces positions,
au nombre de cinq, se retrouvent dans la formation des pas, et comme on
les désigne souvent en enseignant les exercices, il est bon de s'en
souvenir. Nous désirons que l'élève s'accoutume également à mettre ses
pieds _en dehors_, c'est-à-dire à les tourner de manière que, les deux
talons étant joints, les pieds se trouvent sur une même ligne. On arrive
par degrés à ce point assez difficile, qui a l'avantage de donner de la
souplesse aux articulations, et il faut le maintenir dans tous les
exercices de la leçon.
_La première position_, que nous venons de décrire, se fait en plaçant
les talons l'un contre l'autre, les pieds étant sur une ligne
horizontale.
_La deuxième_, de la même manière, en écartant les talons à peu près à
la distance de la longueur du pied.
_La troisième_, en croisant les pieds à la moitié de leur longueur,
c'est-à-dire que les chevilles se touchent.
_La quatrième_ comme la troisième, mais en mettant entre les pieds, qui
sont en face l'un de l'autre, la distance d'à peu près la largeur du
pied.
_La cinquième_, en croisant exactement les deux pieds, de manière que le
bout de l'un corresponde au talon de l'autre.
Ce n'est qu'aux danseurs de profession que l'on enseigne différentes
positions des bras; cependant nous engageons l'élève, pendant les
exercices, à les tenir quelquefois étendus horizontalement, et comme
servant de balancier, la main un peu abaissée en ployant le poignet et
le pouce touchant le doigt du milieu. Habituellement les bras doivent
retomber naturellement sans se coller au corps. La tête doit être droite
ou un peu tournée, les épaules abaissées, le buste bien _d'aplomb_ sur
le corps, et enfin l'attitude de la personne doit être naturelle,
c'est-à-dire sans affectation et sans roideur.
Exercices. En se mettant à la troisième position, l'élève exécutera les
exercices suivants:
Les _battements_, qui consistent dans le mouvement d'une jambe, tandis
que l'autre supporte le corps. Il y a deux sortes de battements: les
_grands battements_ et _les petits battements_. Pour les premiers, on
élève la jambe à une certaine hauteur, et on la replace alternativement
à la troisième position, devant et derrière le pied qui est resté à
terre. Pour les _petits battements_, le pied qui agit a la pointe
tournée en bas et le cou-de-pied très en dehors, et il vient se croiser,
presque sans quitter la terre, sur le pied resté immobile, en s'appuyant
sur la cheville, derrière et devant alternativement. Les petits
battements doivent s'exécuter avec plus de rapidité que les grands
battements.
Les _ronds de jambe_ s'exécutent en se plaçant à la première position et
en décrivant un cercle complet en dehors, avec le pied posé à plat quand
les deux talons se rapprochent, tandis qu'il est sur la pointe, le
cou-de-pied tendu, à l'endroit du cercle où il y a le plus d'écartement.
Le cercle se fait soit en dedans, soit en dehors.
Dans ces différents exercices, qui sont les plus usités, il est permis
de s'appuyer pour conserver l'équilibre.
Les _pliés_, qui donnent une grande souplesse, doivent se faire en se
mettant dans chacune des cinq positions successivement, et en se
baissant presque jusqu'à terre et se relevant sur la pointe des pieds.
Il y a encore quelques exercices qui rentrent dans la série des pas, et
que nous devons placer sous ce titre:
Pas. Les _assemblés_ se font en plaçant les pieds à la troisième
position, et les déplaçant alternativement, c'est-à-dire que le pied
droit, étant d'abord devant le pied gauche, s'y met à son tour par une
sorte de glissade de côté pendant laquelle l'élève ploie légèrement les
genoux afin que son pas soit flexible, puis se relève en sautant un peu,
mais sans secousse. On comprend que les pas se font en changeant de
place, puisque chaque pied les exécute alternativement. Dans les
_assemblés_, on avance progressivement de la _largeur_ du pied.
Les _jetés_ se font de la même manière; mais le pied doit se retrouver
un peu relevé sur la cheville de l'autre pied, la pointe en bas, comme
dans les petits battements.
Les _glissades_ se font comme les assemblés, mais en glissant de côté,
et en rapprochant de la jambe qui agit celle qui soutenait le corps.
Les _temps levés_ se font en mettant un pied de la troisième à la
quatrième position avec le même mouvement du corps que dans les
assemblés.
Les _chassés_, comme les _temps levés_, mais en redoublant, c'est-à-dire
en faisant deux pas de suite ou davantage, le pied qui est devant étant
chassé par celui qui est derrière quand il s'agit d'avancer, et le même
mouvement s'exécutant en arrière quand il s'agit de reculer.
Tous ces pas, que nous venons de décrire, se faisaient autrefois pendant
une contredanse. On les a remplacés par une sorte de marche cadencée,
entremêlée de quelques glissades, pour laquelle on ne s'inquiète pas de
mettre les pieds _en dehors_. Cependant, comme il y a encore quelques
avis à donner, c'est ici que nous répétons ce que nous avons dit plus
haut sur le maintien, dont une des premières conditions est le naturel,
non pas ce que l'on prend très-souvent pour le naturel, et qui n'est
qu'une certaine manière d'être _sans façon_ et aussi sans grâces, mais
une simplicité pleine de charme, qui est comprise par tous, et peut à
peine se définir. Nous avouons qu'on ne l'acquiert pas par des leçons;
mais les leçons peuvent corriger les défauts contraires. Nous ne
donnerons pas, comme on le faisait autrefois, des règles pour la manière
de marcher, d'entrer dans la chambre, de saluer, etc.; et cependant,
sans insister sur ces détails, nous devons dire qu'il est bon de
s'exercer à faire des révérences plus ou moins profondes, selon le degré
de respect que l'on doit à la personne que l'on salue, et en conservant
le _centre de gravité_, c'est-à-dire l'équilibre. Pour y parvenir
sûrement, il faut encore une certaine habitude.
M. JOURDAIN. A propos! apprenez-moi comme il faut faire une révérence
pour saluer une marquise; j'en aurai besoin bientôt.
LE MAÎTRE A DANSER. Une révérence pour saluer une marquise?