Les enfants doivent savoir qu'une _charade_ est un mot qui peut se
séparer, et dont chaque syllabe forme également un mot. On divise le mot
entier en commençant à définir la première syllabe, ensuite la seconde
et ainsi de suite, et on définit encore le tout. On les donne alors à
deviner. Nous ne présentons ici que l'exemple le plus connu, pour nous
faire comprendre.
Mon premier est un métal précieux,
Mon second un habitant des cieux,
Et mon tout est un fruit délicieux.
Le mot est _or-ange_.
Les charades en action, dont nous allons parler, sont très-amusantes à
jouer et à voir jouer. On choisit un mot, dont on formera une action,
comme les différentes scènes d'une comédie. Pour se costumer, on
emprunte tout ce que des amis complaisants veulent bien prêter de leur
garde-robe: écharpes, manteaux, fourrures, plumes, armes, etc. On
s'affuble du mieux qu'on peut, et on tâche de mettre le plus d'esprit
possible dans l'arrangement des petites scènes que l'on présente au
public. Il faut que le mot ait bien son emploi dans toute l'action, mais
que les spectateurs aient quelque peine à le deviner. Il faut aussi leur
demander de ne le révéler, s'ils l'ont découvert, que lorsque toute la
_pièce_ est jouée; car il arrive souvent que, pour faire preuve de
perspicacité, on détruit tout l'effet d'une scène bien arrangée. On
comprend que, quand le mot est trop tôt deviné, les acteurs se sentent
refroidis pour achever leur rôle; cependant nous leur conseillons encore
d'aller jusqu'au bout.
Nous allons donner l'esquisse d'une charade très-simple, dont le mot est
_cordon_.
Dans la première partie, il s'agit de mettre en action le mot _cor_, et
l'idée de la chasse se présente naturellement. Les acteurs figurent, les
uns des piqueurs, les autres des chasseurs, les autres des chiens.
Quelques-uns _chevauchent_ sur une chaise. Le malheureux cerf se
distingue par un bois élevé, formé de petits fagots branchus. Les
fanfares se font entendre, et c'est dans cette partie de l'action que se
retrouve le mot _cor_, qu'il faut démêler à travers tout le mouvement de
la chasse:
Du cor bruyant j'entends déjà les sons.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le cerf frémit, s'étonne et balance longtemps.
Doit-il, loin des chasseurs, prendre son vol rapide?
Doit-il leur opposer son audace intrépide?
Il hésite longtemps; la peur enfin remporte,
Il fuit, il court, il vole. . . . . . . . .
On suit avec intérêt les manoeuvres du pauvre cerf.
Du son lointain du cor, bientôt épouvanté,
Il part, rase la terre; ou, vieilli dans la feinte,
De ses pas, en sautant, il interrompt l'empreinte;
Ou tremblant et tapi loin des chemins frayés,
Veille et promène au loin ses regards effrayés,
S'éloigne, redescend, croise et confond sa route.
Quelquefois il s'arrête, il regarde, il écoute;
Et des chiens, des chasseurs, de l'écho des forêts,
Déjà l'affreux concert le frappe de plus près.
Les piqueurs ont peine à retenir leurs chiens pleins d'ardeur. Ils les
ont découplés à la poursuite du cerf haletant.