Chacune des jeunes filles prend le nom d'une fleur, et celle qui dirige
le jeu fait le rôle de papillon. Si quelques jeunes garçons étaient
admis parmi les jeunes filles, ils pourraient représenter les insectes;
sinon, il faut, pour éviter toute confusion, que les jeunes filles
chargées de ce rôle se mettent toutes d'un côté et les fleurs de
l'autre, en forme de demi-cercle. Le papillon se place en face d'elles.
Il y a dans ce jeu huit règles qui doivent être soigneusement observées:
1º Les insectes sont représentés par des garçons, s'il est possible, et
les fleurs par des jeunes filles.
2º On ne doit appeler que les insectes ou les fleurs qu'on a désignés.
Par exemple, s'il y a six jeunes filles, on conviendra que l'une est le
lis, une autre la balsamine, une autre la violette, la quatrième sera
l'oeillet, la cinquième sera la marguerite, et la sixième sera le
muguet. Si on appelle la rose, qui ne s'y trouve pas, on devra un gage.
De l'autre côté, les six autres prennent les noms de chenille, de
cerf-volant, d'abeille, de ver à soie, de fourmi et de guêpe. Si on
appelle la mouche, on donne un gage.
3º On ne devra pas appeler deux fois le même insecte ou la même fleur.
4º Quand on nommera le _jardinier_, toutes les jeunes filles
représentant les fleurs étendront les bras comme pour montrer avec quel
plaisir les fleurs déploient leur feuillage lorsque le jardinier vient
les arroser. Tous ceux qui portent le nom d'insectes, au contraire,
devront faire un petit saut en arrière comme pour fuir le jardinier.
5° Au mot _arrosoir_, les fleurs devront relever leur tête, et les
insectes baisser la leur en se mettant à genoux, par crainte d'être
mouillés.
6° Au mot _soleil_, les fleurs et les insectes se lèveront tous, aimant
également le soleil.
7° Chacune doit parler quand elle entend son nom.
8° Après avoir pris les positions indiquées dans les articles 4, 5 et 6,
chacun restera comme il est, jusqu'à ce qu'on appelle quelque fleur ou
quelque insecte. (Voy. plus bas à l'exemple de la guêpe.) Quand on
manque à une de ces règles, on donne un gage.
Il n'y a pas de règle établie pour ce qui doit être dit par les
personnes qui jouent. Cela dépend d'elles et de la vivacité de leur
esprit. L'intérêt du jeu consiste à bien dire ce qui est dans le
caractère du rôle que l'on a choisi, soit en improvisant, soit en
récitant quelque morceau de littérature que l'on se rappellerait à
propos. Nous allons donner quelques exemples pour nous faire comprendre.
Nos jeunes lectrices trouveront sans doute des choses meilleures à dire
que tout ce que nous pourrions leur indiquer. Après que tout a été
disposé selon l'ordre indiqué, le papillon commence.
LE PAPILLON. O belle fleur! comment pourrai-je te louer? On dit que je
suis inconstant, que je vais de fleur en fleur, mais je veux prouver ma
constance en me reposant longtemps sur les feuilles de ce beau lis.
LE LIS. Votre flatterie prouve votre inconstance. Les amis fidèles ne se
vantent pas de leur amitié. De quelle valeur sont vos compliments pour
une fleur qui ne veut entr'ouvrir son calice que pour les purs rayons du
_soleil_ (tous se lèvent)? Votre flatterie me déplaît presque autant que
les piqûres de la _guêpe_. (Ici la guêpe qui est restée debout avec les
autres, jusqu'à ce qu'un nom fût prononcé, se rassied et dit:)
LA GUÊPE. Quoi qu'en disent les fleurs, elles ne sont jamais si
contentes que quand on leur fait des compliments. Même quand la
sécheresse leur fait baisser la tête, elles sont fâchées de voir venir
le _jardinier_ (voy. art. 4), de peur que son _arrosoir_ (voy. art. 5)
ne dissipe et n'éloigne la foule des insectes qui voltigent autour
d'elles, surtout autour de la _balsamine_.
Nous avons donné des exemples qui suffiront à faire comprendre le jeu,
et nous laisserons maintenant l'abeille répondre seule.