Ce jeu n'est que le perfectionnement du précédent. Les grandes personnes
même peuvent s'en amuser en y mettant toutes les ressources de leur
esprit. On a également des cartes, mais assez grandes pour écrire
beaucoup de choses. On écrit en tête le nom de chacune des personnes de
la compagnie. On les met dans une corbeille que l'on couvre. Chacun tire
au hasard et écrit sur la carte qui lui échoit une phrase. On les remet
dans la corbeille; on les tire une seconde fois; sur celle que l'on a
prise, on met encore une phrase, et ainsi de suite jusqu'à ce que les
cartes soient remplies. Il faut bien cacher à ses voisins ce que l'on
écrit, dissimuler son écriture, et, chaque fois que l'on a fini sa
phrase, qui doit être courte, mettre quelques points pour la distinguer
de celle d'une autre personne. Nous allons supposer que nos jeunes
filles sont encore réunies, qu'elles ont rempli les cartes par le
procédé que l'on a indiqué plus haut, et qu'elles vont y lire des
compliments ou des vérités.
[Illustration: Le secrétaire.]
HENRIETTE. Ah! voilà la carte de Marie. Voyons ce qu'on y a écrit.
MARIE. Elle a beaucoup de raison pour son âge... Aussi ne fait-elle pas
grande attention aux jeux.... C'est pourquoi elle donne tant de gages...
JULIETTE. Est-ce que ce sont des vers? voilà deux rimes.
HENRIETTE. Il ne faut pas interrompre la lecture ni faire de réflexions.
Je continue: Elle devrait bien relever ses cheveux....
JULIETTE. Encore une rime!
HENRIETTE. Tu es terrible, Juliette, avec tes interruptions.... Elle ne
se fâche jamais.... Pourquoi se fâcherait-elle contre ses amies? Il y en
a tant d'autres qui le font...
MARIE. J'avais peur d'entendre de dures vérités, mais je vois qu'on m'a
bien ménagée. C'est à moi de lire une carte maintenant. Ah! c'est celle
de Juliette. On dit que les petites filles sont bavardes.... Ce n'est
pas Juliette qui fera dire le contraire.... Il faut bien que chacun ait
un petit défaut.... Celui-là n'est pas le plus grave de tous.... Non, si
elle n'était pas aussi un peu indiscrète.... Vous êtes trop sévères pour
la pauvre Juliette... Cela ne nous empêche pas de l'aimer de tout notre
coeur.
JULIETTE. Je ne suis pas fâchée contre celles qui ont écrit tout ce mal
de moi, parcequ'elles me le disent toute la journée; ainsi je dois y
être habituée. C'est à mon tour de tirer ma carte. C'est celle de
Louise.
Nous ne multiplions pas ces exemples, qui n'auraient que peu d'intérêt,
et nous pensons que le jeu est suffisamment compris, mais nous ne
pouvons trop recommander aux jeunes filles qui auront à écrire sur les
cartes de leurs compagnes, de se souvenir que ceci n'est qu'un jeu, et
que si elles veulent s'en servir pour donner quelques avis, il faut
qu'elles y mettent de grands ménagements. Il en est de même pour le jeu
de la sellette, pour celui des contre-vérités, etc. On peut plaisanter
des légers travers de ses amis, mais les défauts véritables sont choses
trop sérieuses pour qu'il en soit question au milieu d'innocents
amusements.