Nous ne quitterons pas le _tribunal_ sans expliquer le jeu de la
sellette, qui est un de ceux que l'on aime le mieux quand la compagnie
est un peu nombreuse. On sait que la _sellette_ est le siége sur lequel
se place un accusé. On prend un petit tabouret, qui en tient lieu; on le
place au milieu de la chambre, et la personne coupable s'assied. Une
autre fait le tour du cercle et demande tout bas à chaque juge quelle
est son accusation. Quand on a pris l'opinion de chaque personne, on la
dit tout haut à l'accusé, qui doit deviner qui a parlé contre lui. Nous
supposons qu'Henriette est sur la sellette. Elle peut faire, si elle
veut, un petit discours pour attendrir ses juges, pendant qu'on
recueille les opinions. Cela n'est pas hors du jeu, qu'il faut animer
autant que possible.
MARIE _interroge tout bas les juges, puis elle dit_: Henriette, tu es
sur la sellette, parce qu'on t'accuse de chanter faux. De qui vient ce
reproche?
HENRIETTE. C'est Louise qui me fait ce reproche. Parce qu'elle a la voix
très-juste, elle est très-difficile pour les autres.
MARIE. Non, c'est Hélène. Donne un gage. On t'accuse d'être paresseuse.
HENRIETTE. C'est toi, Marie, parce que j'ai mieux aimé me promener
aujourd'hui que de travailler avec toi au jardin.
MARIE. Non, c'est Juliette. La cour exige que tu donnes encore un gage.
On t'accuse de n'avoir pas l'air de te repentir.
HENRIETTE. Oh! c'est Mathilde qui a dit cela.
MARIE. Oui, c'est Mathilde. A ton tour, sur la sellette.... Mathilde, on
t'accuse d'être gourmande.
MATHILDE. Je reconnais Henriette, parce que j'ai voulu manger la moitié
de ses cerises.
MARIE. Non, ce n'est pas elle.
MATHILDE. Qui est-ce donc?
MARIE. On n'est pas obligé de nommer quand on n'a pas deviné juste. Il
suffit qu'on dise: «Non, ce n'est pas telle personne.» On t'accuse
d'être étourdie.
MATHILDE. Oh! si ma gouvernante était ici, je serais bien certaine que
c'est elle; mais je sais qu'elle l'a dit ce matin à Hélène, et c'est
Hélène qui répète l'accusation.
HÉLÈNE. Va donc me juger à ton tour.