Toutes les jeunes filles se placent en rond, ou sur deux lignes, en
nombre égal. Au milieu se tient celle qui fait les questions. Quand elle
s'adresse à une des compagnes, il faut que ce soit sa voisine qui
réponde pour elle, en parlant à la première personne, comme l'avocat qui
prend fait et cause pour son client. Cette complication amène des
erreurs fréquentes, qui obligent à donner des gages. Nous allons
développer le jeu à l'aide du dialogue. Henriette fait les questions;
elle s'adresse à Marie, qui a Mathilde à sa droite.
HENRIETTE. Marie, aimes-tu bien Mathilde?
MATHILDE. Oui, elle l'aime beaucoup.
HENRIETTE. Un gage, Mathilde; il fallait répondre: «Oui, _je_ l'aime
beaucoup.»
MATHILDE. Mais je ne pouvais pas répondre cela de moi-même.
HENRIETTE. C'est le jeu. Tu sais que les avocats parlent souvent comme
s'ils étaient la partie intéressée. Ne disent-ils pas: «Comment, j'ai
passé dans votre pré avec mon âne! Vous osez dire que mes poules ont
mangé votre grain; et je prends à témoins tous mes voisins que je les
renferme dans mon poulailler!» Allons, continuons, Émilie, chante avec
ta voisine: «Au clair de la lune,» à deux parties. (_Émilie et Hélène
chantent_.)
HENRIETTE. C'est Hélène qui devait chanter la première partie, et Émilie
la seconde, parce que je m'adressais à Émilie. Et toi, Louise,
saurais-tu chanter aussi?
LOUISE. Que faut-il que je chante?
HENRIETTE. Allons, encore un gage. C'était à Juliette à répondre.
JULIETTE. C'est vrai, je n'y ai pas pensé.
HENRIETTE. Juliette, n'est-ce pas qu'Hélène a un bon caractère?
HÉLÈNE. Non, il y a des moments où je ne suis pas aimable.
HENRIETTE. Hélène, ta petite soeur Julia ne serait-elle pas en état de
jouer avec nous?
MARIE. Oui, je trouve que nous pourrions amener ma petite soeur et
choisir pour elle des jeux simples.
Nous conseillons ce jeu, qui n'est pas très-difficile et qui peut amener
des réponses inattendues, si on veut se donner la peine de le bien
jouer.