[Musique:
Nous som-mes v'nus ce soir. Du fond de nos bo-ca-ges,
Vous fai-re com-pli-ment De vo-tre ma-ri-a-ge; A mon-sieur
votre é-poux Aus-si bien comme à vous. ]
Nous sommes v'nus ce soir,
Du fond de nos bocages,
Vous faire compliment,
De votre mariage,
A monsieur votre époux,
Aussi bien comme à vous.
Vous voilà donc liée
Madame la mariée (_bis_),
Avec un lien d'or
Qui ne déli' qu'à la mort.
Avez-vous bien compris
C' que vous a dit le prêtre?
A dit la vérité,
Ce qu'il vous fallait être;
Fidèle à votre époux
Et l'aimer comme vous.
Quand on dit son époux,
Souvent on dit son maître;
Ils ne sont pas toujours
Doux comme ont promis d'être:
Car doux ils ont promis
D'être toute leur vie.
Vous n'irez plus au bal,
Madame la mariée:
Vous n'irez plus au bal,
A nos jeux d'assemblées;
Vous gard'rez la maison.
Tandis que nous irons.
Quand vous aurez chez vous
Des boeufs, aussi des vaches,
Des brebis, des moutons,
Du lait et du fromage,
Il faut, soir et matin,
Veiller à tout ce train.
Quand vous aurez chez vous
Des enfants à conduire,
Il faut leur bien montrer
Et bien souvent leur dire
Car vous seriez tous deux
Coupables devant Dieu.
Si vous avez chez vous
Quelques gens à conduire,
Vous veillerez sur eux;
Qu'ils aillent à confesse,
Car un jour devant Dieu,
Vous répondrez pour eux.
Recevez ce gâteau
Que ma main vous présente.
Il est fait de façon
A vous faire comprendre
Qu'il faut pour se nourrir,
Travailler et souffrir.
Recevez ce bouquet
Que ma main vous présente.
Il est fait de façon
A vous faire comprendre
Que tous les vains honneurs
Passent comme les fleurs.
La chanson de la mariée est un exemple de ces rondes qui se rattachent à
une coutume locale avec toute la grâce naïve des anciennes traditions.
Celle-ci se chante aux noces bretonnes et n'a subi aucun changement
depuis le temps de Mme de Sévigné, qui l'écoutait avec plaisir. Les
jeunes filles viennent offrir un gâteau et des bouquets à la mariée, en
lui donnant les conseils sérieux qui s'appliquent à son nouvel état.
Nous croyons que cette ronde pourrait encore s'ajouter à celles que
dansent habituellement nos enfants.
[Illustration: deco.]