Nous empruntons à l'ouvrage qui nous a déjà servi[8] l'explication des
règles principales du jeu de dominos.
[Note 8: _Almanach des Jeux_.]
Ce jeu tire son nom des objets dont on se sert pour le jouer. Ces objets
sont des _dominos_, sorte de dés allongés et aplatis, en os ou en
ivoire, sur l'une des faces desquels sont gravés des points noirs
indiquant des nombres déterminés. Ces dominos sont au nombre de
_vingt-huit_.
[Illustration]
Le jeu de dominos se joue habituellement entre deux personnes, et c'est
là la partie ordinaire ou la plus commune; on peut, par suite de
conventions spéciales arrêtées à l'avance, le jouer à trois, quatre,
cinq et même six personnes; mais ce sont là des exceptions qui ne
changent rien au fond du jeu et qui peuvent toujours être ramenées à la
règle générale. Nous donnons donc ici seulement la marche et les règles
du jeu, tel qu'il se joue généralement aujourd'hui.
[Illustration]
La partie ordinaire se joue, soit à qui fera _domino_ le premier, soit à
qui fera le _point_, soit à qui fera le plus tôt _cent_ ou _cent
cinquante_ points, ou davantage, selon les conventions.
_Faire domino_, c'est arriver le premier à placer tous les dominos qu'on
a dans son jeu; _faire le point_, c'est, chaque coup terminé, avoir en
main le moindre nombre de points marqués sur les _dominos_.
Cette partie se joue avec six dominos au moins pour chaque joueur.
On peut jouer avec sept, huit, neuf, dix, douze ou même quatorze dés
chacun, si cela convient aux joueurs.
On tire d'abord à qui aura la pose. Cela se fait en mêlant le jeu, dont
on extrait deux dominos. Celui qui n'a pas mêlé en prend un qu'il
découvre: l'autre en fait autant. Le joueur qui a découvert le plus gros
domino a la pose.
Chacun prend le nombre de dominos qui, avant de commencer la partie, a
été convenu. Si les joueurs ne prennent pas tous les dominos, ceux
qu'ils laissent en réserve peuvent leur servir, d'après de certaines
conventions que nous indiquerons plus loin.
Celui qui doit jouer le second a le droit de prendre ses dominos le
premier.
Celui qui a la pose le premier pose un dé à son choix. Son but doit être
de gagner le plus de points possible, soit en fermant le jeu, soit en
faisant domino.
La règle, sauf quelques rares exceptions, veut qu'il commence par poser
le plus gros des doubles qu'il a dans son jeu.
Supposons qu'il ait le double-six; son adversaire pose le six-cinq, sur
lequel lui pose le cinq-quatre; son adversaire pose le double-quatre: si
le poseur a le six-quatre, il peut à son gré faire six partout ou quatre
partout, en posant son six-quatre à l'un ou à l'autre bout. Les dominos
se posent à la suite l'un de l'autre, les doubles en travers, en formant
des lignes dans tous les sens.
Si l'on n'a plus dans l'un et dans l'autre jeu les derniers points
placés aux deux extrémités de la ligne, alors le jeu se trouve fermé, et
l'avantage reste à celui qui a moins de points dans son jeu que son
adversaire.
Quelquefois, mais rarement, le jeu est fermé du premier coup.
Pour ne pas fermer le jeu, on peut convenir de prendre les dominos mis
de côté, dans ce qu'on appelle la _réserve_ ou le _talon_, lorsqu'on ne
possède pas le point qu'il faudrait placer. Au lieu de dire: _Je
boude_[9], comme dans la partie précédente, et de voir son adversaire
continuer le jeu, le joueur dit: _Je pêche_, et prend un à un les
dominos de la réserve, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un qu'il puisse
placer.
[Note 9: _Bouder_ veut dire n'avoir pas dans son jeu le point qu'il
faudrait poser; ce qui fait que l'adversaire continue jusqu'à ce que
l'on puisse placer un domino.]
On compte les points de chaque jeu, et celui qui a le moins de points
gagne la partie.
Si la partie est en cent, cent cinquante ou plus, le gagnant marque tous
les points qui restent à son adversaire, sans aucune réduction, et le
jeu continue.
On gagne encore le coup ainsi qu'on l'a vu, en faisant domino,
c'est-à-dire en posant tous les dés avant que l'adversaire ait placé les
siens.
On peut juger, d'après cela, combien est grand l'avantage d'avoir la
pose. En effet, si aucun des joueurs ne boude, le poseur place son
dernier domino, tandis qu'il en reste nécessairement un dans les mains
de son adversaire.
Et ce n'est point un homme à faire un quiproquo,
Celui qui, juste à point, sait faire domino.