LES DAMES

Nous ne pouvons mieux faire que d'extraire d'un bon ouvrage spécial[7]

les règles du jeu de dames, dont on trouvera ici presque toutes les

combinaisons.

[Note 7: _Almanach des Jeux_.]

Il y a deux sortes de jeux de dames: le jeu de dames à la française et

le jeu de dames à la polonaise. Le premier n'est plus en usage: il se

joue sur un damier qui a soixante-quatre cases, et l'on n'y emploie que

vingt-quatre pions, douze noirs et douze blancs; les dames ne font qu'un

pas à la fois, mais elles peuvent prendre en avant et en arrière. Ce que

nous allons dire du jeu de dames à la polonaise est, du reste,

applicable au jeu de dames à la française.

[Illustration]

Le jeu de dames à la polonaise se joue à deux sur un damier composé de

cent cases, cinquante noires et cinquante blanches. Chaque joueur a

vingt pions de couleur différente; l'un a vingt pions blancs et l'autre

vingt pions noirs.

Le damier se place entre les deux joueurs, de manière que chaque joueur

ait le commencement de la grande ligne à sa gauche. La grande ligne est

la ligne du milieu, qui coupe diagonalement le damier en deux parties.

Elle est composée de dix cases blanches.

Les pions noirs se placent d'un côté et les pions blancs de l'autre.

Toutes les lignes se trouvent remplies, moins les deux lignes du milieu,

formant dix cases, puisqu'il n'y a que quarante pions, et qu'il y a

cinquante cases.

On pousse toujours son pion en avant, jamais en arrière, dans la case

droite ou dans la case gauche, et on ne peut lui faire faire qu'un seul

pas.

En commençant le jeu, on tire au sort pour savoir qui jouera le premier;

mais pour les parties suivantes, on joue premier et dernier,

alternativement.

Le joueur prend le pion de son adversaire toutes les fois que, ce pion

étant contigu au sien, il se trouve après, et sur la même ligne, à

droite ou à gauche, une case vide, et que c'est à son tour de jouer.

Alors on saute par-dessus, on place son pion sur la case vide, et l'on

enlève le pion de son adversaire.

On peut prendre en avant et en arrière, et tant que l'on trouve de pions

contigus au sien et de cases vides après. Ce que nous venons de dire du

pion, lorsqu'il a à prendre, est applicable à la _dame damée_, qui a, en

outre, d'autres prérogatives dont nous parlerons.

On appelle _dame damée_, ou simplement _dame_, le pion qui est parvenu à

se fixer sur la première ligne horizontale du jeu de l'adversaire; je

dis _se fixer_, parce qu'il serait possible qu'un pion, ayant à prendre

plusieurs fois, se fût posé sur une des cases de cette ligne en prenant,

et eût été forcé d'aller se fixer sur une case d'une autre ligne, parce

qu'il aurait eu à prendre encore un ou plusieurs des autres pions. Pour

distinguer la dame du pion, on couvre le pion d'un autre pion de même

couleur.

Une dame a de grandes prérogatives, et contribue beaucoup au gain de la

partie. Elle ne marche pas, comme le pion, d'une case à une autre case,

et en avant seulement. Elle parcourt en avant et en arrière, à droite et

à gauche, une ou plusieurs cases à sa volonté, pourvu qu'elles soient

vides, et enlève tous les pions ou dames qui se trouvent sur les lignes

qu'elle parcourt, lorsque ces pions et ces dames se trouvent entre elle

et une ou plusieurs cases vides.

Un joueur qui prend plusieurs pions ou dames ne peut pas les enlever au

fur et à mesure qu'il saute par-dessus, mais seulement quand le coup est

terminé, et que, n'ayant plus à prendre, il a placé son pion ou sa dame

sur une case vide.

Le pion ou la dame qui prend peut passer plusieurs fois sur la même case

vide, mais pas deux fois sur le même pion ou sur la même dame.

_Dame touchée, dame jouée._ On entend par cet axiome qu'il faut jouer la

pièce qu'on a touchée. Tant qu'on tient le pion ou la dame, les eût-on

posés sur une case vide, si on ne les a pas lâchés, on peut les poser

ailleurs; mais dès qu'on les a lâchés, ils sont joués irrévocablement.

Celui dont c'est le tour de jouer, doit, lorsqu'il touche un ou

plusieurs pions pour les arranger, dire: _J'adoube_; autrement

l'adversaire pourrait lui faire jouer un des pions qu'il aurait touchés.

Toute faute est faute, de quelque nature qu'elle soit. Si donc un joueur

fait une fausse marche, c'est-à-dire place son pion ou sa dame sur une

case autre que celle sur laquelle ils devaient être placés, l'adversaire

fait redresser l'erreur, ou la laisse subsister s'il juge qu'elle lui

soit avantageuse. De même, si un joueur lève son propre pion ou sa dame,

il ne peut les replacer. Si on n'enlève point tous les pions ou dames

qu'on avait à prendre, quand même on aurait figuré qu'on aurait à les

prendre, on est tenu de les laisser sur le damier. Il n'y a pas de faute

à jouer un pion qui n'est pas jouable; il n'y a pas non plus de faute à

jouer un pion ou une dame de son adversaire.

_Souffler_, c'est enlever le pion ou la dame qui n'a pas pris tout ce

qu'il avait à prendre; après avoir soufflé, on doit jouer son coup comme

à l'ordinaire. C'est ce qui est établi par cet axiome: _Souffler n'est

pas jouer_.

Le joueur qui a le droit de souffler, est libre de le faire ou de ne pas

le faire. Il peut donc, à son gré, ou enlever le pion qui n'a pas pris

tout ce qu'il devait prendre et jouer, ou ne pas l'enlever et jouer, ou

enfin forcer le joueur à prendre avec son pion tout ce qu'il avait à

prendre. Mais si la pièce soufflable a été touchée par le joueur qui a

le droit de souffler, ce joueur est obligé de jouer, par la raison que

_dame touchée est dame jouée_, et qu'en touchant le pion soufflable, il

a touché un pion qui lui appartient par la loi du jeu.

Si le joueur qui avait à souffler a touché un de ses pions avant d'avoir

soufflé, il ne peut plus revenir sur le coup. Néanmoins, si le joueur

soufflable jouait plusieurs coups sans s'apercevoir qu'il a à prendre,

l'autre joueur peut toujours le souffler au coup suivant, quoiqu'il ait

oublié de le faire la première fois.

Celui qui a à prendre de plusieurs côtés doit prendre du côté le plus

fort, sinon il est soufflable. On appelle le côté le plus fort le côté

où il y a le plus à prendre. Une dame ne compte, en cas de prise, que

pour un pion.

Lorsque deux joueurs égaux en force restent, l'un avec une dame damée,

et l'autre avec une dame damée et deux pions, deux dames et un pion, et

même trois dames, la partie ne se joue plus, et l'on en recommence une

autre, à moins que le joueur qui a la supériorité n'ait gagné forcément

sur le coup.

_Qui quitte la partie la perd._ On perd la partie quand on la quitte,

quand on refuse de prendre, quand on n'a ni pions ni dames, ou quand on

ne peut plus jouer celles qui restent.

L'usage du jeu de dames enseignera maintenant les marches et

contre-marches. Nous n'avons pu donner que les règles qui doivent y être

observées.

Il existe encore deux jeux plus enfantins qui ont quelques ressemblances

avec le jeu de dames. On les trouvera dans leur ordre à l'article

_Marelle_, et à celui intitulé: _Le renard et les poules_.

Jeux et exercices des jeunes filles · 第 50 / 208 题