Voici comme un livre _savant_ explique le jeu de la savate: «La
compagnie s'assied à terre en rond, excepté une personne qui reste
debout au milieu, et dont la tâche est d'attraper un soulier, que la
compagnie se passe de main en main, par-dessous les genoux, à peu près
comme une navette de tisserand. Comme il est impossible à celui qui est
debout de voir en face tout le cercle, le beau du jeu est de frapper la
terre avec le talon du soulier du côté qui est hors de défense.»
[Illustration]
Pour nous justifier d'avoir présenté ici un jeu qui peut choquer les
personnes délicates, nous rappellerons le souvenir d'une scène que nos
jeunes lectrices liront peut-être un jour dans le charmant roman de
Goldsmith, _le Vicaire de Wakefield_; ce passage met complètement le jeu
en action. Plusieurs jeunes filles sont réunies le soir d'un jour de
fête chez un fermier du voisinage. Après avoir joué à plusieurs jeux,
elles proposent celui de la _savate_. En conséquence, elles forment un
rond en s'asseyant par terre, et en rassemblant la jupe de leurs robes
un peu serrée contre elles. Puis on prend une pantoufle que l'on fait
circuler sous l'arc que forment les genoux. Une certaine jeune miss,
Olivia Primrose, est debout au milieu du cercle, essoufflée, rouge,
agitée et criant, dit l'auteur, comme un chanteur de ballades. Au moment
où le jeu est le plus animé, entrent, ô confusion! deux belles dames de
Londres, dont on redoute beaucoup l'opinion, et les joueuses s'arrêtent
interdites et consternées d'avoir été surprises dans ce vulgaire
exercice.