Silene apetala Willd.
Erodium pulverulentum Willd.
E. hirtum Willd.
Trigonella stellata Forsk.
Lotus edulis L.
Astragalus tenuifolius Desf.
Psoralea bituminosa L.
Catananche arenaria Coss. et DR.
Andryala tenuifolia DC.
A. integrifolia L.
Cladanthus Arabicus Cass.
Orobanche cernua Lœfl.
Salvia Ægyptiaca L.
Statice Thouini Viv.
Au pied des berges poussent de beaux pieds du _Ricinus communis_
au moins subspontané.
Départ à midi. Toujours la plaine monotone de l’Aradh ;
remarqué l’abondance des _Deverra_. Arrivée à deux heures à
l’établissement de la compagnie mixte où nous sommes accueillis
cordialement par le capitaine Rébillet et ses officiers. Nous faisons
immédiatement une visite au village de Kçar-el-Metameur[13], situé
à un kilomètre et demi plus au sud. Sauf quelques boutiques et un
certain nombre de tentes appartenant aux tribus nomades, le village
ne contient que des magasins superposés quelquefois sur trois et
quatre étages, dans lesquels plusieurs tribus arabes ou berbères
déposent leurs céréales et leurs provisions, sous la protection
respectée des habitants. Ces greniers consistent tous dans une
chambre unique, voûtée, qui n’a d’autre ouverture que la porte
à laquelle on accède, pour les étages supérieurs, au moyen de
degrés irréguliers fichés dans le mur, degrés dont l’ascension,
ou plutôt l’escalade, exige une véritable gymnastique.
Les habitants, grossiers, sobres et avares, ont les mœurs
républicaines des Kabyles. Je vois le Cheikh-el-Arf, vieillard
à l’aspect vénérable et à barbe blanche, devant lequel ils
portent leurs différends et qui les termine par voie d’arbitrage,
sans avocats et sans frais. Le Mïad (Djemâa) a tous les pouvoirs
et fait exécuter ses décisions par un chef élu, le Cheikh-Chartia.
Au pied du kçar, le long de l’oued, s’étendent les jardins
qui, indépendamment des eaux fournies par les grandes crues,
naturellement insuffisantes, sont irrigués au moyen de puits. Le
système d’arrosage est le même qu’au Mzab. Les dattes sont
de qualité très inférieure, mais les figues sont excellentes
et les légumes assez abondants, surtout les Oignons, les Tomates,
les Piments et diverses espèces de Cucurbitacées.
La matinée du 30 est consacrée au repos et à la préparation
des récoltes.
Dans l’après-midi, visite à Kçar-el-Moudenin. Nous traversons cinq
kilomètres d’un pays plat, dont la végétation pauvre, uniforme et
grise est la caractéristique de l’Aradh : le _Scabiosa arenaria_,
le _Rhanterium suaveolens_, les deux Armoises (_Artemisia campestris_
et _Herba-alba_), les _Thymelæa hirsuta_ et _microphylla_, le
_Gymnocarpos decandrum_, le _Linaria fruticosa_, le _Lygeum Spartum_
et l’_Andropogon hirtus_ en forment le fond invariable, auquel
viennent s’ajouter le _Carduncellus eriocephalus_ et des pieds
assez nombreux d’_Atractylis flava_.
L’absence de sable, qui entraîne l’absence de la plupart
des espèces que l’on est habitué à considérer comme plus
exclusivement sahariennes, donne à cette plaine basse, malgré sa
situation très avancée dans le sud, l’aspect et la couleur de
nos Hauts-Plateaux algériens.
Aux approches du kçar, le terrain devient rocailleux, les
silhouettes des Palmiers se découpent sur le ciel d’un bleu
cru. Nous traversons un oued sur un lit hérissé de galets, et nous
entrons dans le village, beaucoup plus considérable que celui de
Kçar-el-Metameur. La réputation de ses marabouts lui attire la
clientèle de nombreuses tribus dont chacune possède son quartier
de magasins à plusieurs étages. Sur une place centrale, grande,
mais irrégulière, s’ouvrent de nombreuses boutiques, tenues
en grande partie par des juifs qui vendent à peu près de tout,
surtout les articles de contrebande et de la poudre. Il y a en outre
des ateliers de forgerons et de cordonniers, mais l’établissement
le plus remarquable est un café. La mosquée à minaret carré est
coiffée d’une grosse coupole couverte de briques vernissées vertes,
qui se redressent comme les écailles des dragons fabuleux.
Les Dattiers appartiennent aux variétés cultivées chez les
Matmata et à Kçar-el-Metameur, et donnent des produits abondants
mais détestables.
Les habitants sont presque tous drapés dans une longue couverture
brune, coiffés d’une calotte rouge et chaussés de pantoufles
(_belgha_) jaunes ou de bottines brodées du Fezzan.
Comme souvenir de notre visite, nous achetons une poire à poudre
indigène en bois (_balaska_) en forme de disque surmonté d’un
goulot, curieusement sculptée au couteau, et nous revenons d’un
trot rapide hâté par le scintillement des premières étoiles.
§ 2. — LES HAOUAÏA ET LES GHOMRASEN.
Le 1er mai commence notre exploration du massif montagneux qui,
depuis le pays des Matmata, borde à l’ouest la plaine de l’Aradh
jusqu’au delà de Douiret et se recourbe ensuite presque à angle
droit pour pénétrer en Tripolitaine.
Le capitaine Rébillet nous accompagne avec un officier, vingt-cinq
cavaliers et dix mulets. Nous formons une petite colonne en avant
de laquelle un cavalier arabe joue de la flûte et bondissent deux
lévriers.
La plaine plate offre toujours la même végétation ; nous remarquons
seulement d’assez nombreuses touffes de _Stipa gigantea_. Nous
rencontrons quelques outardes (_houbeïra_) qui, avant de s’enlever,
courent en battant des ailes, et, non loin d’un douar arabe, un
cercle de vautours plane au-dessus de la carcasse d’un chameau.
Enfin la montagne grandit et, près de sa base, nous rencontrons un
oued sur les bords duquel poussent, à la limite de quelques champs
d’orge et de froment, de beaux buissons de _Zizyphus Lotus_, de _Rhus
oxyacanthoides_, de _Calycotome_ et de _Periploca angustifolia_. Je
mets pied à terre un instant pour cueillir le _Ruta bracteosa_
dont les graines sont sans doute descendues des hauteurs, et le
_Farsetia Ægyptiaca_ que je n’ai pas encore rencontré depuis
Gabès. L’oued franchi, nous tournons à gauche et gravissons un
ravin sans caractère, au sol d’un blanc grisâtre que percent de
minces pointes de roches calcaires. Nous y déjeunons près d’un
puits naturel, d’ailleurs peu abondant, sans que je puisse découvrir
aux environs une seule plante intéressante.
En revanche, la grande fissure dans laquelle nous nous engageons
ensuite, et qui monte rapidement en zigzag à travers des couches
de rochers formant des gradins de plus en plus puissants, où
glissent et s’abattent les mulets, ne tarde pas à me fournir
quelques espèces à noter : _Helianthemum virgatum_ var. _asperum_,
_Dianthus serrulatus_, _Anthyllis Henoniana_, _Ferula Vesceritensis_,
_Periploca angustifolia_, _Lithospermum Apulum_, _Scrofularia arguta_,
_Teucrium Alopecuros_, _Statice Thouini_, _Stipa tenacissima_.
En débouchant du Foum-Hallouf sur le plateau des Haouaïa, après
cette montée laborieuse, se présente une végétation luxuriante qui
contraste avec la misère de la plaine que nous venons de quitter. Je
remarque en passant le bel _Onopordon Espinæ_, l’_Uropetalum
serotinum_, le _Bellevalia comosa_, les _Erodium Ciconium_, _hirtum_,
_glaucophyllum_ et _laciniatum_, les _Astragalus caprinus_ et
_cruciatus_, l’_Allium roseum_ et l’_Hedysarum spinosissimum_
en fleurs.
Nous longeons de belles moissons au milieu desquelles s’élèvent
des Oliviers touffus et de grands Figuiers. Au bout d’une
demi-heure de marche sur ce plateau uni et verdoyant, nous voyons
le terrain se raviner et la marne argileuse apparaître ; de même
que chez les Matmata, les dépressions sont garnies de barrages
formant de nombreuses cuvettes plantées d’arbres et semées de
céréales. Sur leurs flancs seulement la terre se montre nue et
quelquefois traversée d’une étroite bande de rocher. Les cols,
peu prononcés, sont creusés de citernes, comme chez les Matmata,
et dans la marne sont taillés des couloirs à l’air libre et des
magasins souterrains aux portes ogivales ou cintrées. Au-dessus de
chaque groupe de casemates s’élève sur quatre poteaux un toit de
branchages ou de Halfa, formant un hangar ouvert aux quatre vents[14]
et qui sert pendant l’été d’habitation aux Oueghamma. Ceux-ci,
en ce moment, occupent la plaine avec leurs troupeaux ; ils remonteront
après la tonte de leurs moutons pour redescendre encore après la
cueillette et la dessiccation des figues.
Le capitaine nous conduit à travers des ravins marneux jusqu’au
village fermé des Beni Khededj, bâti comme les kçour de Moudenin
et de Metameur. J’y compte jusqu’à six rangées de magasins
superposés.
Après avoir conféré avec les chefs du kçar, le capitaine
Rébillet nous ramène vers l’est sur le plateau où nous
installons notre campement près d’une citerne, au sud du Djebel
Mezemzem, appelé aussi Djebel Demeur, le point le plus élevé
de toute la chaîne. J’ai encore le temps, avant le déjeuner,
de faire une petite herborisation autour de nos tentes. J’y
constate : _Anthyllis Vulneraria_, _Nonnea phaneranthera_, _Silene
cerastioides_, une variété du _S. bipartita_, _Centaurea contracta_,
_Vicia calcarata_, _Medicago tribuloides_, _Senecio coronopifolius_,
_Atractylis cancellata_, _Trigonella Monspeliaca_, _Kœlpinia linearis_
et un _Gagea_ malheureusement en fruits plus que mûrs.
Dans l’après-midi je retourne vers l’est, avec le capitaine,
à travers des champs en friche couverts d’_Artemisia campestris_,
et je visite avec soin les dernières consoles horizontales qui
forment le bord du plateau. J’y retrouve le _Dianthus serrulatus_
et le _Scrofularia arguta_ déjà notés, et j’en rapporte encore
quelques beaux pieds du _Teucrium Alopecuros_, qui y croît en
compagnie des _Celsia laciniata_, _Statice echioides_, _Helichrysum
Stœchas_, _Helianthemum hirtum_ var. _deserti_, _H. sessiliflorum_,
_Teucrium Polium_ à fleurs jaunâtres.
Nous revenons par un sentier bordé d’une véritable plate-bande
de _Chrysanthemum coronarium_.
Le 2 mai, l’herborisation devait être plus intéressante :
il s’agissait d’arriver jusqu’au sommet du Djebel Mezemzem,
dont les pentes pierreuses sont terminées par une masse abrupte de
calcaire et dont le sommet porte à 750 mètres le point culminant de
tout le pays. Sur le versant méridional, nous retrouvons en grande
partie les plantes déjà récoltées la veille ; mais nous y voyons
pour la première fois le _Genista microcephala_ en buissons courts et
ras, et nous y recueillons le _Reseda propinqua_. Vers le haut de la
montagne, nous rencontrons un véritable petit taillis de _Caroxylon
articulatum_ et de _Salsola longifolia_. Dans les anfractuosités du
rocher les _Urtica urens_ et _pilulifera_ couvrent les décombres
d’anciennes habitations écroulées ; des fentes de la pierre
émergent l’_Umbilicus horizontalis_, le _Fumaria Numidica_, le
_Galium petræum_ et le _Capparis spinosa_ var. _Fontanesii_. A la base
du rocher terminal, nous recueillons encore l’_Echium calycinum_,
l’_Echium maritimum_, l’_Anchusa Italica_, l’_Hyoscyamus albus_,
le _Celsia laciniata_ et le _Scrofularia arguta_ qui semblent vulgaires
dans la région. Mais une plante surtout attire notre attention par sa
haute tige et ses belles feuilles radicales : c’est évidemment une
Composée ou une Dipsacée, malheureusement des chèvres ont monté
jusque-là et n’en ont pas respecté un seul capitule. En levant
les yeux vers la cime, j’aperçois sur les dernières assises
quelques pieds intacts, mais pourrai-je atteindre ce point où la
chèvre n’a pu grimper ? A force de tourner autour du massif, je
découvre un endroit où le roc est coupé moins perpendiculairement et
présente quelques aspérités ; en m’aidant plus des mains que des
pieds, je finis par m’élever jusqu’à la corniche terminale et,
parmi les débris d’une vieille kasba berbère en ruines, j’ai
la satisfaction de récolter quelques échantillons passables de ma
plante. Les capitules ne sont pas complètement épanouis, néanmoins
je puis reconnaître que j’ai sous les yeux un _Centaurea_ du
groupe du _C. Tagana_, probablement le _C. Africana_. Heureux de
ma découverte, je laisse glisser jusqu’au bas du rocher et je
reviens au campement avec mon collègue M. Lataste, fier lui aussi
de la capture d’un énorme _Vipera Mauritanica_ dont l’exhibition
met en fuite les deux tiers de notre monde.
Pendant le déjeuner, le capitaine Rébillet nous signale dans un
ravin formé par les escarpements du plateau une source véritable,
merveille inouïe dans toute la région, et, dans l’après-midi,
mettant à profit son inépuisable complaisance, nous descendons
vers le sud en contournant le bord du plateau. Bientôt, il nous
faut abandonner nos montures pour arriver au-dessus d’Aïn Guettar
« la fontaine des gouttes », qui n’est pas une fontaine, mais
une fracture à bords droits dans les couches rocheuses, d’abord
étroite, puis s’élargissant assez rapidement dans le sens de la
pente, où, au fond, quelques suintements se discernent à peine. Dans
les crevasses croît un beau _Pancratium_, malheureusement sans fleurs ;
mon préparateur en recueille, non sans péril, une douzaine de
bulbes[15], pendant que M. Lataste poursuit en vain quelques Goundis,
ces petites marmottes de l’Atlas, chères aux gourmets des montagnes
sahariennes.
Nous continuons ensuite à suivre le bord du plateau qui s’abaisse
un peu, en formant une sorte d’escalier glissant, le long duquel
je retrouve des pieds trop jeunes du _Centaurea Africana_, et je
récolte avec le _Scilla Peruviana_, que je n’ai pas revu depuis
le Tell, le _Notochlæna Vellæ_. Un sentier dangereux nous amène
jusqu’au milieu de la pente où coule, sur le flanc d’un grand
ravin, une fontaine aux eaux vives et fraîches, mais peu abondantes,
Aïn Temran, qui sort du rocher au milieu de Fougères élégantes
(_Adianthum Capillus-Veneris_ et _Cheilanthes odora_). L’eau
descend de degré en degré pour se perdre dans un fond encombré de
broussailles et de lianes au-dessus desquelles émergent les panaches
de quelques Dattiers. C’est un coin ravissant. Malheureusement un
propriétaire de chèvres trop exploitées par les chacals à qui ce
fouillis servait de refuge y a mis le feu ; la flamme, excitée par le
vent, a monté jusqu’à la cime des Dattiers et les a roussis. Après
avoir recueilli, autour des petits bassins en cascade, les _Lythrum
thymifolia_, _Apium graveolens_, _Umbilicus pendulinus_, _Geranium
molle_, _Galium setaceum_, _Campanula dichotoma_ et _Juncus bufonius_
var. _fasciculatus_, je viens rejoindre mes compagnons et contempler
avec eux la vaste plaine de l’Aradh, longue, grise et nue, sur
laquelle s’étend à nos pieds la grande ombre de la montagne.
Le soleil était déjà couché lorsque nous rejoignons nos montures,
et nous rentrons au campement « à l’obscure clarté qui tombe
des étoiles ».
Dès l’aube du 3 mai, nous sommes à cheval, coupant à travers les
marnes ravinées le plateau que couronne un demi-cercle de hauteurs
dont le Djebel Mezemzem est la plus haute cime, pour gagner le lit
d’un oued qui nous sert longtemps de route. Un puits très profond,
entouré d’auges en pierre, serait, d’après la tradition, la
demeure d’une famille de Djenoun[16] et il en sortirait parfois des
bruits terrifiants. Un col pierreux, mais d’un relief médiocre, nous
amène ensuite sur un vaste plateau bordé d’un rang de collines
qui s’étendent vers l’ouest en courbe allongée. Le fond est
occupé par une légère dépression remplie d’un sable terreux
où passe le lit de l’Oued El-Kheil « rivière des chevaux ». De
petites buttes couvertes d’_Arthratherum pungens_, cette Graminée
essentiellement arénicole, nous présentent à leur pied quelques
autres espèces des sables sahariens : _Ifloga spicata_, _Nolletia
chrysocomoides_, _Senecio coronopifolius_ et _Festuca Memphitica_.
Le plateau ne tarde pas à reprendre sa nature rocheuse et nous voyons
réapparaître l’_Astragalus Kralikianus_ avec l’_Helianthemum
Tunetanum_ et le beau _Teucrium Alopecuros_. Le _Stipa tenacissima_
(Halfa) succède à l’_Arthratherum pungens_ (Drin). Après
une halte d’un instant au bord du plateau, nous descendons par
un ravin assez ardu pour que tout le monde mette pied à terre
jusqu’à l’étage inférieur où le _Cardopatium amethystinum_
commence à fleurir. Dans la direction du sud, le plateau lui-même
s’échancre et nous entrons dans une coupure aux bords garnis de
rochers et profondément découpés par des ravines latérales. La
pente est fort douce et, grâce à quelques murs de soutènement, on
y a retenu assez de terre pour y planter de beaux Dattiers au tronc
élancé, des Figuiers et surtout d’énormes Oliviers maintenant
en pleine floraison. Nous saluons l’Oued Ghomrasen.
A mesure que nous avançons, le thalweg s’élargit et le nombre des
jardins augmente. Bientôt apparaît, à la pointe d’un plateau
triangulaire aux flancs déchiquetés, la coupole blanche de la
mosquée de Sidi-Arfa, l’ancêtre religieux de la tribu. Sur les
deux flancs du saillant aigu dominé par le saint édifice, de même
que sur les côtés opposés des deux ravins qui le bordent, sont
bâties de nombreuses habitations en pierres renfermant une cour dont
le pied de l’escarpement forme le quatrième côté. On voit sur la
pente abrupte des ouvertures noires, portes ou fenêtres de maisons
souterraines aujourd’hui abandonnées à la suite d’éboulements
dus au peu de cohésion de la roche.
Au-dessous du plateau et des maisons adossées à ses flancs, est bâti
un second rang d’habitations et sur le plan inférieur s’élève
un beau marabout éblouissant de blancheur, près duquel nous allons
camper dans un jardin à l’ombre des Oliviers.
La population de cette capitale (Beled-Kebira) des Ghomrasen est
ordinairement considérable, mais, à cette époque de l’année, tous
les gens valides sont descendus dans la plaine avec les troupeaux ; le
village est presque désert et nous ne voyons près de nos tentes que
de vieilles femmes laides, des juifs et quelques indigènes chargés
de l’irrigation des jardins, qu’ils pratiquent comme au Mzab.
Cette vallée, curieuse par les mœurs de la population berbère qui
l’habite, est, au point de vue botanique, d’une pauvreté qu’il
faut attribuer sans doute d’une part aux cultures qui en occupent
tout le fond, et de l’autre à la nature de la roche qui en forme
les bords et qui se désagrège avec la plus grande facilité. Sur
ses flancs effrités nous n’apercevons que quelques buissons de
Câprier (_Capparis spinosa_ var. _Fontanesii_) et de longues touffes
de _Galium petræum_ qui pendent comme des chevelures. Au pied pousse
le _Forskalea tenacissima_ que je vois pour la première fois dans le
Sud tunisien. Dans la zone des vergers et des champs, je ne citerai
que : _Notoceras Canariense_, _Erodium guttatum_, _E. malachoides_,
_Heliotropium undulatum_ et _Teucrium Alopecuros_.
Le lendemain, au moment du départ, tout notre monde est en émoi ;
le mulet de mon préparateur M. Lecouffe s’est enfui et reprend sa
piste de la veille. Je pars en avant sans l’attendre et descends
pendant six kilomètres environ l’Oued Ghomrasen qui s’élargit
en abaissant les escarpements de ses bords. Nous prenons ensuite à
gauche et, après avoir franchi un col peu élevé, nous abordons
diagonalement une série de mamelons légèrement ondulés qui
s’effacent peu à peu et nous conduisent presque insensiblement
à la plaine. Une tour carrée à tons rougeâtres nous sert
d’objectif. Après avoir traversé un terrain affreusement plat
et stérile, nous campons vers neuf heures du matin à cent mètres
du puits qui a pris de la tour voisine le nom de _puits rouge_ (Bir
El-Ahmar). Le bordj a été bâti par les Ghomrasen pour la garde
de l’eau et pour la défense du pays contre les nombreux ghazzous
tentés dans l’Aradh par les gens de la Tripolitaine ou par les
brigands de la frontière[17]. Le rez-de-chaussée est divisé en
compartiments voûtés et surmontés d’une terrasse à laquelle on
arrive par un escalier aux marches inégales.
La chaleur est déjà intense : aussi la végétation de la plaine
est brûlée en partie et forme ce que l’un de nos collègues
a appelé pittoresquement le _paillasson_. Les alentours du puits
donnent un spécimen à peu près complet de la florule de l’Aradh
sur laquelle nous ne reviendrons pas. Nous citerons seulement, en
dehors de la plèbe vulgaire, les _Malva Ægyptia_, _Plantago ovata_,
_Dianthus serrulatus_, sans doute descendu de la montagne.
Le 5 mai, nous laissons les cavaliers à Bir El-Ahmar et revenons à
Kçar-el-Metameur avec les bagages.
Le 6 mai, la matinée est consacrée à l’exploration du
Djebel Tadjera, petit massif situé au nord du Kçar et dont la
croupe principale (280 mètres) porte un télégraphe optique. Une
herborisation assez complète des flancs et du plateau de ce djebel
minuscule nous fait trouver, parmi un gros lot d’espèces déjà
plusieurs fois signalées : _Amberboa crupinoides_, _Notochlæna
Vellæ_, _Kentrophyllum lanatum_, _Trigonella stellata_, _Erodium
arborescens_, _Plantago amplexicaulis_, _Asphodelus viscidulus_ et
le rare _Digitaria commutata_. Presque toutes les touffes de _Lygeum
Spartum_ sont habitées par l’_Apteranthes Gussoniana_, qui n’est
pas très rare non plus dans la plaine, au dire des indigènes qui
le mangent.
Le lendemain, 7, le capitaine Rébillet, qui est revenu dans la nuit
d’une course à l’Oued Neçi, à la recherche d’un déserteur,
me remet un petit paquet de plantes recueillies à mon intention et
qui prouve que la végétation de l’Aradh est uniforme jusque vers
la frontière de la Tripolitaine.
Dans l’après-midi, nous allons, dans la direction du nord, visiter
à Kçar Koutin des ruines romaines remaniées par les Byzantins
et les Berbères. La plus intéressante est un tombeau à deux
étages. Nous ne trouvons sur la route que la végétation banale de
l’Aradh. Les seules plantes à noter sont le _Thymus capitatus_,
tout à fait imprévu dans le Sud, et le _Trigonella anguina_, qui
croît sur les berges de l’Oued Mezessar.
Cette course est la dernière que nous ferons pendant notre séjour
à Kçar-el-Metameur.
Le 8 mai, nous prenons la route de Sidi-Salem-bou-Guerara avec une
escorte et nous marchons dans la direction du nord-est en traversant
des terrains légèrement ondulés avec quelques buissons dans les
fonds. Le _Rhanterium_, l’_Anarrhinum brevifolium_, le _Linaria
fruticosa_, le _Thymelæa microphylla_ et l’_Atractylis flava_
sont les espèces dominantes et constituent souvent toute la
végétation. Nous rencontrons à 16 kilomètres environ une cassure
du plateau occupée par le grand ghedir de Ras-el-Aïn, assez prolongé
pour simuler le lit d’une véritable rivière, encadré au milieu des
Roseaux, des Joncs (_Juncus maritimus_) et des Cypéracées (_Scirpus
Holoschœnus_, _Cyperus junciformis_), et bordé de buissons de _Lycium
Mediterraneum_ et de _Nitraria tridentata_. Ses eaux claires ne donnent
cependant asile à aucun Mollusque, n’attirent aucun oiseau et nos
chasseurs déçus s’éloignent sans y avoir brûlé une amorce[18].
Vient ensuite une plaine interminable et ennuyeuse à laquelle succède
une sebkha desséchée, encombrée de Salsolacées rougeâtres,
de _Limoniastrum_ et de _Statice pruinosa_. Au delà, le terrain
se relève un peu en se ravinant et se termine près de la mer par
des falaises d’un gris jaunâtre toutes pailletées de cristaux de
gypse. Entre leur pied et le golfe inexploré[19] de Djerba, sur la
grève, quelques sources sont cachées au fond d’excavations peu
profondes. C’est là que nous plantons notre tente.
L’après-midi est employé à l’exploration des environs ;
au-dessus des falaises, une immense étendue de terrain est couverte
de vastes ruines récemment explorées par MM. Babelon et Reinach,
dont les recherches ont confirmé les travaux de M. Guérin et établi
d’une manière irréfragable l’identité de Sidi-Salem-bou-Guerara
avec l’ancienne Gighthis. Tout le plateau est occupé par les trois
espèces de _Deverra_ déjà signalées ; la variété virgata du
_D. tortuosa_ y est surtout abondante. Le long des falaises mêmes,
nous récoltons l’_Astragalus tenuifolius_, une variété à
feuilles charnues du _Moricandia arvensis_, les _Erucaria Ægiceras_,
_Ammosperma teretifolium_, _A. cinereum_, _Astragalus Kralikianus_,
_A. peregrinus_, _Zollikoferia quercifolia_ et _Lithospermum callosum_.
Le long de la grève qui, vers le sud, s’élargit et aboutit
à une vaste sebkha, croissent en nombre de grandes Salsolacées
auxquelles se mêlent le _Statice delicatula_ et un autre _Statice_,
probablement nouveau, voisin du _S. gummifera_. La souche de cette
dernière plante se divise en rameaux nombreux disposés en corbeille
et terminés par des rosettes élégantes de feuilles imbriquées
comme celles des _Sempervivum_. Çà et là des buissons de _Nitraria
tridentata_ couverts de fleurs et, près des sources, de grosses
touffes de _Phragmites Isiaca_ et d’_Inula crithmoides_ ; sur le
sable s’étalent comme un tapis diamanté les _Mesembryanthemum
crystallinum_ et _nodiflorum_.
Vers le soir le ciel se couvre et la pluie qui commence nous force
à la retraite.
La journée du 9 s’annonce mal : le temps est froid et triste,
le ciel blafard. Nous suivons d’abord sur la grève le pied des
falaises qui s’abaissent et finissent par disparaître pendant que
la côte se recourbe vers l’est. Nous marchons alors droit au nord
à travers une plaine uniforme aux rares buissons. La pluie reprend
avec violence et nous force à nous embosser dans nos burnous et
sous nos couvertures. Elle cesse cependant lorsque nous approchons du
Ras-el-Djerf et nous gagnons le rivage au point où l’on s’embarque
vis-à-vis du port d’Adjim. Nous retrouvons ici la falaise gypseuse
déchirée par de profonds ravinements ; quelques tentes arabes se
dressent sur le plateau au milieu de maigres moissons. La mer est
atroce et de l’île on n’entend pas nos feux de peloton. Nous nous
décidons à abattre notre tente que nous avions établie sur le rivage
et nous l’installons au sommet de la falaise en la surmontant d’un
signal. Heureuse inspiration, car d’un côté la marée des Syrtes,
que nous n’avions pas prévue, vient envahir la place même où nous
étions d’abord campés et de l’autre les gens d’Adjim finissent
par apercevoir le signal et mettent une barque à la mer. En les
attendant nous déjeunons et je vais explorer les environs, sans grand
succès d’ailleurs, car je n’y trouve guère à noter, en dehors
des plantes vulgaires de la région, que l’_Euphorbia calyptrata_ et
une variété à capitules virescents de l’_Helichrysum decumbens_.
L’arrivée de la mahonne interrompt mes recherches. Nous prenons
congé de notre escorte et nous embarquons précipitamment. Le boghaz
(détroit) n’est pas large, mais nous avons contre nous le flot et
le vent et il nous faut plus d’une heure pour gagner le rivage où le
fils du maître du port, Si-Garfalla, nous reçoit et nous conduit chez
lui. Après un dîner improvisé nous allons à la ville (Houmt-Adjim)
faire quelques provisions. Les maisons sont propres et blanches, les
vergers nombreux et bien tenus, les fruits abondants. Nous remarquons
une mosquée ibadite[20].
La nuit nous ramène à la Direction du port où le cheikh vient
nous faire ses compliments et nous offre des oranges avec un luxe de
politesse qui malheureusement n’est pas désintéressé.
En effet le lendemain matin il a grand soin de nous installer à
bord d’une de ses barques et de se faire payer pour la traversée
jusqu’à Zarzis la somme fantastique de trente francs, le double
au moins du prix ordinaire. Ali-ben-Garfalla, qui s’était chargé
de nous procurer un bateau, n’est pas content, mais il craint le
cheikh et n’ose pas protester.
L’embarquement se fait en quelques minutes ; nous longeons la
côte occidentale de Djerba et filons rapidement jusqu’à Bordj
Tabella. Il faut ensuite remonter au nord en louvoyant et suivre
plus tard un chenal étroit où notre barque s’engrave à chaque
instant. Nous craignons même qu’il ne faille attendre le retour
de la marée. Nous réussissons cependant à atteindre le bordj
Kastin où le chenal s’élargit et, après avoir traversé un
vaste champ d’algues d’un vert pomme, nous gagnons enfin une mer
plus libre. A deux heures, nous commençons à longer la côte sur
laquelle apparaissent des Palmiers dominés par un plateau couronné
d’Oliviers. A mesure que nous avançons, les vergers deviennent
plus denses, des koubbas blanches émergent dans la verdure un peu
métallique des Dattiers. Le plateau s’abaisse graduellement, à
l’oasis succède une grève au bout de laquelle apparaît une maison
à étage, le Bordj-el-Mersa près duquel se balancent les mâts de
nombreuses mahonnes. Faute de jetée, nous débarquons sur le dos de
nos marins et sommes reçus par l’adjudant chargé du service de
la poste et du télégraphe, M. Ecarnot, qui nous emmène aussitôt
au village de Zarzis, à un kilomètre du port. Le gouverneur de
l’Aradh, Sid-Allegro, avec son amabilité ordinaire, avait mis sa
maison à notre disposition, mais la clef était chez M. Carleton,
agent de la commission financière, et M. Carleton était à Sfax
avec la clef de son propre logis ! Nous sommes donc fort heureux
d’installer notre tente dans la cour du vieux fort, bâti par
Ali-Bey, très pittoresque mais très inoffensif avec ses fossés,
son pont-levis, sa porte bardée de fer et ses treize canons rongés
par la rouille sur leurs affûts détraqués. Nous acceptons avec
reconnaissance la cordiale hospitalité que nous offrent l’adjudant
et ses adjoints.
§ 3. — ZARZIS ET LA SEBKHA MELLAHA.
Zarzis, grande oasis méridionale de l’Aradh, au fond de la
Syrte, avait inspiré, au point de vue botanique, les plus grandes
espérances à notre président, qui m’avait recommandé de
l’explorer avec soin. Aussi, du 10 au 16 mai, n’avons-nous
cessé d’y faire de nombreuses excursions dans tous les sens et
d’en scruter scrupuleusement les vergers et les ravins. La réalité
malheureusement n’a pas répondu aux espérances : la flore de Zarzis
a un caractère essentiellement méditerranéen et, sauf quelques
rares plantes orientales, ne présente qu’un médiocre intérêt.
Les sables du rivage ne nous offrent que les espèces ordinaires des
grèves de l’Algérie et des côtes françaises de l’Océan :
Cakile maritima Scop.
Frankenia pulverulenta L.
Medicago littoralis Rhod.