Tu auras eu des aspirations romaines pour une république légale et
pacifique, réconciliant dans une concorde unanime toutes les classes
prêtes à s'entre-déchirer! Tu auras été ivre de sécurité et de joie en
voyant cette république, qui se craignait elle-même, abolir
courageusement la peine de mort le lendemain de son avénement imprévu,
de peur d'abuser jamais des armes que tous les régimes s'étaient
transmises jusque-là les uns aux autres pour immoler leurs ennemis; tu
auras frémi d'espérance en voyant cette démocratie philosophique
déclarer la paix au monde étonné; tu auras eu le délire de
l'admiration en voyant quelques citoyens obéis par le peuple et
pressés par d'innombrables prétoriens de la multitude de perpétuer
leur dictature; tu les auras vus, au contraire, appeler la nation
entière à se lever debout dans ses comices afin de remettre plus vite
cette dictature à la nation représentant cette légitimité des
interrègnes; et quand la nation, relevée par la main de ces hommes de
sauvetage, aura repris son aplomb et son sang-froid, tu n'auras eu
pour ces citoyens, victimes émissaires de leur dévouement, que des
calomnies, des mépris, des outrages, des abandons, pour décourager les
abnégations futures, et pour montrer à l'avenir qu'on ne sauve sa
patrie qu'à la condition de se perdre soi-même: mauvais exemple qui ne
profitera pas à la nation.