«Le navire, sur lequel Agrippine n'avait auprès d'elle que deux
personnes de sa familiarité, n'était pas encore bien éloigné de la
rive: l'une des deux, Crépérius Gallus, se tenait debout à côté du
gouvernail; l'autre, Acéronia, accoudée sur les pieds du lit de repos
de sa maîtresse, à demi couchée, l'entretenait avec congratulation du
retour de son fils et de sa tendresse qu'elle lui rendait tout
entière, lorsqu'à un signal donné, le plafond de la chambre s'écroula
tout à coup sous le poids du plomb dont il était alourdi.
«Crépérius, étouffé, expira sur l'heure; Agrippine et Acéronia
survécurent, protégées par les colonnes du lit, assez solides pour
porter le poids de l'écroulement.
«Le navire néanmoins ne s'abîmait pas encore, au milieu du trouble de
ceux qui le montaient, et parce que le plus grand nombre d'entre eux,
ignorant le crime, s'efforçaient de l'empêcher de sombrer.
«On ordonna alors aux rameurs de se porter tous du même côté pour le
faire submerger sous leur poids; mais ils ne se prêtèrent pas tous
assez promptement à cet ordre soudain, et une partie d'entre eux,
faisant contre-poids, ralentit l'inclinaison et la submersion du
navire.
«Cependant Acéronia, assez mal inspirée pour crier qu'elle est
Agrippine et qu'on sauve la mère de l'empereur, est écrasée à coups de
crocs et de fers de rames et de tous les agrès qui tombent sous la
main des meurtriers. Agrippine, muette, et par ce silence même
méconnue, ne reçoit qu'une blessure à l'épaule, et, nageant vers la
côte au-devant de petites barques qui la recueillirent, est conduite
dans le lac Lucrin, d'où elle se fait reporter à sa maison de
campagne.»