Son armée, de cent vingt mille hommes, à moitié Germains et Gaulois,
était appesantie par une multitude de sénateurs, de populace, de
bouffons, de comédiens, d'histrions, de gladiateurs, de conducteurs de
chars, familiers habituels de Vitellius; son entrée à Rome rappelait
les triomphes de Bacchus.
Quatre mois d'orgies déshonorent et usent son règne; ses troupes
s'amollissent dans la licence et dans les insubordinations d'une
capitale.
La proclamation de Vespasien, longtemps cachée à l'Italie, y éclate
enfin.
Cécina, à qui Vitellius doit l'empire, sort de Rome avec une armée
pour aller combattre Mucien et Vespasien en Dalmatie; mais Cécina,
tout en embrassant Vitellius avant son départ, médite ou rêve déjà sa
défection.
Les séditions travaillent l'armée; la flotte abandonne la cause de
Vitellius. Cécina insurge lui-même son camp pour Vespasien.
Bientôt le remords saisit ses soldats; ils enchaînent leur corrupteur
et rétablissent les images de Vitellius. Enveloppés dans Crémone par
les légions des lieutenants de Vespasien, les soldats de Vitellius
capitulent, brisent les fers de Cécina, et conjurent ce traître de
les protéger maintenant contre la vengeance de l'armée ennemie.