«Vous auriez cru voir, ajoute aussitôt Tacite, un autre sénat, un
autre peuple. Tous se précipitent, rivalisant de vitesse et
d'empressement, vociférant contre Galba, célébrant la justice des
soldats, baisant la main d'Othon. Plus les démonstrations sont
fausses, plus ils les redoublent.
«Tout se fit ensuite au gré des soldats. Chaque légion envoie un quart
de ses légionnaires imposer ou saccager la ville et les campagnes,
avec licence de tout faire, pourvu qu'elle rapportât sa part de
pillage à ses chefs, et, après cette alternative de licence, de
débauches et de misère, chaque soldat rentrait à son corps, indigent,
oisif et lâche, de vaillant qu'il avait été.
«Enfin, une succession d'orgies et de dénûment les précipitait dans
les séditions et dans les factions militaires, de là dans les guerres
civiles.
«Le corps de Galba, longtemps abandonné et devenu le jouet des
profanateurs, pendant les ténèbres, fut enfin enseveli par les soins
d'Argius, un de ses anciens esclaves, dans les jardins d'un domaine
privé que possédait Galba. Sa tête, mutilée et attachée à une pique
par les vivandiers et les valets d'armée devant le tombeau de
Patrobius, affranchi de Néron, puni par Galba, fut recueillie le jour
suivant et réunie aux cendres de son corps déjà brûlé.»
Quelle tragédie! Et comment n'a-t-elle pas inspiré un
Corneille?--C'est que le sujet dépasse le génie!