Ce bruit était faux. Tacite raconte la sédition des prétoriens à la
vue d'Othon, en homme qui a vu les émotions populaires et les
défections soldatesques.
On croit relire, à l'homme près, l'entrée de Napoléon à Grenoble au
retour de l'île d'Elbe. Citons cette page, que nous avons lue tant de
fois nous-même vivante sur les pavés de nos places publiques:
«Les dispositions dans le camp n'étaient déjà plus douteuses, et la
passion en faveur d'Othon était déjà si furieuse que les soldats, non
contents de le couvrir de leurs corps et de leurs armes, le portent,
au milieu des aigles des légions, sur un tertre où s'élevait, quelques
moments avant, la statue d'or de Galba, et l'entourent de leurs
étendards. Il n'était possible ni aux tribuns ni aux centurions d'en
approcher; le simple soldat recommandait à ses camarades de se défier
de ses officiers; tout retentissait de clameurs, de tumulte, de
vociférations échangées entre les groupes, non pas seulement, comme
dans une multitude, de vociférations inactives, mais, à chaque nouveau
groupe de soldats qui se présentaient, on leur prenait les mains, on
les enlaçait d'un cercle d'épées nues, on les poussait vers Othon, on
les provoquait à lui prêter le serment, on les préconisait l'un à
l'autre, tantôt l'empereur aux soldats, tantôt les soldats à
l'empereur.
«Othon ne cessait pas, de son côté, d'étendre les mains vers eux,
d'adresser des hommages à cette multitude et de lui jeter des baisers,
se dégradant jusqu'à la bassesse pour se relever à la domination!»