XIII

Cessons de rechercher le faux principe de la société politique dans la

souveraineté des trônes, despotisme; dans la souveraineté des castes,

aristocratie; dans la souveraineté du peuple, anarchie et tyrannie à

la fois. Ce ne sont ni les despotes, ni les aristocrates, ni les

démocrates, qui ont créé le divin phénomène de la société politique;

ce ne sont ni les dynasties, ni les théocraties, ni les autocraties,

ni les démocraties, qui peuvent sanctifier en elles le titre au

commandement humain, divin, aristocratique ou populaire, à la

souveraineté, à l'organisation, à la conservation, au perfectionnement

de la société politique. La société politique est organique, elle naît

avec l'homme, elle a sa révélation dans nos instincts, elle procède

d'une seule souveraineté, la souveraineté de notre nature. Elle n'a

pas pour objet seulement la perpétuation de l'espèce humaine par la

vile satisfaction des besoins du corps humain sur cette terre; mais

elle a pour but surhumain la grandeur et la glorification de l'âme

humaine par la vertu.

Le travail de l'homme terrestre pour le pain du jour, c'est la vertu

du corps humain; le travail de la société politique en vue de Dieu et

de l'immortalité, c'est la vertu de l'âme humaine.

Ce double travail, également nécessaire, quoique inégalement rétribué,

Dieu l'exige de l'homme comme être corporel, et de la société

politique comme être moral.

Et pourquoi l'exige-t-il?

Parce que la société politique ne se compose pas seulement de corps

qui produisent, qui consomment, qui vivent et qui meurent ensevelis

dans le sillon qui les a nourris; mais parce que la société morale se

compose avant tout d'une âme immortelle dont la destinée immortelle

est de rendre gloire à son Créateur en se perfectionnant et en se

sanctifiant éternellement devant lui.

Les sens corporels révèlent forcément à l'homme les besoins corporels

que la société civile l'aide à satisfaire ici-bas.

La conscience, ce sens invisible, mais absolu, de la vertu et de la

moralité, révèle aussi forcément à l'homme intellectuel les besoins de

son âme pour satisfaire à ses aspirations divines de perfectionnement

moral et d'immortalité. La société politique ne peut pas, sans

s'avilir, se borner à aider l'homme à vivre dans son corps: elle doit

l'aider surtout à perfectionner son âme, à renaître plus parfait par

une vie plus sainte, à vivre de devoirs et à revivre éternellement de

félicité.

Voilà pourquoi toute loi qui n'est pas vertu n'est pas loi. Dieu ne

sanctionne que ce qui est divin. Il n'y a point de souveraineté dans

la force, le commandement est tyrannique et l'obéissance est lâcheté;

ce _contrat social_ entre l'iniquité et la servitude, même quand il

produit l'ordre apparent, n'est que le désordre suprême. Dieu ne peut

être appelé en témoignage pour le ratifier; la moitié meilleure de ce

qui fait l'homme y manque: son âme n'y est pas! c'est la société

politique de la hache et du billot. Le _Contrat social_ de J.-J.

Rousseau mène directement à ces emblèmes; le commandement est le

crime, et l'obéissance est la mort.

Honte et exécration sur un tel _contrat social_! honte parce qu'il

est servile, exécration parce qu'il est odieux.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 18 / 208 题