SUR LA QUATRIÈME MÉDITATION.

[1] «Par exemple, examinant ces jours passés si quelque chose existoit

véritablement dans le monde, et prenant garde que de cela seul que

j'examinois cette question il suivoit très évidemment que j'existois

moi-même, je ne pouvois pas m'empêcher de juger qu'une chose que je

concevois si clairement étoit vraie; non que je m'y trouvasse forcé par

une cause extérieure, mais seulement parce que d'une grande clarté qui

étoit en mon entendement a suivi une grande inclination en ma volonté,

et ainsi je me suis porté à croire avec d'autant plus de liberté que je

me suis trouvé avec moins d'indifférence.»

[Note 67: Voyez Méditation IV.]

Cette façon de parler, _une grande clarté dans l'entendement,_ est

métaphorique, et partant n'est pas propre à entrer dans un argument:

or celui qui n'a aucun doute prétend avoir une semblable clarté, et sa

volonté n'a pas une moindre inclination pour affirmer ce dont il n'a

aucun doute que celui qui a une parfaite science. Cette clarté peut donc

bien être la cause pourquoi quelqu'un aura et défendra avec opiniâtreté

quelque opinion, mais elle ne lui sauroit faire connoître avec certitude

qu'elle est vraie.

De plus, non seulement savoir qu'une chose est vraie, mais aussi la

croire ou lui donner son aveu et consentement, ce sont choses qui ne

dépendent point de la volonté; car les choses qui nous sont prouvées

par de bons arguments ou racontées comme croyables, soit que nous le

voulions ou non, nous sommes contraints de les croire. Il est bien vrai

qu'affirmer ou nier, soutenir ou réfuter des propositions, ce sont des

actes de la volonté; mais il ne s'ensuit pas que le consentement et

l'aveu intérieur dépendent de la volonté.

Et partant, la conclusion qui suit n'est pas suffisamment démontrée:

«Et c'est dans ce mauvais usage de notre liberté que consiste cette

privation qui constitue la forme de l'erreur.»

Discours de la méthode · 第 78 / 93 题