Aucune chose de celles que nous attribuons à Dieu ne peut venir des
objets extérieurs comme d'une cause exemplaire: car il n'y a rien en
Dieu de semblable aux choses extérieures, c'est-à-dire aux choses
corporelles. Or il est manifeste que tout ce que nous concevons être
en Dieu de dissemblable aux choses extérieures ne peut venir en notre
pensée par l'entremise de ces mêmes choses, mais seulement par celle de
la cause de cette diversité, c'est-à-dire de Dieu.
Et je demande ici de quelle façon ce philosophe tire l'intellection de
Dieu des choses extérieures: car pour moi j'explique aisément quelle est
l'idée que j'en ai, en disant que par le mot d'idée j'entends la forme
de toute perception; car qui est celui qui conçoit quelque chose qui
ne s'en aperçoive, et partant qui n'ait cette forme ou cette idée de
l'intellection, laquelle venant à étendre à l'infini il forme l'idée
de l'intellection divine? Et ce que je dis de cette perfection se doit
entendre de même de toutes les autres.
Mais, d'autant que je me suis servi de l'idée de Dieu qui est en nous
pour démontrer son existence, et que dans cette idée une puissance si
immense est contenue que nous concevons qu'il répugne, s'il est vrai
que Dieu existe, que quelque autre chose que lui existe si elle n'a
été créée par lui, il suit clairement de ce que son existence a été
démontrée qu'il a été aussi démontré que tout ce monde, c'est-à-dire
toutes les autres choses différentes de Dieu qui existent, ont été
créées par lui.
Enfin, lorsque je dis que quelque idée est née avec nous, ou qu'elle
est naturellement empreinte en nos âmes, je n'entends pas qu'elle se
présente toujours à notre pensée, car ainsi il n'y en auroit aucune;
mais j'entends seulement que nous avons en nous-mêmes la faculté de la
produire.
OBJECTION XIe.