RÉPONSE.

J'ai expliqué, dans la seconde Méditation, la différence qui est entre

l'imagination et le pur concept de l'entendement ou de l'esprit,

lorsqu'en l'exemple de la cire j'ai fait voir quelles sont les choses

que nous imaginons en elle, et quelles sont celles que nous concevons

par le seul entendement; mais j'ai encore expliqué ailleurs comment nous

entendons autrement une chose que nous ne l'imaginons, en ce que pour

imaginer, par exemple, un pentagone, il est besoin d'une particulière

contention d'esprit qui nous rende cette figure, c'est-à-dire ses cinq

côtés et l'espace qu'ils renferment, comme présente, de laquelle nous ne

nous servons point pour concevoir. Or l'assemblage qui se fait dans

le raisonnement n'est pas celui des noms, mais bien celui des choses

signifiées par les noms; et je m'étonne que le contraire puisse venir en

l'esprit de personne.

Car qui doute qu'un François et qu'un Allemand ne puissent avoir les

mêmes pensées ou raisonnements touchant les mêmes choses, quoique

néanmoins ils conçoivent des mots entièrement différents? Et ce

philosophe ne se condamne-t-il pas lui-même, lorsqu'il parle des

conventions que nous avons faites à notre fantaisie touchant la

signification des mots? Car s'il admet que quelque chose est signifiée

par les paroles, pourquoi ne veut-il pas que nos discours et

raisonnements soient plutôt de la chose qui est signifiée que des

paroles seules? Et certes de la même façon et avec une aussi juste

raison qu'il conclut que l'esprit est un mouvement, il pourroit aussi

conclure que la terre est le ciel, ou telle autre chose qu'il lui

plaira; pource qu'il n'y a point de choses au monde entre lesquelles il

n'y ait autant de convenance qu'il y a entre le mouvement et l'esprit,

qui sont de deux genres entièrement différents.

OBJECTION Ve.

Discours de la méthode · 第 59 / 93 题